IX.'^ SEMAINE
ELEVATIONS SUR LA LOI ET LES PROPHETIES QUI PROMETTENT LE LIBERATEUR , ET LUI PREPARENT LA VOIE.
PREMIERE ELEVATION
Le peuple captif: Moïse lui est montré comme son libérateur.
Avant que le peuple saint fût introduit à la terre promise , il falloit qu'il éprouvât un long exil , une longue captivité , une longue perse'cution , en figure de la sainte Eglise, qui est le vrai peuple et le vrai Israël de Dieu , qui ne peut être introduit à la ce'leste patrie que par la persécution, la captivité et les larmes de l'exil.
L'Eglise, dans sa plus profonde paix, n'est guère sans son Pharaon , du moins en quelques endroits. Il vient quelque nouueau roi sur la terre , qui ne connoît point Jostphi^) y ni les gens pieux : et en général il est vrai, comme dit saint Paul, que tous ceux qui acculent vivre pieusement en Jésus-Christ j doivent souffrir persécution ip-) , en quelque sorte que ce soit : et, comme dit saint Augustin, que celui qui n'aura point gémi comme voyageur et étranger y n entrera pas dans la joie des citoyens.
Il y a deux sortes de persécutions : Tune est ou-
(0 Exod. J. 8. — C^) //. Tim. m. 1 2.
2l8 ÉLÉVATIONS
verte et de'claree , quand on attaque ouvertement la religion : l'autre cachée et artificieuse , comme celle de ce Pharaon, qui, jaloux de l'abondance du peuple de Dieu , en inspiroit la haine à ses sujets , et cherchoit des moyens secrets de le de'truire : Venez, dit-il, opprimons-le sagement {^) ^ c'est-à-dire, secrètement et finement. On ne forçoit pas les Israélites à quitter leur religion , ni à sacrifier aux dieux étrangers : on les laissoit vivre , et on ne leur ôtoit pas absolument ce qui étoit nécessaire ; mais on leur rendoit la vie insupportable, en les accablant de travaux ; et leur proposant des gouverneurs qui les opprimoient. On en vint à la fin pourtant à la persécution à découvert , et on condamna leurs enfans mâles a être nojés dans le Nil (2) ; ce qui signifie en figure qu'on ne laisse rien de fort ni de vigoureux à un peuple qui n'a rien de libre, et dont on abat le courage, en le faisant languir dans l'oppression.
Malgré cette oppression , Dieu ne laisse pas de conserver les gens vertueux dans son peuple , comme il fit les mâles parmi les Israélites : et contre toute espérance il leur naît même des libérateurs du sein des eaux, où ils dévoient être noyés , à l'exemple de Moïse , de sorte qu'ils ne doivent jlimais perdre l'espérance.
(') Exoâ. 10, II, etseq. — W Ibid. 22.
Deux moyens avec lesquels Moïse est montré au peuple.
La première chose que Dieu fit pour faire connoître à son peuple qu'il leur préparoit un libérateur en la personne de Moïse , fut en permettant qu'il fût exposé au même supplice que les autres , et comme eux jeté dans le Nil pour y périr (0 ; il en fut néanmoins délivré comme Jonas, qui sortit des abîmes de la mer, et du ventre de la baleine qui l'avoit englouti : et comme le Fils de Dieu, dont la résurrection ne put pas être empêchée par la profondeur du sépulcre, ni par les horreurs de la mort.
Dieu fait une seconde chose dans Moïse. Après lui avoir inspiré de quitter la cour de Pharaon et de la princesse sa fille, qui l'élevoit comme son enfant dans les espérances du monde : Quand Moïse fut crûj dit l'Ecriture (2), il alla s'unir à ses frères; c'est-à-dire , selon le Commentaire de saint Paul (3), quêtant devenu grand ^ il nia quil fût le fis de la fille de Pharaon ; aimant mieux être affligé avec le peuple de Dieu^ que de goûter le plaisir temporel et passager du péché ; et trouvant de plus précieuses richesses dans T ignominie de Jésus - Christ que dans
les trésors de l' Egypte j il abandonna F Egypte
avec foi j sans craindre la haine du roi mortel, qui,
(0 Exod. II. 3 et scq. — W IbiJ. 1 1 . — i}) Heb. xi. 24 , 25 , 26 , 27.
au lieu d'être son père, comme auparavant , 72e songeoit plus quà le faire mourir (0. Il prit en main la deTense des Israe'lites par un instinct divin ; il les vengea d*un Egyptien qui les maltraitoit: et, comme remarque saint Etienne : // crut que ses frères entendroient que Dieu les déçoit sauver par sa main ; mais ils ne V entendirent pas (2) : et il falloit pour les sauver, qu'il en souffrît les contradictions, qui allèrent si avant, qu'elles le forcèrent à prendre la fuite. Ainsi la perse'cution vint de ceux qu'il devoit sau- Ter; et Dj|;u par ce moyen le montra au peuple comme leur Sauveur, et l'image de Jésus-Christ.
Pasteurs , conducteurs des âmes , qui que vous soyez, ne croyez pas les sauver sans qu'il vous en coûte : admirez en Moïse les persécutions de Jésus , et buvez le calice de sa passion.
