‹ Œuvres; revues sur les manuscrits originaux et les éditions les plus correctes (volume 2)Chapitre 15 sur 46 · ÉLÉVATIONS SUR LES PROPHÉTIES · texte numérisé non relu

ÉLÉVATIONS SUR LES PROPHÉTIES

PREMIÈRE ÉLÉVATION

Les prophéties sous les patriarches.

Encore que les prophéties éclatent principalement depuis le temps de David , elles ont une plus haute origine. Nous les avons vues sous Adam , nous les avons vues sous Abraham , Isaac et Jacob, dans cette bénite semence en qui la bénédiction se devoit répandre sur toutes les nations de la terre (0. Mais de ces trois patriarches avec qui Talliance avoît e'té faite , le dernier e'ioit réservé pour en développer tout le secret par ces paroles : Le sceptre y le gouvernement, la magistrature, ne sera point oté de Juda ("?•) : sa tribu , qui serajin jour le seul royaume où la loi et les promesses seront accomplies, ne cessera point de vivre selon ses lois, et d'avoir ses gouverneurs et ses magistrats légitimes, qui sortiront de sa race ; jusquà ce que vienne celui qui doit être en^ojé ; selon une autre leçon qui revient au même sens : en qui V accomplissement des promesses est réservé; et il sera l'attente, Tespérance, le libérateur de tous les peuples : quatre lignes , où est renfermée toute l'histoire du peuple de Dieu ,

CO Gen. XII. 3. xxn. 18. — (*) Gen. xlix. io.

jusqu'à Jësus-Christ. Le caractère particulier qui en devoit marquer le temps, étoit la chute du royaume judaïque destitué de son propre gouvernement : et la suite nécessaire de la venue du Christ étoit marquée par la concurrence de la réprobation des Juifs , avec rétablissement de son empire parmi tous les peuples de Tunivers.

Il adresse la prophétie à Juda. C'est à lui qu'il se restreint quand il veut parler du Christ futi*!- ; et ce Christ, que nous savions déjà qui devoit sortir d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, nous est désigné comme devant être le fruit de la tribu de Juda. Nous verrons ensuite que dans la tribu de Juda, David est choisi pour en être le père , afin que Jésus, fils de David, auteur de la famille royale j fils de Juda qui est toujours à la tête du peuple de Dieu ; Fils d'Abraham, en qui avoit commencé l'alliance; pour encore remonter plus haut , fds de Sem , béni au-dessus de ses deux autres frères , recueillit en lui par la plus belle de toutes les successions tous les titres de distinction et de bénédiction qui avoient jamais été, et sortit du plus pur et du plus beau sang qui fût au monde.

O Jésus ! que Jacob a vu en mourant, dans l'extrémité de sa vieillesse avec une vue défaillante, puisse venir votre règne : et puissions-nous augmenter le nombre de vos sujets véritables par notre sincère obéissance !

La prophétie de Moïse,

Quoique tout l'état de Moïse et de la loi soit prophétique dans son fond , comme on a vu , il y a encore sur Jésus-Christ une prophétie spéciale de Moïse ; et la voici : Dieu vous suscitera un prophète comme moi, de votive nation, et du milieu de vqs frères : vous V écouterez (0. C'est un prophète particulier que Dieu promet à son peuple : un prophète comme moi, dit Moïse : un prophète sem,blable à moi y comme il ajoute dans la suite; t'est-à-dire, un prophète législateur. Car au reste il est éci^it des autres prophètes : qu'iï ne s'en est jamais élev^é comme 3Ioïse{'^). Josué qui lui succéda dans le gouvernement du peuple de Dieu, étoit beaucoup audessous de lui, non -seulement en prodiges et en puissance , mais encore en dignité : ayant reçu l'esprit de sagesse , parce que Moïse avoit mis les mains sur lui(?). On lui obéissoit donc, non pas comme à un législateur , mais sur des faits particuliers. Il n'en est pas ainsi de ce prophète que Moïse annonce comme devant lui être semblable. Il dit de lui : p^ous l'écouterez : qui est aussi la même chose que le Père éter^ nel a dit de son Christ : Celui-ci est mon Fils Bienaimé : écoutez-le (4).

