TOUCHANT LA PRATIQUE DE FAIRE LES BAS-RELIEFS
page 114.
«La composition du plus grand nombre des basreliefs ou demies bosses, est absolument fausse; el il n'y en a point de vrayes, que celles dont les fonds ou derrières sont plats, et contre lesquels les objets sont supposez, adossez, ou bien enclavés, ou enfoncez dedans plus ou moins, qui sont ceux (jui se peuvent voir de divers côtés; mais lorsque l'on y représente de toutes sortes d'oi)jets eu perspective, comme aux desseins et tableaux de platte peinture ; cela est en quelque sorte faux et contraire à la nature de cet ouvrage, toutefois à cause de sou grand usage el de certaines obligations, ainsi que font foy
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ceiix repri'senk^z comme autour de la colonne Trajaneet autres, et mesme qu'estant en quelque sorte judicieusement traitez, ils font agrément à l'œil, j'ay jugé à propos (outre ce que j'en ay dit cy-devant vers la fin du chapitre V) d'en dire encore icy quelque chose, sinon en détail, du moins en gros; et d'autant plus, que nomhre de ceux qui en fout n'entendent non plus la règle de perspective, que plusieurs peintres, et ainsi y commettent aussi de Iros-lourdes fautes, et mesmes à leur toucher de foi"t et faible, dont il sera fait icy mention.
«Ceux qui ne scavent pas comme se font ces ouvrages, seau ront de rechef qu'il s'en fait de deux sortes; l'une par application de terre, de cire, ou telle autre matière, en commençant sur un fonds plat les choses que l'on suppose les plus éloignées de la baze du bas-relief, en venant du plus éloigné objet au plus proche, comme font les paysagistes.
« L'autre, comme le marbre, ou autre sorte de pierre; bois, y voire et semblable, en ostant de la matière et en allant ou travaillant du grand au petit, ou pour dire encore autrement, du proche au plus éloigné et du fort au faible.
u Pour ceux qui font ces ouvrages seulement a veuëd'œilou de routiue, ils seront avertis, qu'outre
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qu'on y doit observer la règle de la perspective pour faire, s'il se peut, le moins mal, il faut réduire une grande partie de son géometral, comme les planches suivantes 64, G5 vous représentent, afin qu'estant racourci sur son fonds, ainsi qu'en la figure 3 de la planche G4, on puisse avoir la proportion du rMief des (hvers objets; pnis après se souvenir, qu'afin que les objets proches de la baze du basrelief, outre qu'ils seront les plus grands et les plus en saillie, il faut faire encore que les creux ou concavité/ de leurs parties, soit draperies ou autres, soient assez fortement touchées ou profondes, pour faire que les ombres y apparoissent à l'œil plus brunes et luy semblent d'autant plus venir eu avant : et au contraire, faire proportionnellement ([ue les objets les plus fuyans ou éloignez n'ayent point de ces fortes touches ou creux : car il est trèsconstant que si un bas-relief, et mesme une figure de ronde bosse, un chapiteau, ou tels autres ornements, leurs creux ou concavitez ne sont forcez, sur tout aux endroits les plus en saillie, ils semblent à l'œil trop faibles ou fades, sur tout lors que la matière est blanche, comme le marbre, pierre de Tonnerre, etc.
(*Donc, ceux qui ne sont pas avertis de ces parti-
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culai'ités, n'ont (jua donner snr de telsonvrages des coups dans ces endroits avec un crayon un peu brun suivant la raison des coupes perspectives, et lors ils verront un effet extraordinaire qui les surprendra, et par ainsi leur donnera lieu de foiiiller ces creux plus avant. C'est ce quej'ay représenté plus grossièrement en la planche 65, figure 1 .
((Quand les bas-reliefs qui font histoires n'obligent pas à un fonds bien éloigné, on les peut faire plus vrais et plus facilement (]ue si on vouloit représenter nombre d'objets bien éloignez de leurs bazes. Ce qui se peut remarquer en plusieurs basreliefs antiques, où il n'y a pas beaucoup d'enfoncement entre les figures ou corps de devant et leur fond. Néanmoins, par la contrainte, les anciens cherchoient à mettre corps contre corps pour servir de fonds à chacun, afin d'aller jusques au dernier.
((Pour les bas-reliefs qui forment histoires etpaïsages éloignez c'est la manière corrompue, et où il se rencontre plus d'obstacles, si l'on n'est judicieux à ordonner son sujet; mais, comme j'ay dit, le grand usage d'iceux et les obligations où il ne faut employer obligent souvent de les faire ainsi. Ce que l'on \a voir en la planche qui suit.