Moïse figure de la divinité de Jésus - Christ,
Le Seigneur dit à Moïse : Je t'ai fait le Dieu de Pharaon j et Aaron sera ton prophète (5). Le sauveur du peuple fidèle devoit être un Dieu : Dieu même lui en donne le nom en singulier, ce qui n'a que cet exemple. Il dit ailleurs : Vous êtes des Dieux (4) : ici , Je t'ai fait un Dieu. Une marque de divinité, c'est d'avoir des prophètes, qui pour cela sont appelés les prophètes du Seigneur : Aaron est le prophète de Moïse. Moïse est revêtu de la
(0 Z:xot/. II. 1 5. -- W ^c^ vu. a5. — (3) far. vu. 1 . — (4) P*. Lxxxi. 6.
toute-puissance de Dieu : il a en main la foudre , c'est-à-dire, cette baguette toute -puissante qui frappe les fleuves, et en change les eaux en sang : qui les frappe de nouveau, et les fait retourner à leur nature : qu'il étend vers le ciel , et répand partout des ténèbres épaisses et palpables : mais qui, comme un autre Dieu , les sépare d'avec la lumière , puisque le peuple juif demeure éclairé, pendant que les Egyptiens enveloppés d'une ombre affreuse et profonde, ne sauroient faire un pas. Cette puissante baguette fait bouillonner des grenouilles et des sauterelles ; change en mouclies insupportables toute la poussière de la terre ; envoie une peste inévitable sur les animaux de l'Egypte, et opère les autres prodiges qui sont écrits dans l'Exode (0.
Voilà donc Moïse comme un Dieu qui fait ce qu'il veut dans le ciel et dans la terre , et tient toute la nature en sa puissance. Il est vrai que Dieu limite son pouvoir : Je t'ai fait, dit-il, le Dieu de Pharaon; ce n'est pas un Dieu absolument, mais le Dieu de Pharaon; c'est sur Pharaon et sur son royaume que tu pourras exercer cette puissance divine. 11 n'en est pas ainsi du Sauveur du nouveau peuple, qui est appelé absolument Dieu; par qui tout a.été fait i"^)', qui est appelé, au-dessus de tout Dieu béni aux siècles des siècles (5) : et ainsi du reste. Mais aussi , ne falloit-il pas que le serviteur fût égal au maître. Moïse étoit^ dit saint Paul (4), comme un fidèle serviteur dans la maison de Dieu; mais
(0 Ex. IV, V, VI, vu eue^.— ^*) Joan. i. 3. — C*) Hqui, ix. 5- —
Jésus étoit comme le fils dans sa propre maison , qui est nous.
Mais s'il y a eu dans Moïse, qui de voit sauver le peuple fidèle , une lumière si manifeste de la divinité, et une si haute participation du titre de Dieuj faut-il s'étonner si la substance et la plénitude de la disfinité habite corporellement en Jésus-Christ (0, qui en nous sauvant du péché devoit nous sauver de tout mal? Pour achever la figure , Moïse qui étoit le Dieu de Pharaon, en étoit en même-temps le médiateur. Pharaon lui disoit : Priez pour moi (2). Et à la prière de Moïse, Dieu détournoit ses fléaux , et faisoit cesser les plaies de l'Egypte. Ainsi Jésus , qui est notre Dieu, est en même temps notre mé^ diateur(^)y notre intercesseur tout -puissant, à qui Dieu ne refuse rien : et il ny a point d'autre nom par lequel nous des^ions être sauwés (4). Mettons donc notre confiance en Jésus qui est tout ensemble et Dieu et médiateur, d'autant plus grand , et au-dessus de Moïse, que Moïse n'est Dieu que pour envoyer des plaies temporelles ; et qu'il n'est médiateur que pour les détourner : mais Jésus passe en bienfaisant et guérissant tous les malades (5). Il ne déploie sa puissance que pour montrer ses bontés : et les plaies qu'il détourne de nous, sont les plaies de l'esprit. Mettons-nous entre ses mains salutaires ; il ne demande autre chose , sinon qu'on le laisse faire : dèslors il npus sauvera : et le salut est son œuvre (6).
C>) Coloss. 11. 9. -^ {p) Exod. vni. 8. — (3) /. Tint. 11. 5. Heb, ix. j3, 24. — C4) ^cu jv. la. — (5) Ibid. X. 38. — (G) p^. ni. 9.
La Pâque et la délivrance du peuple.
Dieu établit en même temps deux monumens immortels de la délivrance de son peuple , dont l'un fut la cére'monie de la Pâque, et l'autre la sanctification des premiers ne's qu'il voulut qu'on lui consacrât (0.
C'est qu'il devoit envoyer la nuit son ange exterminateur, qui devoit remplir toutes les familles des Egyptiens de carnage et de deuil, en frappant de mort tous les premiers nés , depuis celui du roi qui étoit assis sur le trône , jusqu'à celui de V esclaffe enfermé dans une prison^ et de tous les animaux (2). Après cette dernière plaie , les Egyptiens qui craignirent leur dernière désolation , n'attendirent plus les prières des Israélites, mais les contraignirent à sortir. Pendant cette désolation dos familles égyptiennes, auxquelles l'ange vengeur coupoit la tête, comme d'un seul coup , les Israélites furent conservés, mais par le sang de l'agneau pascal. Prenez j dit le Seigneur G^), un agneau qui soit sans tache ^ en figure de la justice parfaite de Jésus. Il faut que comme Jésus , cet agneau soit immolé, soit mangé : Trempez un bouquet d'hysope dans le sang de cet agneau immolé : frottez-en les poteaux et le chapiteau avec le seuil de vos portes. Le Seigneur pas-
(0 Ex. xu et xm. — (») lUd. xii. 29. — {^) Ibid. 5, 7 etseq.
