‹ Œuvres; revues sur les manuscrits originaux et les éditions les plus correctes (volume 2)Chapitre 2 sur 46 · ÉLÉVATIONS A DIEU SUR SON UNITÉ ET SA PERFECTION · texte numérisé non relu

ÉLÉVATIONS A DIEU SUR SON UNITÉ ET SA PERFECTION

PREMIERE ELEVATION

Létre de Dieu,

De toute éternité Dieu est , Dieu est parfait , Dieu est heureux , Dieu est un. L'impie demande : Pourquoi Dieu est -il? Je lui réponds : Pourquoi Dieu ne seroit-il pas? Est-ce à cause quil est parfait : et la perfection est -elle un obstacle à Têtre ? Erreur insensée : au contraire la perfection est la raison d'être. Pourquoi l'imparfait seroit-il, et le parfait ne seroit-il pas ? C'est-à-dire : pourquoi ce qui tient plus du néant seroit-il , et que ce qui n'en tient rien du tout ne seroit pas? Qu'appelle-t-on parfait? Un être à qui rien ne manque. Qu'appelle-t-on imparfait? Un être à qui quelque chose manque. Pourquoi l'être à qui rien ne manque ne seroit-il pas , plutôt que l'être h qui (juelque chose manque? D'où vient que quelque chose est , et qu'il ne se peut pas faire que le rien soit : si ce n'est parce que l'être vaut mieux que le rien , et que le rien ne peut pas prévaloir sur l'être , ni empêcher l'être d'être ? Mais par la même raison , l'imparfait ne peut valoir mieux que le parfait, ni être plutôt que lui, ni l'empêcher d'être. Qui peut donc empêcher que Dieu ne soit :

et pourquoi le néant de Dieu que l'impie veut imaginer dans son cœur insensé {^) , pourquoi , dis-je , ce néant de Dieu l'einporteroit-il sur Têtre de Dieu : et vaut-il mieux que Dieu ne soit pas que d'être?

O Dieu ! on se perd dans un si grand aveuglement. L'impie se perd dans le néant de Dieu qu'il veut préférer à l'être de Dieu : et lui-même cet impie ne songe pas à se demander à lui-même , pourquoi il est. Mon ame, ame raisonnable, mais dont la raison est si foible , pourquoi veux-tu être , et que Dieu ne soit pas? Hélas, vaux-tu mieux que Dieu! Ame foible , ame ignorante , dévoyée , pleine d'erreur et d'incertitude dans ton intelligence , pleine dans ta volonté de foiblesse , d'égarement , de corruption , de mauvais désirs , faut - il que tu sors : et que la certitude, la compréhension, la pleine connoissance de la vérité, et l'amour immuable de la justice et de la droiture ne soit pas ?

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La perfection et T éternité de Dieu.

On dit : le parfait n'est pas : le parfait n'est qu'une idée de notre esprit qui va s'élevant de l'imparfait qu'on voit de ses yeux jusqu'à une perfectian qui n'a de réalité que dans la pensée. C'est le raisonnement que l'impie voudroit faire dans son cœur insensé, qui ne songe pas que le parfait est le premier , et en soi , et dans nos idées j et que l'impar^

(») Ps. XllI. 1.

fait en toutes façons n'en est qu'une de'gradation. Dis-moi, mon ame, comment entends-tu le néant, sinon par Têtre ? Gomment entends-tu la privation , si ce n'est par la forme dont elle prive? Comment l'imperfection, si ce n'est par la perfection dont elle déchoit ? Mon ame , n'entends-tu pas que lu as une raison , mais imparfaite , puisqu'elle ignore , qu elle doute , qu elle erre , et qu elle se trompe ? Mais comment entends-tu l'erreur, si ce n'est comme privation de la vérités et comment le doute ou l'obscurité, si ce n'est comme privation de l'intelligence et de la lumière : ou comment enfin l'ignorance, si ce n'est comme privation du savoir parfait : comment dans la volonté, le dérèglement et le vice, si ce n'est comme privation de la règle, de la droiture et de la vertu ? Il y a donc primitivement une intelligence , une science certaine , une vérité , une fermeté , une inflexibilité dans le bien , une règle , un ordre, avant qu'il y ait une déchéance de toutes ces choses : en un mot, il y a une perfection avant qu'il y ait un défaut; avant tout dérèglement, il faut qu'il y ait une chose qui est elle-même sa règle, et qui ne pouvant se quitter soi-même, ne peut non plus ni faillir , ni défaillir. Voilà donc un être parfait : voilà Dieu , nature parfaite et heureuse. Le reste est incompréhensible , et nous ne pouvons même pas comprendre jusqu'où il est parfait et heureux : pas même jusqu'à quel point il est incompréhensible.