«Touchant la pratique de faire en quelque sorte
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mieux les Las-reliefs ou basses-tailles que par l'usage ordinaire, considérez une fois toute l'épaisseur raisonnable que vous luy voulez donner, puis ayant déterminé sur un plan d'assiette dégradé de carreaux géometraux, figure 1 , l'objet que vous voulez faire, et pour exemple, ce simple plan ou assiette e[(j^ lors prenez au compas l'épaisseur de vosti-e bas-relief : et pour exemple, si c'estoit celui abcU figure 2, divisez son épaisseur ac ei bd en autant de parties égales que le carrelage égal a AC et BD figure 1, puis faites la droite de front ab figure 2, égale à celle AB figure 1, et la divisez aussi en 8 parties égales, et menez de ces divisions des droites pointées parallèles kac eikbd, ou perpendiculaire à la de front ab, et ensuite tracez dans ces quarrés longs proportionnellement à ce (jui est tracé dans les quarrés parfaits fig. 1 , au plan efg, et luy donner aussi, si le désirez, son élévation.
« Cela fait, considérez en bas, ligure 3, un solide creux ACDB en forme d'un mur creusé, où vous devez /aire dedans vostre Ijas-relief, en ce cas (|ue ce soit en appliquanl de la matière, soit cire, ou terre; vous scaurez aussi ([ueAF, BK est son plan d'assiette sur lequel on doit faire la dégradation perspective du géometral retressy adcb figure 2,
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suivant la dislance el (''h'vatiou d'œil délermiué.
(( Pour faire la dégradation perspective sur le plan d'assiette creuse AF. leriuel est parallèle h riiorizon : ayant divisé la base AB en huit parties égales, et déterminé l'horizontale ÏK et la situation de l'œil 0 sur quelijue lieu plat ; faut des points B et A mener des droites AO, BO au point 0, puis mettre sur la de fi'ont AB le nombre de parties égales qu'avez pris de pieds pour la distance ; et par exemple, seize qui est le double des pieds qui sont sur AB, et comme figure 2, il y a huit pieds à l'épaisseur du bas-relief, il faut prendre de A vers n huit de ces seize parties, et du dit point n tirer la droite wl, elle coupera AO au point E; et les autres contenues de w à A aussi menées au point I, elles couperont AE en huit parties perspectives, desquels points ayant mené des droites de front parallèles à AB, vous aurez fait votre dégradation, pour puis après y rapporter en perspective le géometral applati d'en haut figure 2, proportionnellement, et ensuite y faire les élévations, ainsi qu'a costé les ligures P, Q, et autres corps d'architecture qui leur servent de fonds.
A costé du creux dudit bas-relief, figure 3 vous y avez les deux eschelles des pieds de fronts el
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fuyantes perspectives BKwjB, pour y avoir recours en travaillant, soit en ostant de la matière, ou en y adjouster en modelant.
€ l'ai mis en haut de cette planche 65, fig. 1, une teste ou forme de médaille de profd , et h costé le profil de ce profil lequel paroist de front, pour faire voir que les vrais bas-reliefs mis perspectifs doivent avoir bien peu de saillie ou d'épaisseur; et c'est ce qui oblige de réduire le carrelage ou treillis géometral dans l'espace de lY"paisseur du bloc ou creux du bas-relief, pour en suitte le faire perspectif.
« Vous remarquerez que ne voulant donner que fort peu de saillie aux objets qui composent cet ouvrage ; il faut par la raison des coupes paralelles à la baze ab toucher ou fouiller un peu fortement les parties les plus élevées des objets principalement ceux où il se rencontre des concavitez , comme les oreilles, tortillement des cheveux, creux de drapperies, chapiteaux des colonnes et tels autres ornements.
« Manque de place en la stampe précédente, je n'ay pas dit qu'on peut réduire au perspectif, fig. 3 le plan d'assiette moindre en épaisseur que le géometral applati fig. 2, sans dianger l'eschelle de
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front AB fig. 3. Car il n'y a qu'à le déterminer sur la fuyante AO au point E, ou ailleurs, et tirer du point I et E la droite IEm, puis diviser wA en autant de parties égales qu'en contient l'épaisseur du plan d'assietîe applati ce, bd et les tirer au point I, lors elles couperont perspecti\enient le segment ou intervale fuyant A en mesme nombre de parties.
< Il se voit encore au bas de cette estampe fig. 2 une superficie plane AB, BC avec une dégradation perspective pour faire un bas-relief ainsi que l'on fait les tableaux et desseins, dont la de front AB a huit pieds, la distance quatorze et l'élévation de l'œil 0 quatre ou environ.