2fî4 ÉLÉVATIONS
sera la nuit pour exterminer les Egyptiens ; mais il passera outre j, quand il verra à la pointe des maisons la marque du sang. Dieu n'avoit pas besoin de cette marque sensible , pour discerner les victimes de sa colère : elle fi'étoit pas pour lui, mais pour nous : et il vouloit nous marquer, que le sang du ve'ritable agneau sans tache seroit le caractère sacré qui feroit la séparation entre les enfans de l'Egypte , à qui Dieu devoit donner la mort , et les enfans d'Israël , à qui il devoit sauver la vie.
Portons sur nos corps a^ec saint Paul , la mortè^ jîcation de Jésus CO, et l'impression de son sang, si nous voulons que la colère divine nous épargne. Tout est prophétique et mystérieux dans l'agneau pascal. On n'en doit point briser les os , en figure de Jésus-Christ, dont les os furent épargnés sur la croix , pendant qu'on les cassoit à ceux qu'on avoit crucifiés avec lui. 11 le faut manger en habit de voyageur, comme gens qui passent, qui ne s'arrêtent à rien , toujours prêts à partir au premier ordre : c'est la posture et l'état du disciple de Jésus; de celui qui mange sa chair ; qui se nourrit de sa substance ; dont il est la vie , et selon le corps et selon l'esprit. Mangez-le vite ^ car c'est la victime du passage du Seigneur (2) ; il ne doit y avoir rien de lent ni de paresseux dans ceux qui se nourrissent de la viande que Jésus nous a donnée. Il en faut dévorer la tête, les pieds et les intestins : il n'en faut rien laisser j tout y est bon et succulent ; et non-seulement la tête et les intestins, qui signifient ce qu'il y
(')//. Cor. Vf. 10. — (=») Ex, XII. Il,
a en Jésus de plus intérieur et de plus sublime , mais encore les pieds, c'est-à-dire, ce qui paroît de plus bas et de plus infirme , ses souffrances , ses tristesses , ses frayeurs , les troubles de sa sainte ame , sa sueur de sang, son agonie : car tout cela lui est arrivé pour notre salut et pour notre exemple. N'ayez donc aucun doute sur sa foiblesse : ne rougissez d\iucùne de ses humiliations : une ferme et vive foi dévore tout. Au reste , n'y cherchez point des douceurs sensibles; cet agneau doit être mangé avec des herbes amères et sauvages ; avec un dégoût du monde et de ses plaisirs ; et même si Dieu le veut , sans ce goût sensible de dévotion , qui est encore impur et charnel. Tel est le mystère de la Pâque.
Faites encore en mémoire de votre éternelle délivrance une autre sainte cérémonie : consacrez au Seigneur vos premiers nés (0, qu'il vous a sauvés. Offrez-lui les vœux, les prémices de votre jeunesse : chaque jour vos premiers désirs et vos premières pensées : car c'est lui qui les préserve de la corruption, et qui les conserve pures et entières. N'attendez pas la fin de l'âge , ni de la force , pour lui offrir de malheureux restes de votre vie , et les fruits d'une pénitence stérile et tardive. C'est ce que demande le Seigneur : l'Eternel , le Tout-puissant ne veut rien de foible , ni de vieux.
(0 £x. XIII. 2.
La mer Rouge.
Le passage de la mer Rouge (0 nous fait voir des oppositions à notre salut, qui ne peuvent être vaincues que par des miracles. On passeroit aussitôt la mer à pieds secs, qu'on surmonteroit ses mauvais de'sirs et son amour-propre : mer orageuse et profonde , où il y a autant de gouffres que de passions qui ne disent jamais : Cest assez (2). L'Egyptien pe'rit où l'Israélite se sauve. L'Evangile est aux uns une odeur de vie à vie , et aux autres une odeur de mort à mort P). L'Eglise se sauve à travers la mer Rouge , quand elle arrive à la paix par les persécutions, qui loin de l'abattre, l'affermissent. Les médians périssent sous les châtimens de Dieu , et les bons s'y épurent, comme dit saint Paul : pour les saints , la mer Rouge est un baptême : pour les méchans , la mer Rouge est un abîme et un sépulcre. Délivrés des maux de cette vie , et passés comme à travers d'une mer immense à la céleste patrie , nous chanterons avec les saints le cantique de Moïse ^ sen^iteur de Dieu (4); c'est-à-dire, le cantique de la délivrance , semblable à celui que Moïse et tout Israël chantèrent après le passage de la mer Rouge (5), et le cantique de l'agneau qui nous a sauvés par son sang, en disant j comme il est écrit dans l'Apoca-
(0£jr. XIV. 21, 22, 23. — (,>) P/w. XXX. i5, ï6. — 13)//. Cor. ii. i6.~-{h)^poc. XV. 3. — (5) £xocl. XV. 1.
lypse (0 : Vos œuvres sont grandes et admirables , Seigneur Dieu tout-puissant ; vos voies sont justes et véritables y Roi des siècles. Qui ne vous craindra , Seigneur , et qui ne glorifiera votre nom ? parce que vous êtes le seul Saint et le seul miséricordieux : toutes les nations viendront , et vous rendront leurs adorations ^ parce que vos jugemens sont manifestés dans la paix de votre Eglise , dans la punition exemplaire des tyrans ses ennemis, dans le salut de vos saints.
Le désert : durant le cours de cette vie on va de péril en péril, et de mal en mal.