D'oiî vient donc que l'impie ne connoît point Dieu; et que tant de nations, ou plutôt que touta la terre ne l'a pas connu ; puisqu'on en porte l'idée en soi-même avec celle de la perfection ? D'oîi vient

cela ? si ce n'est par un défaut d'attention , et parce que l'homme livré aux sens et à l'imagination , ne veut pas ou n'fe peut pas se recueillir en soi-même, ni s'attacher aux idées pures, dont son esprit embarrassé d'images grossières ne peut porter la vérité simple.

L'homme ignorant croit connoître le changement avant l'immutabilité ; parce qu'il exprime le changement par un terme positif, et l'immutabilité par la négation du changement même : et il ne veut pas songer qu'être immuable c'est être, et que changer c'est n'être pas : or l'être est , et il est connu devant la privation qui est non-être. Avant donc qu'il y ait des choses qui ne sont pas toujours les mêmes , il y en a une qui toujours la même ne soufïre point de déclin ; et celle-là non-seulement est, mais encore elle est toujours connue, quoique non toujours dé mêlée ni distinguée, faute d'attention. Mais quand, recueillis en nou^-mêmes , nous nous rendrons attentifs aux immortelles idées dont nous portons eri nous-mêmes la vérité, nous trouverons que la perfection est ce que l'on connoît le premier; puisque, comme nous avons vu , on ne connoît le défaut que comme une déchéance de la perfection.

Encore de Vêtre de Dieu et de son éternelle béatitude.

Je suis celui qui suis : celui qui est niens^oie h vous (0 : c'est ainsi que Dieu se défmit lui-même; K^) Exod. ui. i/j.

SUR LES MYSTERES. g

c'est-à-dire , que Dieu est celui en qui le non-être n'a point de lieu ; qui par conséquent est toujours, et toujours le même : par conséquent immuable : par conséquent éternel : tous termes qui ne sont qu'une explication de celui-ci : Je suis celui qui est. Et c'est Dieu qui donne lui-même cette explication par la bouche de Malachie, lorsqu'il dit chez ce prophète : Je suis le Seigneur j et je ne cliange pas (0.

Dieu est donc une intelligence , qui ne peut ni rien ignorer, ni douter de rien, ni rien apprendre; ni perdre , ni acquérir aucune perfection : car tout cela tient du non-être. Or Dieu est celui qui est , celui qui est par essence. Comment donc peut-on penser que celui qui est ne soit pas, ou que l'idée qui comprend tout l'être ne soit pas réelle ; ou que pendant qu'on voit que l'imparfait est, on puisse dire , on puisse penser , en entendant ce qu'on pense , que le parfait ne soit pas ?

Ce qui est parfait est heureux ; car il connoît sa perfection : puisque connoîtresa perfection, est une partie trop essentielle de la perfection pour manquer à l'être parfait. O Dieu ! vous êtes bienheureux ! O Dieu ! je me réjouis de votre éternelle félicité. Toute l'Ecriture nous prêche , que Thomme qui espère en vous est heureux C^) : à plus forte raison êtcsvous heureux vous-même, ô Dieu en qui on espère! Aussi saint Paul vous appelle - 1 - il expressément bienheureux : Je vous annonce ces choses selon le glorieux Evangile de Dieu bienheureux (3). Et encore : C'est ce que nous montrera en son temps celui

(0 Mal m. 6. — W Ps. XXXIII. 9. lxxxiii. i3. — (') /. Tim. i. ii.

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qui esthienlieureux, elle seul puissant^ Roi des rois , et Seigneur des seigneurs , qui seul possède Vimnior^ talité , et habite une lumière inaccessible ^ à qui appartient la gloire et un empire éternel. Amen (0. O Dieu bienheureux ! je vous adore dans votre bonheur. Soyez loué à jamais, de me faire connoître et savoir que vous êtes éternellement et immuablement bienheureux. Il n'y a d'heureux que vous seul , et ceux qui connoissant votre éternelle félicité, y mettent la leur. Amen, amen.

