‹ Œuvres; revues sur les manuscrits originaux et les éditions les plus correctes (volume 2)Chapitre 4 sur 46 · XLIV · texte numérisé non relu

XLIV

enfans , ainsi Dieu a eu pitié de nous j parce quil connoit nos foiblesses et de quelle masse nous sommes pétiis. Nous ne sommes que boue et poussière ; nos jours s'en vont comme une herbe ^ et tombent comme une fleur : et notre ame ^ plus fragile encore que notre corps, n a point de consistance (0.

I^ amour de Dieu méprisé et implacable.

Parce que vous navez pas voulu ser\>ir le Sei" gneur votre Dieu a^ec plaisir et dans la joie de votre cœur ^ dans ï abondance de tous biens : vous serez assujetti à un ennemi implacable que le Seigneur eny^erra sur vous , dans la faim et dans la soif, dans la nudité et dans la disette ; et il mettra sur vos têtes un joug de fer dont vous serez accablé (2). Et comme le Seigneur a pris plaisir de

vous bien faire , de vous multiplier ^ de vous enrichir à pleines mains ; ainsi il prendra plaisir de vous perdre j, de vous détruire , de vous écraser (3). Pesez ces paroles : la mesure de vos tourmens sera Famour méprisé.

Pourquoi criez-vous vainement j et que vous sert (le pousser jusqu'au ciel vos plaintes inutiles sous la main qui vous brise ? F'otre fracture est incurable ; la gangrené est dans votre plaie ^ et il nj a plus de remède : il nj a plus pour vous de baume

'•') Ps. en. II, 12, i3,i4, i5. — {^)Deut xaviii. 47>48- — ii) Ibid. 63.

Sun LES MYSTÈRES. 2^

ni de ligature. Je vous ai frappé d'un coup d'ennemi (0 , d'une plaie cruelle : non d'un châtiment paternel pour vous corriger, mais du coup d'une main vengeresse et impitoyable , pour contenter une inexorable justice. Fos péchés sont devenus durs par la dureté de votre cœur, par vos habitudes invéte'rées , par votre inflexibilité' dans le mal. Et moi aussi , dit le Seigneur , je m'endurcirai sur vous , et j'oublierai que je suis père. Vous implorerez en vain ma miséricorde , poussée à bout par vos ingratitudes : votre insensibilité fait la mienne. Je vous ai fait ce cruel et insupportable traitement , à cause de la multitude de vos crimes , et de ^^os durs péchés i'-^) : à cause de la dureté inflexible de votre cœur rebelle et opiniâtre.

// est temps que le jugement commence par la maison de Dieu (3) : Amenez-moi Jérusalem : amenez-moi cette ame comblée de tant de grâces : je la perdrai : je l'effacerai comme on efface une écriture dont on ne veut pas quil reste aucun trait : je passerai et repasserai un stylet de fer sur son visage (4) , et il n'y restera rien de sain et d'entier.

La entêté de Dieu : Dieu est le Saint d* Israël ^ le très- saint j trois fois saint.

Dieu se délecte particulièrement dans le nom de saint. 11 s'appelle très-souvent le Saint d'Israël (5).

0) Jerem. xxx. la , i3 , 14. — C>) IbiJ. i5. — (3) /. Pet. iv. 17. — (4) /F. Reg. XXI. 12 , i3. ~ (5) Ps. lxx. 2 a. Is. xu. 6, et ailleurs.

aB J^LÉVÀTIONS

11 veut que sa sainteté" soit le motif, soit le principe de la nôtre : Sojez saints^ parce que je suis saint (i). Sa sainteté , qui fait la consolation de ses fidèles , fait aussi l'e'pouvante de ses ennemis. A qui est-ce que tu t'attaques, Rabsace insensé: de qui as-tu blasphémé le nom : contre qui as-tu élei^é ta voix , et lancé tes regards superbes ? contre le Saint d'Israël, Pendant que tu t'emporiois comme un furieux contre moi , ton orgueil est montéjusquà mes oreilles. Je mettrai un frein à ta bouche , et un cercle de frr à tes narines ; et je te ramènerai au chemin par ou tu es venu (2).