En sortant de la mer Rouge , le peuple entra dans un désert affreux (2) , qui représente tout l'état de cette vie , où il n'y a ni nourriture , ni rafraîchissement, ni route assurée, dans un sable immense, aride et brûlant, dont l'ardente sécheresse produit des serpens , qui tuent les malheureux voyageurs par des morsures mortelles. Tout cela se trouve dans cette vie : on y meurt de faim et de soif, parce qu'il n'y a rien ici -bas qui nous sustente et nous rassasie : on s'y perd , on s'y déroute , comme dans une plaine vaste et inhabitée, où il n'y a ni vallon ni coteau , et où les pas des hommes n'ont point marqué desentier. Ainsi dansnotie ignorance, nous allons errans en cette vie, sans rien avoir qui guide
(0 Apoc. XY. 3. — (') Ex. XV. 22.
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i4, i5. — (7) ^^oc. 11. 17. — Wil |x|S
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li iijp
ii'ii' iini
seule solide et substantielle : c'est le pain du cielX^) : le pain dont se nourrissent les anges (2) : pain celeste , qui n'est autre chose que Jësus-Christ qui est le Verbe du Père, sa raison , sa ve'rité , sa sagesse.
Outre la faim, nous avons la soif: et quoique par rapport à l'esprit, la faim et la soif qui ne sont autre chose que l'amour de la justice, semblent n'être qu'une même disposition , on y peut pourtant faire quelque distinction de la nourriture solide qui nous sustente, et de la liquide qui nous rafraîchit et tempère nos désirs ardens. Quoi qu'il en soit, nous trouvons ce doux rafraîchissement en Je'sus-Christ , qui promet à la Samaritaine une fontaine jaillissante à la vie éternelle (3) ^ et à tout le peuple , des sources ^ ou plutôt des fleuves d'eau vive. Si on les boit , on na plus de soif'\!\) , et tous les désirs sont contens. Ces sources intarissables, c'est la vérité, la félicité, l'amour divin , la vie éternelle qui se commence par la foi , et s'achève par la jouissance. Ces sources sont en Jésus-Christ ; ces sources sortent de la pierre, du rocher frappé par la baguette de Moïse, c'est-à-dire , d'un cœur sec et dur , touché de l'impulsion de la grâce. En un autre sens , ces sources sortent d'un rocher, qui est un des noms qu'on donne à Dieu , en lui disant : Mon Dieu , mon ro^ cher j, mon soutien , mon refuge (5) , la pierre solide sur laquelle je m'appuie. Je mettrai dans Sion y dit le prophète (6) ^ une pierre inébranlable ; et celui qui s'j appuiera par la foi , ne sera point ébranlé,
(0 Joan. VI. 3i , 32 et seq. — {?) Ps. txxvii 25. — (3) Joan. iv. i3 , i{. — (4) Ibid. VII, 38. -r- {^) Ps. XVII. 3. ^ (6) Is. xxviii. 16. Ilom. IX. 33.
23o ÉLÉVATIONS
Cette pierre c'est Je'sus-Christ : en s'appuyant sur lui on se soutient : en se heurtant contre lui , en s'opposant à sa volonté, à sa doctrine, à sa grâce, à ses inspirations aussi puissantes que douces , on se rompt , on se met en pièces, on tombe d'une grande chute , et on se brise. De cette pierre qui est Jésus- Christ, sortent les eaux de la grâce, les célestes consolations , et dans un amour chaste et pur les divins rafraîchissemens de la foi et de l'espérance. Moïse ne frappa qu'un seul rocher qui demeuroit immobile (0; mais les ondes qui en découlèrent, suivoient partout un peuple qui jamais ne demeuroit dans le même lieu. D'où vient cela? C'est, dit saint Paul (2) , qu'il y avoit une pierre invisible et spirituelle y dont la corporelle étoit la figure, qui lessuivoit, les accompagnoit, leur fournissoit des eaux en abondance; et cette pierre invisible, c'était Jésus-Christ. Appuyons-nous sur cette pierre fondamentale , sur ce roc immobile ; n'ayons de volonté que la sienne, ni de soutien que ses préceptes: un éternel rafraîchissement suivra notre foi.
Dans nos erreurs , nous avons pour guide cette colonne de lumière, ce Jésus qui dit : Je suis la lumière du monde ; qui me suit ne marche point dans les ténèbres (3). Dans toutes nos actions ayons toujours Jésus-Christ en vue : songeons toujours à ce qu'il a fait , à ce qu'il a enseigné , à ce qu'il nous enseigneroit à chaque pas, s'il étoit encore au monde pour y être consulté; à ce qu'il enseigne à chaque moment par ses inspirations, par des re-
CO Exod, xvJi. 6. Num. xx. 10, 1 1. — (») /. Cor. x. 4. — (3) Jçmn, vni. 12.
SUR LES MYSTÈRES. 23l
proches secrets, par les remords de la conscience , par je ne sais quoi qui nous montre secrètement la voie. Prends garde aux sens trompeurs : marche dans la voie nouvelle qui est Je'sus-Ghrist.
Contre les serpens brûlans, Dieu a élevé' dans le de'sert le serpent d'airain , qui est Jésus-Christ en croix , comme il l'explique lui-même (0; Jésus-Christ qui se présente à nous dans la ressemblance de la chair de péché (2). Qui le regarde à sa croix pour y croire, pour s'y appuyer, pour l'imiter et le suivre, ne doit craindre aucune morsure du péché. Et éley^é de cette sorte il tire à lui tout le monde (5). O Jésus exalté à la croix ! tous les regards sont sur vous : le monde entier met en vous son espérance, le monde (jui croit en vous, et que vous avez attiré.