L'unité de Dieu.

Ecoute , Israël : le Seigneur notre Dieu est le seul Seigneur (2) : car il est celui qui est. Celui qui est, est indivisible : tout ce qui n'est pas le parfait dégénère de la perfection. Ainsi le Seigneur ton Dieu étant le parfait , est seul , et il n'j a point un autre Dieu que lui (3). Tout ce qui n'est pas celui qui est par essence et par sa nature , n'est pas et ne sera pas éternellement, si celui qui est seul ne lui donne l'être.

S'il y avoit plus d'un seul Dieu , il y en auroit une infinité. S'il y en avoit une infinité , il n'y en auroit point. Car chaque Dieu n'étant que ce qu'il est , seroit fini , et il n'y en auroit point à qui l'infini ne manquât : ou il en fàudroit entendre un qui contînt tout, et qui dès -là seroit seul. Ecoute ^

{})I.Tim. VI. i5, iC — WZ>e«Lvi.4.— C3)/iic/. m. 24.iv.35, Sq.

Israël : écoute dans ton fond : n'écoute pas à Tendroit où se forgent les fantômes : écoute à l'endroit où la vérité se fait entendre , où se recueillent les pures et simples idées. Ecoute là, Israël : et là dans ce secret de ton cœur , où la vérité se fait entendre, là retentira sans bruit cette parole : Le Seigneur notre Dieu est un seul Seigneur (0. Devant lui les deux ne sont pas : tout est devant lui comme n'étant point j tout est réputé comme un néant (2), comme un vide , comme une pure inanité : parce qu'il est celui qui est, qui voit tout, qui sait tout, qui fait tout, qui ordonne tout, et çui appelle ce qui nest pas comme ce qui est {^),

La prescience et la providence de Dieu,

Qui est celui qui appelle toute la suite des générations des le commencement ? C'est moi le Seigneur: qui suis le premier et le dernier (4) : qui dans le centre de mon éternité vois tout commencer et tout finir.

Babylone , assemble tes devins : que dis-je tes devins ? assemble tes Dieux ; Quils viennent : quils nous annoncent les choses futures : qu'ils nous annoncent du moins tous les temps passés (et qu'ils fassent la liaison des uns avec les autres) : nous serons attentifs à vos paroles . Dites-nous ce qui arri-

(«) Deut. VI. 4- — W is. XL. 17, 22, a3. Ps. xxxviii. 6. — \^) Ronk jy. jrj — (4) /s. xLi. 4.

ver a, que nous sachions les choses futures ; annoncez-les-nous , et nous avouerons que vous êtes des Dieux, Faites-nous du bien et du mal si vous pou-' vez (0 : car si vous le pouvez faire à votre gré, vous pouvez le pre'voir et le deviner. Mais vous nétes rien , tant que vous êtes de faux dieux. Votre ouvrage ri est rien non plus : il est au rang de ce qui n'est pas : celui qui vous choisit pour son Dieu est abominable (2). C'est ainsi que le prophète Isaïe, et avec lui tous les saints convainquent de ne'ant les dieux des païens.

Mais moi , dit le Seigneur par la bouche de ce saint prophète, comme je fais tout, je pre'dis ce que je veux. Ç)ui sera celui qui le fera venir de l'orient: qui V appellera de loin , afin quil le suive ? qui dissipera devant son épée les nations comme de la poussière y et les armées devant son arc ^ comme de la paille que le vent emporte (3) ? Je le ferai \)enir de î aquilon et de t orient (4) , celui que je sais et que je vois de toute éternité (*). CesiCyrus que j'ai nommé pour être le libérateur de mon peuple. // connoitra mon nom : tous les princes seront devant lui comme des gens qui amassent de la boue. Qui est-ce qui la annoncé dés le commencement (5) ? C'est moi le Seigneur j cest là mon nom : je ne donnerai pas ma gloire à un autre j ni ma louange aux idoles. Ce que

CO Is. xLi. 22 , 23. — ») lUJ. 24. — (3) lUd. 2.-4) un. 25.