Il y a donc deux prophètes d'un caractère parties Deut xviii. i5, i8, 20. — {■>) Deut. xxxiv. — (') Ihid. 9. — i'i)MaUh. XYii. i5.

culier : Je ministère de l'un devoit succéder à celui de l'autre ; et il est dit singulièrement de chacun d'eux : Ecoutez-le : l'un me'diateur de la loi ancienne ; et l'autre , me'diateur de la nouvelle : autant dilTe'rens entre eux que les deux lois qu'ils ont e'ta- Llies. Toutefois il y a entre eux quelque chose de commun : c'est qu'à la tête de chaque loi qui devoit, pour ainsi dire, régner, il y a un prophète par excellence pour chacune : mais le dernier l'est, d'ahtant plus quil est le fils ; au lieu que l'autre èioit le serviteur {^) . Celui dont le ministère étoit passager, montre l'autre dont le ministère étoit éternel : aussi ne lui nomme-t-il point de succèsseur , et il lui remet pour toujours l'autorité et la prophétie. Que si l'on a écouté Moïse avec une crainte si religieuse ; et si ceux qui ont violé sa loi ont été punis de mort sans miséricorde ^ de quels supplices seront dignes ceux qui auront foulé aux pieds le Fils de Dieu (2) , et qui n'auront pas obéi à Jésus ?

La prophétie de David.

Béni soit le nom et le règne de notre père David^?). Béni soit le fils de ce saint ro« (4), par qui nous vient la vie et le salut. Les psaumes de David sont un évangile de Jésus-Christ tourné en chant ,

(>) Ileb. 111. 3, 5 , 6. — (') IbLd. X. 28, 29.— (3) Marc. xi. 10. -* (•'•) Matih. XXI. 9. Ps. cxvii. 25.

SUTl LES MYSTÈRES. a^Q

en affections, en actions de grâces, en pieux de'sirs. C'est ici ^ disoit Je'sus- Christ, la vie éternelle : de vous connoître ^ 6 Père céleste ! qui êtes le vrai DieUj et Jésus-Christ y que vous ai^ez envoyé (0. C'est par où commencent les psaumes. Le premier montre la félicité de celui qui garde la loi de Dieu T^) : et ensuite dès le second , on voit paroître Jésus- Christ : toutes les puissances du monde conjurées contre lui : Dieu qui s'en rit du plus haut des cieux, et qui adressant la parole à Jésus-Christ même, le déclare son Fils qu'il engendre dans l'éternité (5). C'est dès le commencement , l'argumejit de tous les psaumes.

David l'a vu dans le sein de son père engendré ayant l'aurore ^ avant tous les temps : il a vu qu'il seroit son fils j, et en même temps son Seigneurie), 11 Fa vu roi souverain : régnant par sa beauté, par sa bonne grâce , par sa douceur j, et par sa justice : perçant le cœur de ses ennemis par une juste vengeance , ou celui de ses amis par un saint amour. Il l'a adoré dans son trône étemel , comme un Dieu, que son Dieu a sacré par une divine onction & ; père et protecteur des pauvres , dont le nom sera honorable devant lui ; puissant auteur de la bénédiction des gentils consacrés et sanctifiés en son nom (^) ; prédicateur d'un nouveau précepte dans la sainte montagne de Sion (7).

Il a vu toutes les merveilles de sa vie , et ^toutes les circonstances de sa mort : il en a médité tout le

(0 Joan. xvn. 3. —- (*) Ps. i. i et seqq. -^ C^) Ps. 11, 7. —(4; Ps. Cix. I, 3,4, 6, 7. Malth. xxii. 44? 4 — i^) Ps. xliv.3,4, 5,6,7, iJ.