Outre la céleste nourriture de la manne, on trouve encore dans le désert une autre sorte de nourriture. Le peuple charnel se dégoûtoit de la manne (4) , et ne se contentoit pas de ce pain du ciel : Dieu pouvoit par une juste punition leur soustraire tout aliment , et les laisser dans la faim ; mais il a une autre manière de punir les désirs charnels , en y abandonnant ceux qui les suivent , conformément à cette parole : Dieu les /zVra aux désirs de leurs cœurs (5) , à leur concupiscence déréglée. Ainsi il fit souffier un vent impétueux , qui d'au-delà de la mer porta des cailles au désert , et les fit comme pleuvoir dans le camp (6). C est Dieu qui envoie les biens temporels comme les autres; car il est
(•) Joan. m. 14. ■— W Rom. vin. 3. — (3) Joan. xn. 32. — (4) Ex. XVI. 12, i3. Num, XI. 4,5,6. — (^) Ps. lxxx. 1 3. — (6) Num, xv 3i, 3a. »
a3îi ÉLÉVATIONS
Fauteur de tout : mais souvent les biens temporels sont un fléau qu'il envoie dans sa colère. C'est ce qui est écrit de ces cailles , nourriture agréable aux sens; mais dont il est dit : Les chairs en étoient encore dans leurs bouches , et entre leurs dents ; et voilà que la colère de Dieu s'éleva contre eux, et frappa le peuple d^une grande plaie (0. Qu'avoit-il fait pour être puni de cette sorte ? Il n'avoit fait que se rassasier d'un bien que Dieu même avoit envoyé : mais c'était un de ces biens corporels qu'il accorde aux désirs aveugles des hommes charnels pour les punir. Il punit ensuite cette jouissance déréglée ; on ne voit de tous côtés que des sépulcres érigés à ceux qui ont satisfait leur concupiscence : ils en tirent leur nom : on les appelle des sépulcres de concupiscence ip) : parce qu'on y a été enterré en punition des concupiscences qu'on avoit voulu contenter, en les rassasiant des biens que Dieu donne à la vérité aux sens avides : car tout bien , et petit et grand , et sensible et spirituel , vient de lui 5 mais dont il ne veut pas qu'on s'assouvisse.
Ne nous laissons pas repaître à ces biens trompeurs : vrais en eux-mêmes , bons en eux-mêmes, puisque tout ce que Dieu fait est vrai et bon ; mais trompeurs et empoisonnés par le mauvais usage que nous en faisons. Nourrissons -nous de la manne. Si toutefois il nous arrive de perdre durant quelque temps le goût de cette céleste nourriture ; car Dieu le permet souvent pour nous exercer et éprouver notre foi ; n'en revenons pourtant pas aux désirs charnels : mais en attendant que Dieu réveille
ce goût céleste, demeurons en humilité et en patience.
ha loi sur le mont Sinaï.
Quand Dieu voulut donner la loi à Moïse sur le mont de Sinaï, il fit quatre choses importantes. Il descendit au bruit du tonnerre et des trompettes. Toute la montagne parut en feu, et on y vit éclater la flamme dans un tourbillon de fumée. Dieu grava le Décalogue sur deux tables de pierre. Il prononça les autres articles de la loi d'une voix haute et intelligible, qui fut entendue de tout le peuple (0.
Pour publier la loi évangélique , il renouvela ces quatre choses , mais d'une manière bien plus excellente. L'ouvrage commença par un grand bruit: mais ce ne fut ni la violence du tonnerre , ni le son aigu des trompettes , comme on l'entend dans un combat; le bruit que Dieu ensoyo. fut semblable à celui d'un Dent impétueux , qui figuroit le Saint- Esprit : et qui sans être terrible, ni menaçant, remplit toute la maison ("*) , et appela tout Jérusalem au beau spectacle que Dieu lui alloit donner. On vit un feu, mais pur et sans fumée, qui ne parut pas de loin pour effrayer les disciples, mais dont la flamme innocente sans les brûler ni entamer leurs cheveux , 5e reposa sur leur tête (^). Ce feu pénétra
CO Ex. XIX, XX, XXIV, XXXI. — (' Act. II. 1 , 2.— (3)/5iV/, 3.
le dedans , et par ce moyen la loi de l'Evangile fut doucement imprime'e , non pas dans des pierres insensibles , mais dans un cœur composé de chair , et ramolli par la grâce. Il y eut une parole , mais qui se multiplioit d'une manière admirable. Au lieu que sur la montagne de Sinaï Dieu ne parla qu une seule langue , et à un seul peuple : dans la publication évangelique qui devoit réunir en un tous les peuples de l'univers dans la foi de Jésus-Christ et la connoissance de Dieu ; dans un seul discours on entendoit toutes les langues ^ et chaque peuple entendit la sienne (0. Ainsi Jésus étal)lit sa loi bien autrement que Moïse. Croyons, espérons, aimons; et la loi sera dans notre cœur. Préparons-lui des oreilles intérieures , une attention simple, une crainte douce qui se termine en amour.
De dessus du mont Sinaï Dieu crioit : N*appro^ chez pas ni hommes , ni animaux ; il y va de la vie : et tout ce qui approchera mourra de mort (2). Sur la sainte montagne de Sion , Dieu n'approche pas seulement sous la figure d'une flamme lumineuse, mais il entre au dedans du cœur; ce beau feu prend la figure d'une langue ; le Saint-Esprit vient parler au cœur des apôtres ; et de leur cœur doit sortir la parole qui convertira tout l'univers.