{*) M. Bossuet , en cilantle V^. 2 de ce chapitre, n'a pas exprimé le moi justum , le juste, qui est dans le texte sacré. Ici il fait entendre que Cyrus étoit la figure de Jésiis-Chrisl 5 et que c'étoit ce Juste par excellence que le Saint-Esprit faisoil annoncer principalement. ( Edit. de Déforis. )

\?) Is. XLI. 26.

SUR LES MYSTÈRES. l3

fai annoncé au commencement , et qui a para le premier dans mes oracles , voilà qùil arrive. Je découvrirai encore de nouvelles choses : devant quelles paroissent , je vous les forai entendre (0. Israël ^ tu es un peuple dissipé : qui t'a donné en proie à tes çnnemis , si ce ri est le Seigneur lui- même , parce que nous avons péché ? et il a répandu sur nous le souffle de sa colère (2).

Et maintenant j dit le Seigneur (-5), je te crée de nouveau , Jacob ; et je te forme , Israël, Je suis le Seigneur ton Dieu et ton Sauveur ^ 6 Israël ! Je suis. Il ny a point de Dieu devant moi , et il ny en aura point après. Je suis , je suis le Seigneur , et il riy a que moi qui sauve. Des le commencement je suis : je suis le Seigneur votre saint , le roi et le créateur d Israël, Ne songez plus aux choses pas^ sées , j'en vais foire de nouvelles. J'ai formé ce peuple pour moi , et je veux qùil raconte mes louanges.

Je suis le premier et le dernier encore un coup , et il ny a de Dieu que moi seul. Je suis le Seigneur qui fois tout ; qui rends inutiles tous les présages des devins : je leur renverse l'esprit, et je change leur sagesse en folie. Mais au contraire, j'exe'cuterai après plusieurs siècles, et je forai revivre la parole du prophète mon serviteur que j'ai inspiré j et /accomplirai les prédictions de mes messagers. Je dis à Jérusalem ruinée et changée en solitude : Tu seras pleine d'habitans. Je dis aux villes de Juda : Vous

^0 7*. XLlt. 8,9.— i?)lhid. 22, 24, 25. — (.3) Is. XLIII. I , 3, 10,

II , i3 , i5 , i8, 19, ai.

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serez rebâties , je relèverai vos ruines , et je reni" ■plirai vos rues solitaires et abandonnées» Toi dit a Cyrus : Kous êtes le prince que fai choisi : vous accomplirez ma volonté. Tai dit a Jérusalem : F^ous serez bâtie ; et au temple réduit en cendres : J^ous serez fondé de nouveau (0. J*ai nommé Cyrus pour accomplir cet ouvrage.

Voici ce qua dit le Seigneur à Oyrus mon oint , que fai pris par la main pour lui assujettir les nations ^ et mettre en fuite les rois devant lui. Je te livrerai les trésors cachés ; ce quon aura recelé dans les lieux les plus cachés , te sera ouvert : afin que tu saches que je suis le Seigneur , le Dieu d'Israël, qui te nomme par ton nom. Je ne l'ai pas fait pour l'amour de toi ; mais pour V amour de Jacob mon serviteur } et d'Israël que j'ai choisi. C'est pour lui que je l'ai nommé par ton nom. Je t'ai représenté ^ je t'ai figuré tel que tu es. Tu ne me connoissois pas : et m.oi je te revêtois de puissance ^ afin que du levant jusqu au couchant on sache quil nj a de Dieu que moi ; et que moi , et non pas un autre. Je suis le Seigneur ; c'est moi qui crée la lumière , et qui répands les ténèbres : je pardonne et je punis :je distribue le bien et le mal^ la paix et la guerre , selon le mérite d'un chacun : je suis le Seigneur qui fuis toutes ces choses (2). Ainsi parloit Isaïe. Et deux cent cinquante ans après, Cyrus, vainqueur selon cet oracle , vit la prophétie , et publia cet édit : Voici ce que dit Cyrus , roi de Perse. Le Dieu du ciel , le Seigneur m'a livré tous les royaumes de la terre ,

(«) I3. xuv. 6, 24, 25 , 26, 28. -—(«)/*. xLv. i,3,4>5,6, 7.

SUR LES MYSTÈRES. l5

et m* a commandé de rebâtir sa maison dans Jérusalem (0.