— (6) Ps. LXXI. 1 , 4 , 1 4 , I 9. -, (7) P^. II. 6.

rîJO ÉLÉVATIONS

mystère (0. Il a maudit en esprit son disciple qui le de voit vendre; et il en a vu \ apostolat passé en rC autres mains (2).

Ses pieds et ses mains percés ^ avec son corps violemment étendu et suspendu , ont été le cher objet de sa tendresse (3): David s'est jeté par la foi entre ses bras amoureusement étendus à un peuple contredisant. // a goûté le fiel et le ^vinaigre (4) qu'on lui a donné dans sa soif. Il voit tout, jusqu'à l'histoire de ses habits divisés , et de sa robe jetée au sort &. Il est touché des moindres circonstances de sa mort , et n'en peut oublier aucune. Il se réjouit en esprit de lui voir , après sa mort , annoncer la vérité aux gentils dans la grande Eglise (6) , où tous les peuples de l'univers dévoient se réunir , oii les pauvres comme les riches dévoient être assis à sa table. Enfin il l'a suivi au plus haut des deux avec des captifs attachés à son char victorieux (7). Il l'a adoré , assis à la droite du Seigneur (8) , où il a été prendre sa place*

O Jésus, les chères délices, l'unique espérance, et l'amour de notre père David ! C'est principalement par cet endroit-là qu'il a été l'homme selon le coeur de Dieu (9). Sa tendresse pour ce cher fils, qui est le Fils de Dieu comme le sien , lui a gagné le cœur du Père éternel. S'il a tant pensé à Jésus souffrant dans toute sa vie , à plus forte raison y a-t-il pensé lorsqu'il a été sa figure en souffrant luimême. S'il est si doux à ceux qui l'outragent, s'il

(0 Ps. XXI et Lxvni. — (') Ps. cviii. 8. Joan. xiii. 18. Act. i. 16 , 20.— (3)/*^. XXI. 16, 17, 18, 19. — (4) Ps. LXviTi. 22. Joan. xix. 28 29, 3o. — (5) Ps. xxr. 19 et seqq. — (6) lUâ. 32. — (7) Ps. lxyii. 18, 19. Ephes. IV. 8. — (8) Ps. cix. i , 5. — (9) /. Re^. xiu. 14.

est muet , sans réplique et sans défense ; si loin de rendixî le mal pour le mal , il rend à ses ennemis des prières pour leurs imprécations \ si ce bon roi s'offre à être la seule victime pour tout son peuple désolé par la main d'un ange , il en voyoit l'exemple en Jésus. Faut-il s'étonner s'il a été si humble et si patient dans sa fuite devant Absalon ? Ce fils obéissant le consoloit des emportemens et des fureurs de son fils ingrat et rebelle.

O Jésus , je viens avec David m'unir à vos plaies, vous rendre hommage dans le trône de votre gloire, me soumettre à votre puissance. Je me réjouis , Fils de David , de toute votre grandeur. Non : vous navez point connu la corruption (0, vous qui étiez par excellence le saint du Seigneur (2). f^ous awez su le chemin de la vie , la gloire et la joie vous accompagnent &. Vous régnez aux siècles des siècles (4) , et votre empire naura point de fin (5).

Les autres prophètes.

Nous avons expliqué ailleurs les oracles sacres des prophètes sur notre Seigneur Jésus -Christ (6), Je dirai ici en abrégé qu'ils ont tout vu : ses deux naissances ; la première toute divine , des le jour de Téternité : le lieu marqué pour la seconde , dans

(0 Ps. XV. 10. Act. n. 3i. xui. 35. — («) Marc. i. a4- I^uc. 1. 35.— (3) Pf.xv. lo. — (4) yf;,oc. XI. i5, 17.— (5) Zttc. 1. 32, 33. — (6) Dise, sur VHist. Univ. ii.« partie. La suite de tu Religion.