{AAct.u. 4, 5, 6, 7, 8, eec. — C») Ex.thx. la, x3, ao, ai.
L* arche d'alliance.
Il ny a point de nation qui ait des Dieux s' approchant d'elle , comme notre Dieu s'approche de nous (0. Je serai au milieu d'eux j et j'y habiterai j et je rny promènerai (2) allant et venant , pour ainsi dire, et ne les quittant jamais. Ainsi le fruit de notre alliance avec Dieu , et de notre union avec lui, est qu'il soit, et qu'il habite au milieu de nous : et fajoute qu'il y habite d'une manière sensible. Ainsi habitoit-il dans le paradis terrestre , allant et venant, et comme se promenant dans ce saint et délicieux jardin. Ainsi a-t-il paru visiblement à nos pères , Abraham, Isaac et Jacob. Ainsi a-t-il paru à Moïse dans le feu du buisson ardent. Mais depuis qu'il s'est fait un peuple particulier, à qui il a donné une loi et prescrit un culte , sa présence s'est tournée en chose ordinaire , dont il a e'tabli la marque sensible et perpe'tuelle dans l'arche d'alliance.
Par sa figure elle est le siège de Dieu : Dieu repose sur les che'rubins et dans les natures intelligentes , comoje dans son trône. Aussi y a-t-il dans l'arche deux che'rubins d'or qui couvrent de leurs ailes le propitiatoire Ç^) , c'est-à-dire , la plaque d'or lin qui est regarde'e comme le trône de Dieu. Il n'y paroissoit dessus aucune figure, marque de l'invi-
(0 Dcttï. IV. 7.-- W/^O'. XXVI. 11,12. — (3} Ex. XXV. 10, 11, 18, 22.
sible majesté de Dieu ^ pur esprit , qui n'a ni forme ni figure , mais qui est une ve'rite purement intellectuelle, où le sens n'a aucune prise. La présence de Dieu se rendoit sensible par les oracles qui sortoient intelligiblement du milieu de l'arche entre les deux chérubins; l'arche en cet état étoit appelée V escabeau des pieds du Seigneur (0. On lui rendoit l'adoration qui étoit due à Dieu , conformément à cette parole : Adorez V escabeau de ses pieds (2) : parce que Dieu y habitoit , et y prenoit sa séance. C'étoit sur l'arche qu'on le regardoit, quand on lui faisoit cette prière : E coûtez -nous j ijous çui gous^ernez Israël : qui conduisez tout Joseph comme une brebis : qui êtes assis sur les chérubins (5). Quand le peuple se mettoit en marche, on élevoit Tarche en disant ; Que le Seigneur s'élève , et que ses ennemis soient dissipés j et que ceux qui le haïssent prennent la fuite devant sa face (4). Quand on alloit camper, on descendoit l'arche , et on la reposoit en disant : Descendez , Seigneur, à la multitude de votre peuple d'Israël (5). Dieu donc s'élève avec l'arche, et il descend avec elle : l'arche est appelée le Seigneur, parce qu'elle le représentoit, et en attiroit la présence. C'est pourquoi on disoit aux anges , en introduisant l'arche en son lieu : O princes , élevez vos portes ! élevez-vous portes éternelles j et le Seigneur de gloire entrera {^) ; et encore : Entrez , Seigneur , dans votre repos , vous et l'arche de votre sanctifi-cation (7).
{^) I. Par. xxviii. •>.. Thren. 11. i.— ('OPj. xcvnr. 5. — {^) Ps. Lxxix. 2. — (4) JN'um. X. 35. Ps. lxvii. 2. — ^ (5) lyum. x. 36. — ^)' Psxxm. 7, 9. — (7) //. Par. vi. 4i- Ps. cxxxi. 8.
Et tout cela en figure du Seigneur Jésus, dont saint Paul a dit ; Qui est celui qui est monté dans les deux y sinon celui qui auparavant est descendu dans les plus basses parties de la terre (0 ? Le même Seigneur Jésus en montant aux cieux, laisse parmi nous son corps et son sang, et toute son humanité sainte dans laquelle sa divinité réside corporellement : et ce que l'ancien peuple disoit en énigme, et comme en ombre, nous le disons véritablement, en regardant avec la foi le Seigneur Jésus : f^rainicnt il nj a point de nation dont ses Dieux s'approchent d'elle, comme notre Dieu s'approche de nous (^).
C'est donc le caractère de la vraie Eglise et du vrai peuple de Dieu, d'avoir Dieu en soi. Aimons l'Eglise catholique, vraie Eglise de Jésus-Christ, et disons-lui avec le prophète : // n'y a que vous ou Dieu est (3) : vous êtes la seule qui se glorifie de sa présence. Rendons-nous dignes de son approche, et pratiquons ce que dit saint Jacques : Approchonsnous de DieUj, et Dieu s'approchera de nous (4). Approchons-nous-en par amour, et il s'approchera de nous par la jouissance qui se commence en cette vie, et se consomme dans l'autre. Amen, amen.
(') Eph, IV. 9,10. — W Dcut. Vf. 7. — C^) /*■ XLV. 14. — W) Jac. IV. 8.
Les sacrifices sanglans , et le sang employé partout.