Cent autres pareils exemples justifient la prescience et la providence de Dieu : mais celui-ci comprend tout et ne laisse rien à désirer.

La toute-puissante protection de Dieu.

Montez à la cime d'une montagne élevée , vous qui év'angclisez j vous qui annoncez à Sion la bonne nouvelle de son salut : élevez une voix puissante , vous qui annoncez à Jérusalem son bonheur : e7evez votre voix j ne craignez pas. Dites aux villes de Juda : p^oici votre Dieu qui vient à votre secours; c'est votre Dieu qui vient avec force , et avec un bras dominant : il vient , et avec lui vient sa récompense , et son ouvrage ne manquera pas. Comme un pasteur paît son troupeau ; comme il ramasse avec son bras pastoral ses tendres agneaux ^ et quil porte lui-même les petits qui ne peuvent pas se soutenir : ainsi fera le Seigneur (2).

Qui est celui qui a mesuré l'immensité des eaux par sa main j et qui a pesé les deux avec son poignet, et avec trois doigts toute la masse de la terre? Qui est celui qui a mis les montagnes et les collines dans une balance (?) , et a pu faire que toute la terre se servant à elle-même de contre-poids , de-

C») //. Par. XXXVI. 23 , a3. /. Esil. i. i , 2. vi. 2,3. — (') /*. xl. p, 10, 11. —i^) lÙid. 12.

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meurât dans Fëquilibre au milieu des airs? Quia aidé r esprit du Seigneur^ ou qui lui a ser{^i de conseiller ^ et lui a montré dans ces grands ouvrages ce quilfalloit faire (0? S'il faut lui offrir des sacrifices selon sa grandeur, le Liban naura pas assez de bois , ni la terre assez d'animaux pour son liolocauste (2). C'est-à-dire , que le cœur de l'homme , quoique plus grand que tout l'univers , et que toute la nature corporelle, n'aura pas assez d'amour ni assez de désirs à lui immoler. Le cœur de l'homme se perd , quand il veut adorer Dieu.

Savez - Dous bien le commencement de toutes choses ? Avez - vous compris les fondemens de la terre, ni comme Dieu se repose sur son vaste tour (3), et en fait comme son siège , ou comme l'escabeau de ses pieds ? Levez les jeux , et voyez qui a créé tous ces luminaires j qui les fait marcher comme en ordre de bataille ^ et les nomme chacun par son nom, sans en omettre un seul dans sa puissance» Jacob qui , vous défiant de cette puissance , dites en vous - même : Mes voies sont cachées au Seigneur j il ne sait plus oii je suis , et mon Dieu n exercera pas son jugement sur moi , pour me punir ou pour me sauver : ignorez-vous que le Seigneur est éternel ; qu'il a marqué et créé les limites de la terre ? Sans défaillance , sans travail , sans lassitude , il agit sans cesse , et sa, sagesse est impé^ nétrahle. Il rend la force a celui qui est épuisé, il donne du courage et de la vertu à celui qui n'est plus. La jeunesse la plus robuste tombera enfoiblesse

CO Is. XL. i3. — W Ibid, 16. — C) Ibid. ai , aa.

malgré

SUR LES MYSTÈRES. jn

malgré sa ^vigueur : mais ceux qui espèrent au Seigneur , verront leurs forces se renouveler de jour en jour : quand ils croiront être à bout , et n'en pouvoir plus , tout d'un coup ils pousseront des ailes semblables à celles d'un aigle : ils courront et ne se lasseront point : ils marcheront , et ils seront infatigables {^), Marchez donc, âmes pieuses, marchez : et quand vous croirez n'en pouvoir plus, redoublez votre ardeur et votre courage.