Bethléem (0 : une ^vierge qui le conçoit et qui t enfante : un enfant qui nous est né : un fis qui nous est donné (2). Enfant^ homme dès le premier jour; et tout ensemble Dieu fort et tout-puissant (3). Reconnoissons avec Zacharie l'humble monture de ce Roi juste j, cle'ment et doux (4), lorsqu'il fait son entre'e dans sa ville royale. Considérons avec lui , les trente deniers pour lesquels il a été vendu ; et l'emploi de cet argent pour acheter le champ d'un potier (^). Tout s'accomplit en son temps. Le Pasteur est frappé , et le troupeau se dissipe. Les disciples se retirent chacun chez eux , et Jésus demeure seul (C). On crache sur son visage ; et il ne se détourne pas pour éviter les coups et les infamies quon lui fait (7). On le perce-, et tout Israël voit les ouy^ertures des plaies quil lui a faites (8). Comme un autre Jonas on le jette dans la mer pour sauver tout le vaisseau ; et comme lui il en sort au bout de trois jours (9).

A mesure que le temps approche , ses mystères se de'couvrent de plus en plus. Daniel compte les anne'es où se devoit accomplir son onction, ses souffrances, sa mort, suivie d'une juste vengeance, et de l'éternelle désolation de l'ancien peuple qui a méprisé le Saint des saints (10). H voit en esprit, le Fils de ïhomme a qui est donné un empire , à qui nuls lieux , nuls temps ne donnent des bornes. Cet

(0 Mich. V. 2. MaU. II. 6. — W Is. vu. 14. Mauh. i. 21 , 22, 23. — (3) Is. IX. 6. — (4) Zach. IX. 9. Mauh. xxi. 5. — C^) Zach. xi. 12 , l3. MaUh. xxvn. 9, 10. — {^) Zach. xiu. 7. MuUh. xxvi. 3l, 56. --. {1) Is. L. 6. — {^)Zach.TiU. io.Joan.\ix.3'j. — {9}Jon. 11.2. MaUh. xu. 4o. XVI. 4- — C'") Pan.ix. 24 ctseq. MaU. xxiv. i5.

empire, le plus auguste qui eût été' et sera jamais, sera V empire des saints du Très -haut (0. Daniel, e'tonné de sa grandeur, se trouble dans ses pensées , et conserve cette parole dans son cœur. Mais il faut que ce Fils de l'homme souflre une mort violente.

Isaïe nous apprend à goûter ses souffrances ; il doit porter nos péchés j et par-là s'acquérir l'empire, et partager les dépouilles des forts ; et la cause de ses victoires , c'est qu'il s'est livré à la mort. // a été mis au rang des scélérats ; crucifié entre deux larrons: c'est le dernier des hommes ^ et tout ensemble le plus grand. Ce n'est point par force qu'il souffre la mort. Ils'j est offert^ parce quilVa voulu. Il na point ouvert la bouche pour se défendre ; il est muet comme l'agneau sous la main qui le tond. Le silence du Fils de Dieu parmi tant d'outrages et tant d'injustices, qui est le plus remarquable caractère du Fils de Dieu , a fait l'admiration de ce prophète. On le croit frappé de Dieu pour ses péchés , lui qui est l'innocence même ; mais c'est pour les nôtres qu'il souffre , et nous sommes guéris par ses blessures ('^). Les prières qu'il pousse vers le ciel dans «et état de souffrance, sont le salut des pé~ cheurs pour qui il prie. Une longue postérité sortira de lui , parce qu'il a volontairement souffert la mort : Et son sépulcre j d'où il sortira vainqueur et immortel , sera glorieux (?).

Ce seul passage si précis et si étendu, oiî les souffrances du Sauveur futur sont inculquées en tant de manières, suffisoit pour animer tous les sacrifices

(0 Dan. vu. i3, i4, i5, a^, a8. — W /*. lui. 7 et seq. — C^) /*. XI. 10.