« Faut remarquer qu'ayant sur ce fonds plat et treillis placé les plans ou assiettes des objets, il n'y a plus qu'à y faire les élévations 1, 2, 3, 4, 5, 6 et autres, puis leur donner leurs mesures géometrales.
f L'on doit aussi faire réflexion qu'à cause qu'on n'a pas lieu comme aux tableaux et dessins d'y représenter la place des jours, ombres et ombi'ages, ny le fort et le faible des couleurs, il y faut suppléer par un peu de relief, qu'il faut prendre en deçà de la de front AB, qui est entr'elle et l'œil du regardant ; ce qui est à revenir un peu à la manière cydevanl de la fig. 3. Car pour peu de saillie qu'on
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donne à celle-cy à veuu d'œil ou autrement, il la faut connoistre atin de la comparer aux autres, et comme j'ay dit, y sul)stituer des corps d'architecture et autres, tenant un peu du plat derrière l'un et l'autre, puisque d'ordinaire ce sont les figures naturelles à qui on donne plus de relief : mais, comme j'ay dit, ces particularitez demandent plus d'explication et de ligures et mesme de beaucoup plus grandes. >
Tout ce passage de Bosse, sur l'emploi de la perspective pour les bas-reliefs est fort obscur. On y remarque des erreurs, par exemple: ce qu'il dit, au sujet du plan, ([u'il croit devoir diminuer géométriquement en profondeur avant de le mettre en perspective. Ensuite, dans son tracé de ses divisions perspectives sur une place horizontale formant la base du creux qui doit renfermer le bas-relief. On ne comprend pas non plus sa dernière figure qui semble cependant se rapprocher de la vérité.
Joignons à ce passage de Bosse 1 indication suivante, qu'il donne page 127 : « J'oubliois de mettre icy que sa manière (de Desargues^ de prali(iuer la perspective luy h fait concevoir le moyeu de former
PRATIQUAS (ItOMÉTRALtS KT PHIISPECTIVKS. M
un ouvrage en saillie courbe : de façon que le relief semble s'approcher de l'œil quand il en est loin, et s'en reculer quand il en est près, chose qui semble directement aller à l'encontre de ce que d'un ouvrage formé d'autre manière la couslumo est de sentir qu'à l'œil il est trouvé plus grand de presque de loin, particularité excellente àscavoir pour exécuter bien les bas-reliefs et autres ouvrages de pareille nature. »
Quoique cette indication soit elle-même peu claire, on ne peut douter qu'il ne s'agisse ici de figures construites d'après les principes de la perspective relief, et qui sont nécessaires à la construction des vrais bas-reliefs.
Je pense donc que Bosse, n'ayant pas bien compris les idées de Desargues sur ce sujet, a cru, contre tout principe, augmenter l'illusion en rétrécissant d'abord son plan géométral, et qu'ensuite, il n'a pas expliqué convenablement la méthode de Desargues, dans l'emploi des échelles de perspective, appliquées à la construction des bas-reliefs, ce qui n'empêche pas qu'on doit faire remonter à Desargues, l'idée première de cette nouvelle science appelée perspective relief, et sur laquelle nous avons composé un ouvrage spécial.
BOSSE Sll\ DESARGUES.
A la suite du Uaité des pratiques géométrales et perspectif de Bosse, p. 121 , on trouve un article sur Desargues (jue nous croyons devoir rapporter ici :
En titre. « Ce qui suit est pour ceux qui auront la curiosité de sçavoir une pai'tie du procédé de M. Desargues et de moi envers quelques-uns de nos antagonistes et de partie de son savoir ; ensemble des remai'ques faites sur le contenu en plusieurs chapitres d'un traité attribué à Léonard de Vincy traduit d'italien en français par M. Freart, sieui- de Chambray, sur un manuscrit pris de celui qui est dans la bibliothèque de l'illustre, vertueux et curieux, M. le Chevalier Du Puis à Rome.
« 11 n'y a rien de plus ordinaire et qui nous doiNe moins surprendre que les attaques de l'envie cou-
60 BOSSE SUR DESARGLES.
lie les persounes de mérile et les ouviages qu'ils mettent au jour ; mais ses efforts, bien loin de leur nuire, sont des preuves de Itiur excellence et des gages de la gloire qui les attend, beaucoup plus grande que s'ils n'avoient aucuns ennemis à combattre ; ce qu'on a pu remarquer dans les plus grands hommes des siècles passez pour toutes sortes de sciences, d'arts et de professions ; si quelquesuns ont esté assez malheureux pour ne survivre à la calomnie, la postérité les a vengés de l'injustice de leur siècle et les a fait triompher lorsqu ils étoient moins en état de se deffendre. Ces exemples servent de consolation et d'espérance à ceux qui souffrent les mesmes difficultés. De nostre temps, comme autrefois, paroissent de nouvelles productions utiles au public et dignes d'estime ; mais aussi grand nombre d'envieux s'élèvent avec leurs artifices ordinaires. Néanmoins , comme les forces ne sont pas égales, l'assurance de la victoire est loujuuis pour la vérité qui ne peut estre long-temps obscurcie et éclate plus clairemenl par la confut«iun du ses adversaires.