Tout est en sang dans la loi , en figure de Jésus- Christ et de son sang qui purifie les consciences. Si le sa7ig des boucs et des taureaux sanctifie les hommes , et les purge selon la chair (des immondices légales ,) combien plus le sang de Jésus-Christ qui s'est offert lui-même par le Saint-Esprit, purifier a-t-il notre conscience des œuvres mortes , pour faille que nous servions au Dieu vivant (i) ?
L'apôtre conclut de là que Jésus est établi médiateur du nouveau Testament par le moyen de sa mort (2). Ce qui prouve que la nouvelle alliance est un vrai testament : ^ cause que comme le Testament n'a de force que par la mort du testateur; ainsi la loi et l'alliance de l'Evangile n'a de force que par le sang de Jésus-Christ.
De là vient aussi que V ancien Testament a été consacré par le sang des victimes , dont V aspersion après la lecture de la loi fut faite sur le livre même, sur le tabernacle , sur tous les vaisseaux sacrés , et sur tout le peuple , en disant : C'est ici le sang du Testament que Dieu a établi pour vous. Ainsi toute la loi ancienne porte le caractère de sang et de mort, en figure de la loi nouvelle établie et confirmée par le sang de Jésus-Christ. C'est pourquoi,
(0 JUL IX. i3, 14 , li. — W IbUl i5, i6, 17.
continue saint Paul, dans l'ancienne loi tout est presque purifié par le sang, sans lequel il n'y a point de rémission de péchés (0.
Nous devons donc regarder les mystères de Je'sus- Christ avec une sainte et religieuse horreur, en y respectant le caractère de mort, et encore d'une mort sanglante, en témoignage de la violence qu'il se faut faire à soi-même, à l'exemple de Je'sus-Christ, pour avoir part à la grâce de la nouvelle alliance , et à l'héritage des enfans de Dieu.
Personne que le seul pontife ne poui^oit entrer dans le Saint des saints où étoit l'arche , et il n'y entroit qu'une fois l'année : mais c'étoit en vertu du sang de la victime égorgée, dans lequel il trempoit ses doigts pour en jeter contre le propitiatoire , et expier le sanctuaire des impuretés qu'il contractoit au milieu d'un peuple prévaricateur i:^). Ainsi ce qu'il y avoit de plus saint dans la loi qui étoit l'arche et le sanctuaire, contractoit quelque immondice au milieu du peuple, et il falloit le purifier une foi^ l'année, mais le purifier par le sang. Purifions donc par le sang de Jésus-Christ le vrai sanctuaire qui n'est pas fait de main d'homme , c'est-à-dire , notre conscience; la vraie arche du Testament, et le vrai temple de Dieu, c'est-à-dire, notre corps et notre ame : et ne croyons point pouvoir avoir part au sang de Jésus, si nous-mêmes nous ne répandons en quelque sorte notre sang par la mortification, et par les larmes de la pénitence.
Jésus à qui le ciel étoit dû comme son héritage
{^)Heb. IX. 18, 19, ao, îi , 22. Exod.xxir. 8. — WjE'^t. xxx. 10. icMif. XVI. 2,3, 14, x6. Hefj. ix. 7.
24o ÉLÉVATIONS
par le titre de sa naissance, étant établi ^ comme dit saint Paul , l'héritier de toutes choses (0 , y a voulu entrer pour nous comme pour lui. S'il n'avoit à y entrer que pour lui-même , il n'auroit pas eu besoin d'y entrer par le sang d'un sacrifice : mais afin d'y entrer pour nous qui étions pe'cheurs , il a fallu nous purifier et expier nos péchés par une victime innocente qui étoit lui-même.
Il étoit donc tout ensemble le pontife qui nous devoit introduire dans le sanctuaire , et la victime qui devoit expier nos fautes : c'est pourquoi il n'est pas entré dans le sanctuaire par un sang étranger, mais par son propre sang (2). Pontife saint qui na- \>oit point a prier , comme celui de la loi pour luimême , pour ses ignorances et pour ses péchés ; mais seulement pour les nôtres et ceux du peuple (3) ; il nous a ouvert la porte : victime innocente et pure : il a pacifié par son sang le ciel et la terre (4) ; et pénétrant dans le ciel (5) , il nous en a laissé l'entrée libre.
Entrons donc avec confiance dans cet héritage céleste : et nous souvenant de ce qu'il en a coûté à Jésus pour nous en ouvrir la porte , que nos péchés nous avoient fermée, ne nous plaignons pas de ce qu'il nous en doit coûter à nous-mêmes.