2^4 ÉLÉVATIOJfS

et le culte de la loi, et mettre continuellement devant les yeux des vrais Israélites, qu elle contenoit sous ses ombres , la rémission des péche's par une mort volontaire, un sang salutaire qui les expioit, des plaies qui re'tablissoient la santé de l'homme , et dans tout cela un Sauveur aussi juste que souffrant, qui nous guérissoit par ses blessures.

Combien plus doit-on se nourrir de ces plaies sacrées , de cette mort , et de ce sang innocent versé pour les pécheurs , depuis , comme dit saint Paul , que Jésus-Christ a été crucifié à nos jeux ? O Galates insensés , comment vous laissez-vous fasciner les jeux (0? après un tel spectacle! Accourez, peuples , à la croix de Jésus-Christ. Et puisque c'est vous qui lui avez tous donné la mort; venez , comme dit l'évangéliste après le prophète , venez , dis-je , contempler celui que vous avez percé i?).

Kéflexions sur les prophéties.

Les choses étant en cet état , la venue de Jésus- Christ étant préparée dès l'origine du monde , toute la loi , pour ainsi dire , en étant enceinte et toute prête à l'enfanter , Dieu laissa le peuple saint quatre à cinq cents ans sans prophètes et sans prophéties : voulant leur donner ce temps pour les méditer , et pour soupirer après le Sauveur. A la veille de faire cesser les prophéties ; c'est-à-dire, dans les temps de Da-

C>) Galat. m. i. — W Zach. xii. lo. Apoc. i. 7.

niel , d'Aggée , de Zacharie et de Malachie , il déclara les secrets divins plus clairement que jamais. C'est de quoi font foi principalement les Semaines de Daniel , où les temps de la venue et de la mort du Christ , étoient exactement suppute's. Agge'e avoit dit ces mémorables paroles à la gloire du second temple : Encore un peu de temps. Car, quétoit-ce que quatre cents ans et un peu plus , à comparaison de tant de milliers de siècles où le Sauveur avoit été attendu ? Encore donc un peu de temps , et je remuerai le ciel et la terre ; et le Désiré de toutes les nations viendra ; et je remplirai de gloire cette maison,nou^ellement rebâtie ; c'est-à-dire, le second temple , dit le Seigneur des armées , le Dieu toutpuissant {^). L'argent est à moi, et l'or est à moi : tout est en ma puissance ; et si je voulois faire éclater cette maison en richesses même tenxporelles , je le ferois ; mais je lui prépare un autre éclat par la venue du Désiré des nations. La gloire de cette seconde maison sera plus grande que celle de la première ; et j'établirai la paix dans ce lieu , dit le Seigneur des armées (^).

S'il faut regarder le temple par un éclat extérieur ; la gloire du premier temple, sous le riche empire de Salomon, de Josaphat, d'Exéchias et des autres rois, sera sans contestation la plus grande. Loin que le second temple eût le même éclat , ceux qui le rebâtissoient, et qui avoient vu le premier, ne pouvoient retenir leurs larmes en voyant combien il lui étoit inférieur. Il est vrai que dans la suite des temps, la gloire du secQnd tempJç fut grande dans

CO Agg. II. 7, 8, 9. — 'y) Ibid. 10.

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l'Orient. On y vit porter les présens des rois (0 ; et je ne sais si Hérode qui le rebâtit , n'en égala pas la magnificence à celle de Salomon. Mais après tout , et quoi qu'il en soit , ce n'est pas là de quoi remuer le ciel et la terre; et un si grand mouvement se doit terminer à quelque chose de plus grand que des richesses terrestres. Voici donc le grand moui^ement du ciel et de la terre : c'est que le Désiré des nations, le Christ qui en est l'attente , paraîtra sous ce second temple. Il viendra , dit le saint prophète Aggée (2) ; et où viendra-t-il ? Un autre prophète l'explique dans le même temps : J'envoie mon ange, dit Malachie (3), au nom du Seigneur ; et il préparera la voie devant ma face : et en ce temps viendra dans son temple , le Seigneur que vous cherchez, et Fange du testament , ou de l'alliance, que vous désirez. Le voilà qui vient , dit le Seigneur. Il n'y a plus rien entre deux : il n'y a plus de nouvel ouvrage , ni de nouvelles figures du Christ à venir , ni de nouvelles prophéties. Voici le dernier état du peuple de Dieu ; et après cela il n'y a rien à attendre que le Christ qui entrera dans le second temple.