« Cette conformité que les ouvrages de feu M. Desargue>^ ont avec plusieurs des anciens, tant pour la gloire de l'invention, excelleflce et réputa-
•BOSSi; Slll Di:!?AllGl)LS. 51
(ion, <|iie pour le liaitemeiit qu'il en leceu de ses contemporains, fait espérer un semblable succès, tl'antant plus que les matières dont il a traité elles questions débattues y sont résolues par des démonstrations qui satisfont l'esprit et le convain- (juent pleinement : ainsi les personnes intelligentes désireuses de s'instruire et d'en juger avec conuoissance de cause n'auront pas peine à se déterminer.
« Pour ceux qui jugent des choses par préoccupation sans connoistre les raisons des parties, il sera mal-aisé de les désabuser, si ce n'est par le récit du procédé des adversaires de M. D. qui font \oir leur faiblesse et leur mauvaise foy. Les premiers ont voulu copier ses œuvres et y mettre quelque chose du leur pour les déguiser; m^is comme il est arrivé qu'on a sceu faire le discernement, et que ce qui leur appartenoit estoit faux, lors que Ton a eu la bonté de les en avertir, leur dépit a éclaté par des injures, dans des affiches et libelles qu'ils publiaient en cachant leurs noms.
f( D'autres ont dit, (qu'ils avoient trouvé nombre de fautes dans ses œuvres, et qu'ils les maintiendroient au desdit mesme de cent pistoles; mais ces offres ayant esté acceptées, ils ont varié et n'ont osé
52 BOSSE SUR DESARGIESC
soutenir ce qu'ils avoient cité. Dans ce désurdre, M. D. tascha de les rassurer par un puissant motif sur l'esprit des gens intéressez et qui i)ouNoient estre avides de gain, apiès avoir renoncé à l'honneur; il leur offrit aussi cent pistoles, s'ils vouloient maintenir leur dire en tout ou en partie, avec le pouvoir de choisir tel article qu'ils croiroient plus favorable.
<( Je ne dis pas cec\ légèrement et sans preuves, puisque de ces escrits signez de M. D., il y en a un imprimé au commencement de ma première partie de la perspective dès l'année lGi7. De sorte que depuis tant d'années, ces Messieurs qui provoquoient au commencement au combat avec tant de hardiesse, n'ont osé profiter de l'argent qui leur a esté offert, s'ils pou voient soutenir leur proposition.
« Ils sont donc réduits à présent à jetter leur venin eu cachette et décrier mes traitez par des bruils sourds et des pratiques conformes ù leur esprit et à leurs manières et mesmesaux sentimens qu'inspirent l'envie et l'ignorynce dans les âmes basses qu'elles possèdent.
u Quelques-uns oui dit par préoccupation seulement, que l'explication de mes traitez ; est trop Ion-
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giie ou prolixp, (jui est un récit fait en l'air sans aucun l)on fondement, puisque par la table de mon premier volume de la perspeclive pour le trait des objets et celuy de la place de leurs jours, ombres et ombrages, et finalement pour l'afToildissement de leurs toucbes, teintes ou couleurs, l'on voit que sa pratique y est expliquée brièvement en une setile planche, puis en quatre ou cinq et en dix ou douze par une manière qui revient entièrement à la pre* miere ; et encore pai' d'autres propres pour des cavaliers à l'aide du compas de proportion, et par les angles donnez, sans sortir mesme du champ du tableau ; et finalement les démonstrations après un grand nombre d'exemples, les uns pour faire voir sur plusieurs cas l'universalité de la dite pratique et des autres quelques cas, qui est, ce me semble, le vray moyen de satisfaire ceux qui y sont plus ou moins versez.
« Nous en avons fait de mesme pour sa pratique de la coupe des pierres en l'architecture, et pour celle de tracer les cadrans solaires sur toutes sortes de superficies plattes ou non, laquelle y est expliquée en diverses manières et pour quatre sortes de personnes.
a En mon particulier, j'ay souvent eu plusieurs