Et ailleurs : Le vigilant et le saint est descendu du ciel (3) ; c est un ange, si vous voulez; quoi qu'il en soit, sa puissance est dans sa sainteté. La sentence est partie d'en-haut : et il a crié puissamment : Coupez V arbre , abattez ses branches : il a été ainsi ordonné dans rassemblée de ceux qui veillent toujours : c'est la sentence des saints , dont la force est dans leur sainteté. Et après : Le royaume a été donné au peuple des saints du Très - haut (4) : parce qu'il est saint, et le tout-puissant protecteur delà sainteté. Les païens mêmes savoient la puissance attachée à la sainteté du nom divin. La reine vint dire au roi Balthasar : Il j a un homme dans votre royaume qui a en lui - même ï esprit des saints Dieux (5); c'étoit-à-dire, l'esprit de prédiction et d'une efficace divine.

J'ai vu le Seigneur assis sur un trône éle\>é et

(•) Lev. XI. 4''|> 4^- XIX. 2, et ailleurs. — {■>)IV, Reg, xix. 23 , 28- /f . xxxvu. 23 , 29. — {^Dan.iy. 10, 11, ify — (4) /Jtcf. vu. 18, 22' — (5) Ibid.Y. 10, II.

SUR LES MYSTÈRES. ig

haut j et ce gui étoit au-dessous de lui rempUssoit le temple. Des Séraphins éloient autour , l'un awoit six ailes , et l'auLre autant : deux ailes couvroient la face du Seigneur ^ deux voiloient ses pieds , et les deux autres servoient a voler. Et ils crioient l'un ci l'autre j et ils disoiejit: Saint, saint ^ saint, le Seigneur Dieu des armées ; toute la terre est remplie de sa gloire. Et les gonds des portes irembloient à la voix de celui qui crioit ; et la maison Jut remplie de fumée (0. Voilà donc la sainteté de Dieu, voilà pourquoi il est appelé le Saint d'Israël. Il se manifeste à son prophète comme le très-saint , le trois fois saint, dans ses trois personnes : et la gloire et la majesté qui remplissent toute la terre sont l'éclat de sa sainteté , dont il est revêtu comme dwi vêtementi"^) j dit David. Et saint Jean dans l'Apocalypse voit quatre animaux qui ne cessoient de crier jour et nuit : Saint, saint, saint, le Seigneur Dieu toutpuissant, qui étoit, et qui est, et qui doit venir (5). Remarquez ce cri partout : il n'y a rien qu'on publie avec un cri plus grand et plus persévérant : rien qui éclate plus hautement dans tout l'univers , que la sainteté de Dieu.

La sainteté est l'abrégé , et comme un précis des perfections divines. Le Fils de Dieu même dans sa dernière oraison parlant à son Père , comme pour renfermer en un seul mot ses perfections, l'appelle mon Père saint , mon Père juste (4) ; et on ne trouve pas, dans son Evangile, qu'il lui ait donné d'autre titre que ces deux qui n'en font qu'un. Lui-

(0 /f. VI. 1 , 2 , 3, 4. — (') Ps. cm. 2. — (3) Apoc. iv. 8. — (4) Joan. XV H. 11, 25.

3o ÉLÉVATIONS

même est connu sous le nom de saint et de juste : La chose sainte qui naîtra en vous ^ sera appelée le Fils de Dieu (0. Les de'mons parlent comme l'ange : Je sais qui 2^ous êtes ^ le Saint de Dieu (2). Daniel Tavoit nomme' en esprit à cause de son onction , le Saint des saints (5). Isaïe l'appelle le Juste (4). Saint Pierre unit ensemble ces deux qualités en disant : l^ous ay^ez renié le Saint et le Juste (5).

Ce quon entend par la sainteté.

La sainteté est en Dieu une incompatibilité essentielle avec tout péché , avec tout défaut , avec toute imperfection d'entendement et de volonté.

Premièrement. L'injustice, l'iniquité, le péché ne peut être en lui : il est la règle , et bon par essence , sans qu'il puisse y avoir en lui aucun défaut. Il n'entend et ne veut que ce qu'il faut entendre et vouloir : son entendre et son vouloir sont sa nature qui est toujours excellente. Sa perfection morale et sa perfection naturelle ne sont qu'un ; il est également indéfectible par son être , et infaillible dans son intelligence et sa volonté : par conséquent incompatible avec tout péché , avec tout défaut.

Secondement. Il appartient à lui seul de purifier du péché les consciences souillées : il est saint et

(0 Luc. 1. 35. — (*) Marc. i. 24. — (3) Dan. ix. 24. — (4) h. xlv. 21 .

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