Ce n'est donc pas sans raison que le saint vieillard Siméon (4) , qui attendoit avec tant de foi la venue du Christ, et la rédemption d'Israël , fut amené en esprit, c'est-à-dire par inspiration, avec Anne la prophétesse , cette sainte veuve , dans le temple où le Seigneur alloit entrer. C'est qu'alors s'alloit accomplir la gloire du second temple, lorsque Jésus

(0 //. Mach. m. 1,2, 3. — W Aq^. 11. 8. --- (3) Mal. nu i. — (4) Attc, II. 25, 26, 27.

y devoit venir pour y établir la paix , comme Agge'e Tavoit pre'dit.

Aux approches de ce temps heureux toute la nature étoit en attente , tout le peuple vivoit en espérance. S'il n'avoit plus de prophètes, il vivoit en la foi et dans les lumières des prophéties préce'dentes. Ceux qui étoient éclairés d'en-haut, appeloient celui qui les devoit sauver de leurs péchés. Le Christ , à la vérité, leur étoit souvent montré comme un conquérant, qui les devoit délivrer des mains de leurs ennemis, qui les tenoient en captivité. Mais cette captivité et ces ennemis n'étoient d'un côté qu'une figure d'une captivité spirituelle, et de l'autre une punition de leurs péchés, qui leur attiroient tous ces maux , et mettoient ce joug de fer sur leur tête : et enfin les frayeurs de leur conscience leur faisoient sentir que le grand mal dont ils dévoient être délivrés, étoit leurs péchés. C'est pourquoi ils reconnoissoient qu'ils avoient l)esoin d'un Sauveur qui les expiât : il leur falloit un juste et un innocent, qui fiit la sainte victime qui les effaçât. O ciel, envoyez votre rosée , et que les nues pleuvent le juste ; que la terre s'ouvre , et quelle germe le Sauveur (0 ! Pour être Sauveur, il faut qu'il soit juste, d'une justice qui vienne du ciel, qui soit divine, infinie, et celle de Dieu même ; afin que nous puissions l'appeler après le prophète : Le Seigneur notre justice (2). Ce juste qui devoit venir du ciel, doit aussi sortir de la terre : il faut qu'il joigne en sa personne le ciel et la terre, qu'il soit Dieu et homme tout ensemble : que par une double naissance, il vienne

CO Is. XLV. 8. — W Jerem. xxm. 5,6, BOSSUET. VIII. 17

258 JÊLÉVATIONS

tout ensemble, et du ciel dans les jours de V éternité, et de Bethléem (0 dans le temps ; comme l'avoit dit le prophète ; .et c'est ainsi que dans peu de temps j, dans le dernier pe'riode du peuple de Dieu , ce grand Dieu dewoit remuer le ciel et la terre (•^).

Cependant tout se preparoit à son arrive'e. Le royaume de Juda vivoit sous ses lois dans une parfaite liberté : peu à peu il se de'gradoit ; et quand le temps approcha qu'il devoit être détruit, il tombe entre les mains des étrangers. Un nouveau peuple se prépare au Christ futur; et on va voir toutes les nations venir en foule composer ce nouveau royaume, qui étoit sous le Fils de l'homme , le royaume des Sftints du Très-haut qui ne dei^oit point avoir de fin (3). Nous touchons au dénouement des mystères y et le Dieu homme va paroître.