Je vous tirerai , dit le Seigneur (2) , des extrémités de la terre. Je vous ai pris par la main , et je vous ferai revenir du bout du monde : je vous ai dit^ Vous êtes mon serviteur , je vous ai choisi y et ne vous ai pas rejeté. Ne craignez donc rien , puisque je suis avec vous : ne vous laissez point affaiblir, puisque je suis votre Dieu, Je vous ai fortifié , je vous ai secouru j et la droite de mon Juste ^ de mon Christ , a été ^^otr^ soutien. Tous vos ennemis seront confondus , et seront comme n étant pas; vous demanderez ou ils sont, et vous les verrez disparus : vos rebelles qui vous livroient de continuels assauts , seront comme n étant pas ; tous leurs efforts seront vains et comme un néant : parce que , moi qui suis le Seigneur y je vous ai pris par la main y et je vous ai dit dans le fond du cœur : Ne craignez point , je vous ai aidé. Jacob qui étoit petit et foible comme un vermisseau y qui à peine se peut traîner : Israélites qui étiez languissans, abattus, et réduits au rang des morts , je vous ai ressuscites , moi le Seigneur , par mon secours tout-puissant , et je suis

(0 Is. XL. a6 , 27 , 28, 29, 3o, 3i. — C') IbiJ. xli. 9, io et suiy.

BossuEï. VIII. a

l8 ÉLEVA TIOJVS

a)otre rédempteur^ moi le Saint d'Israël. Vous mettrez vos ennemis en fuite : vous serez sur eux comme un chariot neuf armé de tranchans de fer : vous détruirez leurs armées , et leurs forteresses fussentelles élevées comme des montagnes , vous les réduirez en poudre : vous pousserez vos ennemis datant vous j comme un tourbillon fait la poussière : et Vous vous réjouirez dans le Seigneur^ et votre cœur transporté d'aise triomphera dans le Saint d'Israël.

11 ne faut pas dire que ce soient ici des miracles, des effets extraordinaires de la toute-puissance de Dieu. Dieu ne montre des effets sensibles de cette puissance, que pour nous convaincre de ce qu'il fait en toute occasion plus secrètement. Son bras n'est pas moins fort quand il se cache, que quand il se déclare ; il est toujours et partout le toutpuissant, le triomphateur en Israël (0, comme il s'appelle lui-même, le protecteur invincible et toujours présent de ses amis.

Ecoute donc j, Jacob mon serviteur ^ Israël que j'ai élu. Voici ce que dit le Seigneur : Moi qui te forme , moi qui te créej qui te tire du néant à chaque moment ^ qui suis ton secours des le ventre de ta mère ("2), dès le commencement de ta vie, dans ta plus grande foiblesse, et parmi les plus impénétrables ténèbres. Mon sen^iteur ^ que J'ai aimé ^ homme droit que fai choisi^ je t'enverrai du ciel mes consolations , f épancherai des eaux abondantes sur celui qui aura soifj, je verserai des torrens sur cette terre desséchée ^ je répandrai mon esprit sur

V) T. Reg. XV. 29. — (») Is. xi,iv. 1,2, etc.

Sun LES MYSTÈRES. ig

toi, je te rendrai fe'conde en bonnes œuvres, et/e bénirai tes productions. Ecoutez ces paroles, âmes de'sole'es , que Dieu semble avoir délaisse'es dans son courroux, mais que son amour cependant met à l'épreuve. Vous vivrez , c'est moi qui le promets , moi qui suis le ve'ritabie et le saint, le fidèle et le tout-puissant : je fais tout ce que je veux. Le Seigneur a jure' , et il a dit : Si ce que je pense n'arrive pas, si ce que je résous ne s'accomplit point, je ne suis pas Dieu : mais je suis Dieu, je suis le Dieu des arme'es , le Dieu qui fait tout ce qui lui plaît dans le ciel et dans la terrci Le Seigneur a prononcé, et qui pourra anéantir son jugement i^) : le Seigneur a étendu son bras, et qui en pourra éviter les coups, ou en détourner Tefiet ?

La bonté de Dieu et son amour envers les fœns.

C'est un père, c'est une mère, c'est une nourrice. Une mère peut-elle oublier son enfant quelle a porté dans son sein ? Et quand elle V oublierait , je ne vous oublierai pas (^) , dit le Seigneur. Le Sei^ gneur ton Dieu t'a porté sur ses bras comme un petit enfant (?), Comme un aigle qui porte ses petits , qui étend ses ailes sur eux , qui vole sur eux , et les provoque a voler : ainsi Dieu ne détourne point ses regards de dessus son nid , et le garde comme la prunelle de son œil (4). // nous porte à ses ma-

(») Joh. XL. 3. — (') Is. XLix. 1 5. — (3) Deut. i. 3 1 . — (4) Ibid. xxxii.

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