G'étoit à ce jour solemnel oh le pontife entroit dans le sanctuaire, qu'on offroit ces deux boucs, dont l'un étoit immolé pour le péché, et l'autre qu'on appeloit le bouc émissaire. Apres que le pontife avoit mis les mains sur lui, et en même temps
(0 Heb. I. 2. — W Ibid. ix. 11,12, 14 , 24 , aS. — (3) JUd, yii. 36, 27. —(4) Coloss. I. 20. — C5) Heb. iv- 14-
confessé
SUR LES MYSTÈRES. lî^l
confessé auec exécration et imprécation sur la tête de cet animal les péchés de tout le peuple , il éioit envoyé dans le désert (0, comme pour y être la proie des bêtes sauvages. Ces deux ligures représentoient notre Seigneur, en qui Dieu a mis les iniquités de nous tous (2). Chargé donc de tant d'abominations, il a été' séquestré du peuple, et comme remarque saint Paul , il a souffert hors de la porte de Jérusalem (5), comme excommunié de la cité sainte à cause de nos péchés qu'il portoit. Mais c'étoit nous qui étions les véritables excommuniés , et l'anathême de Dieu. Sortons en humilité de la société sainte; et pour nous délivrer de la malédiction qui nous poursuit, unissons-nous à celle de Jésus-Christ qui a été fait anathême et malédiction pour nous ^ comme dit saint Paul (4), conformément à cette parole : Maudit celui qui a été pendu a une croix (5). Reconnoissonsnous exclus de tout bien et de toute la société humaine par nos péchés : la croix , une mort douloureuse, et l'ignominie d'un honteux supplice est notre partage. Quoi ! en cet état nous pourrions nous plaindre d'être pauvres, méprisés, outragés, sans songer de quoi nos péchés nous ont rendus dignes ? Nous sommes dignes de tout opprobre, de toute misère, pour avoir péché contre le ciel, et avoir été rebelles contre Dieu. Ne nous plaignons donc jamais des misères que Dieu nous envoie : mais sortons hors du camp avec Jésus , et allons nous unir à lui portant ses opprobres (6) : assurés que ce n'est qu'en nous
(■) Le\f. xvï. a, 5, 7. — (*) Is. mii. 6. — 0) Heb. xni. la. — • (4) Gai m. i3. — (5) Veut. xxi. aS. — («>) Heb. xiii. i3.
unissant à ses peines, à ses ignominies, à son anathême , à sa male'diction , que nous serons délivre's de la nôtre.
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Le campement et la patrie.
Une des plus belles circonstances de la délivrance des Israélites, c'est qu'on ne logeoit point dans les déserts où ils furent conduits ; on y campoit , on y étoit sous des pavillons (0; et sans cesse on enveloppoit et on transportoit ces maisons branlantes. Figure du christianisme, où tout fidèle est voyageur. Gardons-nous bien de nous arrêter à quoi que ce soit : passons par-dessus : et toujours prêts à partir, toujours aussi prêts à combattre, veillons comme dans un camp. Qu'on y soit toujours en sentinelle. Dans les camps vulgaires il y a plusieurs sentinelles disposées, afin que toujours prêts à s'éveiller au premier signal , les soldats dorment un court somme , sans se plonger tout-à-fait dans le sommeil. Il y a plus, dans le campement de la vie chrétienne, chacun doit toujours veiller : chacun en sentinelle sur soi-même , doit toujours être sur ses gardes contre un ennemi qui ne clôt point l'œil, et qui toujours rôde autour de nous pour nous décorer (2). Ne nous fions point au repos qu'il semble quelquefois nous donner : avec lui il n'y a ni paix, ni trêve, ni aucune sûreté que dans une veille perpétuelle.
(') jyum. 1. 52. II. 34. — W /. Pet. V. 8.
Ainsi donc campoit Israël. Il supportoit ce travail, pour enfin arriver à cette terre coulante de miel et de lait (0 tant de fois promise à leurs pères. C'e'toit pour y introduire ce peuple que Moïse l'avoit tire de l'Egypte, et lui avoit fait passer la mer Rouge. Mais, ô merveille de la divine sagesse, aucun d& ceux qui s'étoient mis en marche sous Moïse pour arrivera cette terre, n'y entra, excepté deux (^). Moïse même ne la salua que de loin, et Dieu lui dit : Tu Vas vue de tes yeux ^ et tu ny entreras pas : et Moïse mourut a. l'instant y^ar/e commandement du Seigneur (5). Afin qu'on entre dans la terre promise, il faut que Moïse expire, et que la loi soit enterrée avec lui dans un sépulcre inconnu aux hommes; afin qu'on n'y retourne jamais, et que jamais on ne se soumette à ses ordonnances. L'ancien peuple qui a passé la mer Rouge , et qui a vécu sous la loi, n'entre pas dans la céleste patrie : la loi est trop foible pour y introduire les hommes.
Ce n'est point Moïse, c'est Josué, c'est Jésus (car ces deux noms n'en sont qu'un) qui doit entrer dans la terre, et y assigner l'héritage au peuple de Dieu (4). Qu'avoit Josué de si excellent , pour introduire le peuple à cette terre bénite , plutôt que Moïse? Ce n'étoit que son disciple, son serviteur, son inférieur en toutes manières : il n'a pour lui que le nom de Jésus ; et c'est en la figure de Jésus qu'il nous introduit dans la patrie. Entrons donc , puisque nous avons Jésus à notre tête ; entrons à la faveur de son nom dans la bienheureuse terre des
COiVum. xni. 28. — W Ibid. xiv. 22, 23, 3o — (}) Deut. xxxiv. 4,5. — C^) Ibid. 9. Josu. 1. 2, 5, 6, 7 ef seqq.
a44 ÉLÉVATIONS
vivans : Je vais , dit- il (0, "vous préparer le lieu : j'assignerai à chacun le partage qui lui a été' destine' : il y a plusieurs demeures dans la maison de mon père. Je'sus^ notre a^^ant-coureur , est entré pour nous (2) ; et l'entrée nous est ouverte par son sang. Dépéchons-nous donc d'entrer dans ce repos éternel (3) : dépêchons-nous : n'ayons rien de lent. La voie qui nous est ouverte , dit saint Augustin , ne souffre point dépens qui reculent^ ne souffre point de gens qui se détournent , ne souffre point de gens qui s'arrêtent ; et si Ton n'avance toujours dans un si roide sentier, sans faire de continuels efforts, on retombe de son propre poids.
(0 Joan, XIV. 2. — (') Heb. ix. 24. iv. 11. — C^) Ibld iv. 1 1.