Purifions nos cœurs pour le recevoir : songeons au malheur de ceux pour qui il étoit venu, et qui cependant n'ont pas voulu le connoître. Charnels , ambitieux, avares, quand Jésus est venu à eux, ils l'ont méconnu : ils font mis à mort , parce que ses saintes paroles n'entroient point dans leurs cœurs. Purifions-nous donc pour le recevoir, de tous les désirs du siècle , en attendant son glorieux avènement : autrement tout est à craindre pour nous : sa venue nous sera funeste , et nous le crucifierons comme les Juifs.

{})Mich.y. 2,'^'WAgg. II. 7. — (3) Dan. vu. i3, i4 , 27.

L'apparition de Dieu cTune nouvelle manière ; et ce que fait la venue du Christ promis.

De si haut qu'on reprenne l'histoire sacrée , on y trouve que Dieu apparoît en figure humaine aux patriarches, aux prophètes. Un des hommes que voit Abraham , et qu'il reçoit en sa maison , se trouve être le Seigneur mèniG y Dieu même, à qui rien nest difficile ; qui donne un fils à Sara quoique ste'rile ; qui pardonne aux hommes ; qui les punit selon les règles de sa bonté et de sa justice; \\ qui Abraham adresse ses prières comme à Dieu ; qui parle luimême comme Dieu; qui dispose de toutes choses avec une suprême autorite' (0. Ce Dieu qui apparoît à Abraham, est souvent appelé ange, c'est-à-dire, env'ojé (2). C'est un envojéj pour l'amour de qui Abraham avoit voulu immoler son fils unique ; qui en accepte le sacrifice ; qui renouvelle toutes les promesses à Abraham : c'est donc un ange, c'est un envoyé qui est Dieu. C'est l'ange du Testament (3) , l'ange du grand conseil^ et le Fils de Dieu lui-même, qui dès-lors se plaisoit à la forme d'homme qu'il devoit prendre personnellement au temps marqué.

Le même apparoît à Isaac et à Jacob. Jacob le voit au haut d'une échelle ; et il appelle le lieu où il est, la maison de Dieuj et la porte du ciel (4). Il y

(0 Gen. xvui. a, 3, i4, etc. — W Ibid. xxii. ii, 12, i5, 16, etc. — C^) Mal. m. I. — (4) Gew.xxvi, xxviii. 1 3, 1 3, 16, 17, 1-8.

26o ÉLÉVATIONS

dresse un autel à celui qu'il avoit vu , et lui rend ses adorations. Jacob combat avec lui , comme avec un homme , et se glorifie di avoir vu Dieu face à face (0. Il reçoit l'ordre de lui dresser un autel; il l'invoque et il le loue, comme celui qui Va regardé dans son ajfliction (2). Combat mystérieux , où Dieu veut bien s'e'galer à l'homme, et que l'homme aidé de Dieu, l'emporte contre Dieu même, et lui arrache, pour ainsi dire, sa bénédiction par une espèce de violence (5). Il apparoît de nouveau à Jacob , et se nomme le Dieu tout-puissant ; et confirme toutes les promesses qu'il avoit faites à Abraham et à Isaac. Tout cela en figure de celui qui s'est incarné pour nous , qui dès - lors nous préparoit ce grand mystère , le commençoit en quelque façon , en faisoit voir comme une espèce d'apprentissage et comme un essai : qui enfin a voulu , en la forme humaine , faire les délices de nos pères \ qui par un amour extrême , et si l'on peut l'appeler ainsi , par une tendre passion pour notre nature, a fait aussi dé son côté ses délices des enfans des hommes , et a voulu montrer par -là qu'il est celui qui, conçu et engendré dans le sein de Dieu comme sa sagesse éternelle , a mis son plaisir à être avec eux (4).

Parcourons ici en esprit tous les endroits où le Dieu trois fois saint paroît avec une face et avec des pieds (5) , où la gloire du Dieu d'Israël s'élève au-dessus du chariot (6), et se rend sensible, oïi î ancien des jours apparoît avec sa tête et ses che-'

(0 Gen. xxxii. 24 , etc. — W Ihid. xxxv. 1,3.— (3) Ibid. 11 , 13. — C^O Pro»/. vin. m, a3, 3i.— .(5)/^. yi. i, 2, 3.— C^) Eneeh. 1. i et setjq.

suK LES mystèhes. 261

veux blancs comme neige (0 : et croyons que toutes ces apparitions ou du Fils de Dieu, ou du Père même, e'toient aux hommes un gage certain , que Dieu ne regardoit pas la nature humaine comme étrangère à la sienne ; depuis qu'il avoit été résolu que le Fils de Dieu, égal à son Père, seferoit homme comme nous.

Toutes ces apparitions préparoient et commenrçoient l'incarnation du Fils de Dieu : l'incarnation n'étant autre chose qu une apparition de Dieu (2) au milieu des hommes , plus réelle et plus authentique que toutes les autres : pour accomplir ce qu'avoit vu le saint prophète Baruc, que Dieu même , après avoir enseigné la sagesse à Jacob et à ses enfans ^ avoit été vu sur la terre , et avoit conve rsé parmi les hommes (5) : qu'en cet état on lui diroit , comme faisoit Isaïe : C'est dans vous seul que Dieu est : et il nesl en aucun homme comme en vous : Dieu n'est point sans vous : vous êtes vraiment un Dieu cachée le Dieu d'Israël, le Sauveur (4). Le voilà j nous disoit Malachic (5) , ce Sei^ gneur que vous attendiez , cet ange qui a apparu à Abraham et aux patriarches : Le voilà qui vient en personne , qui*apparoît dans son temple. Et remarquez qu'un ^utre ange le précède, et lui prépare la voie : mais cet ange n'est point appelé le maître, le dominateur, ni celui qui vient dans le temple , comme dans un lieu qui est à lui ; ad' templum sanctum suum. C'est Jean-Baptiste , le saint précurseur de Jésus-Christ ; c'est , comme l'appelle le même prophète ,

(ï) Dan. VII. 1,9, i3.— (') /. Tim. m. 16, — i}) Bar. m. 3;, 38. — (4) Is. XLV. i4, i5. — (^) Malac. m. i.

un autre Elie , qui vient préparer les hommes à recevoir Jésus-Christ , de peur qu'a son arrivée le genre huninin ne soit frappé d anathênie CO.

C'est par ces mots que finit le prophète Malachie. La prophétie finit avec lui : et'en voilà le dernier mot. Ainsi le dernier des prophètes termine sa prophétie en nous désignant le premier prophète qui devoit paroître après lui, et lui remet, pour ainsi parler , la prophétie et la parole.

Entrons ici dans l'esprit des Israélites spirituels , des Juifs cachés qui désiroient le Sauveur, et se consoloient dans cette attente de tous les maux de cette vie. O Jésus , vous êtes celui qui deviez venir ' O Jésus, vous «tes venu! O Jésus, vous devez encore venir au dernier jour pour recueillir vos élus dans votre repos éternel ! O Jésus , vous allez et venez sans cesse ! Vous venez dans nos cœurs ; et vous y faites sentir votre présence par je ne sais quoi de doux, de tendre et de souverain. Que Tesprit et l'épouse disent : Venez : que celui gui a soif , vienne , Car Jésus vient en nous, quand aussi nous venons à lui. Ouij, dît Jésus , je viendrai 6ie7îtoL ^h ! venez , venez y Seigneur Jésus (2). Venez, le désiré des nations, venez , notre amour et notre espérance, notre force et notre refuge, notre consolation dans le voyage , notre gloire et notre repos éternel dans la patrie.

0) Malac. IV. S, 6.-^ W Apoc. xxii. 17, 20,

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