‹ Œuvres; revues sur les manuscrits originaux et les éditions les plus correctes (volume 3)Chapitre 53 sur 65 · DU MÊME SERMON · texte numérisé non relu

DU MÊME SERMON

Pour nous préparer à entrer dans cette joie abondante , accoutumons-nous à la recevoir quand elle descend du ciel dans nos cœurs ; corrigeons les joies de la terre. Mais, ô Dieu! à quelle joie abandonnons-nous notre cœur? Jésus-Christ est né, et avec lui , ô douleur ! les profanes divertissemens vont prendre naissance. [Se] masquer, [se] déguiser, danser, courir, aller deçà et delà; dégoût, renouvellement d'ardeur , encore dégoût , mouvemens alternatifs : voilà la grande occupation de ceux qui se disent chrétiens. Pendant que Jésus commence le cours d'une vie pénible, nous allons non pas commencer, mais continuer avec un renouvellement d'ardeur une vie toute dissolue. Le carnaval mieux observé que le carême, va devenir la grande affaire du monde. Les forces épuisées, on n'en trouvera

(*) Celte conclusion se trouve détachée de tout le reste du discours daus le manuscrit. Elle a été imprimée, dans l'édition de D. Déforis, à la fin du sermon précédent, comme en faisant partie intégrante. On se convaincra en la lisant, qu'elle a été à la vérité composée pour ce discours, mais devant être prêché daus une circonstance difiérente. Il nous a donc paru plus convenable de la placer à la suite de ce sçrmoa , mais séparément. Edit. de Versiiilles.

DE NOTRE SEIGNEIJK. 565

plus pour le saiat carême : infatigable pour les plaisirs, on commence à devenir infirme pour la pénitence. Les médecins ne suffiront pas à écrire les attestations des infirmités, ni les prélats à en donner les dispenses. Chrétiens , consultez-les donc ; ne les croyez pas, seulement quand il s'agit de transgresser les lois de l'Eglise ; demandez-leur si vos courses, si vos veilles , ces inquiétudes , ces chagrins dans le jeu, et cette ardeur qui vous transporte hors de vous-mêmes, n'altèrent pas beaucoup plus un tempérament que le jeûne et l'abstinence.

Mais je laisse ces pensées, quoiqu'elles soient assez importantes : je veux bien ne parler pas, si vous voulez , de tous ces vains divertissemens considérés en eux-mêmes. Parlons des circonstances qui les accompagnent : oserions -nous y penser dans cette chaire ? O Dieu ! pouvons-nous penser que parmi tous ces changemcns et toutes les joies sensuelles, nous puissions jamais conserver en nous une seule goutte de la joie du ciel? Les autres joies se peuvent mêler; la variété et le mélange en font même le plus doux assaisonnement. Mais cette joie dont je parle est sévère, chaste, sérieuse, solitaire et incompatible : le moindre mélange la corrompt; et elle perd tout son goût, si clic n'est goûtée toute seule. Ainsi quand vous ne feriez rien d'illicite ; et plût à Dieu que nous n'eussions pas à nous en plaindre? ce n'est pas une vie chrétienne; vous perdez tout, dès-là seulement que vous vous abandonnez à la joie mondaine. Est-ce en vain que Jésus a dit : « Malheur à » vous qui riez (0 »! et encore : u Malheur à vous ,

C'} Luc. VI. a5.

» riches! car vous avez votre consolation (0 »'? Les richesses ne sont pas mauvaises; mais n'employer les richesses que pour vivre dans les plaisirs et dans les délices, pendant que les pauvres meurent de faim et de froid, est-ce une vie chrétienne? Que reproche Abraham au mauvais riche? ses rapines, ses excès , ses concussions , ses impuretés , ses débauches? Recepisti bona (^) : « Vous avez reçu vos )) biens » : voilà son crime , voilà sa sentence. N'y a-t-il donc que des excès dans l'Evangile? Jésus- Christ n'a-t-il parlé qu'en exagérant? Ne faut-il rien entendre à la lettre ; ou faudra-t-il forcer toutes les paroles, faire violence à tous les préceptes en faveur de vos passions, et pour leur trouver des excuses? non , non , l'Evangile ne le souffre pas.

Mais je ne veux plus appeler que votre propre conscience : voulez-vous passer parmi ces plaisirs la dernière année de votre vie ? A cette heure tant chantée et si peu attendue , quand Jésus viendra frapper à la porte , voulez-vous qu'il vous trouve ainsi occupés? Quelle folie, quelle illusion, que penchant toujours à la mort , et plutôt mourant que vivant, nous ne pouvons imprimer en nous les sentimens que la mort inspire! Peut être que cette année nous sera funeste : ô Dieu , détournez le coup; combien menacés ! Je veux bien ne pas craindre encore l'irrégularité des saisons, les fléaux qui accablent nos voisins. Je ne veux point faire de mauvais présages : il y a dans cet auditoire des têtes trop précieuses dont nous souhaitons prolonger les jours, et même^ sans hésiter, aux dépens des nôtres. Je ne

(') Luc. VI. 24. — W Ibià. XYi. 35. •

DE ISOTTiE SEIGNEUR, ^Sj

consulte point les astres , ni leurs fabuleuses influences : des chrétiens s'amuser à ces rêveries criminelles, et attendre leur bonne fortune d'une autre source que de la divine Providence ! loin de nous ces prédictions. Je trouve tous les mauvais pronostics dans nos consciences, dans notre vie licencieuse et toute profane. J'ai peur que Dieu ne se lasse de supporter nos ingratitudes. Que ne vous éveillezvous donc, et que ne pensez-vous à votre salut? Retirez-vous des plaisirs du monde , [ travaillez à ] toujours circoncire, aujourd'hui un plaisir et demain un autre , une vanité et demain une autre, un besoin [et puis un autre] : enfin vous n'aurez plus besoin que de Dieu, vous n'aurez plus soif que de la justice. Si vous pleuriez de bonne foi vos péchés , si vous pouviez vous déprendre de ces plaisirs dégoûtans, de ces ennuyeuses délices dont vous devriez déjà être rassasiés, dont les sages espèrent toujours revenir ; ( mais Dieu n'en donne pas toujours le temps ou la grâce), par la vérité de celui dont j'annonce la parole, de ce mépris des plaisirs et des joies mondaines naîtra un autre plaisir, plaisir sublime qui naît non du trouble de l'ame , [ mais de la paix d'une bonne conscience ]. Une goutte rassasiera votre cœur; mais cette goutte croîtra toujours, et enfin elle vous fera posséder l'océan tout entier et l'abîme infini de félicités, que je vous souhaite, au nom du Père , du Fils, et du Saint-Esprit.

Monseigneur (*), quoicjue votre altesse sérénissime aille être rejetée plus que jamais dans ce glorieux exercice, dans ces illustres fatigues, dans ce

C*> Le grand Contlc.

noble tumulte de la guerre; je ne crains pas de me tromper ni de parler à contre-temps , en lui proposant pour objet ce grand et éternel repos. Quand je médite attentivement tout Tordre de votre conduite et les grands événemens dont elle est suivie, j'en découvre quelque peinture dans ces paroles d'un prophète : Princeps verb ea quœ digna sunt principe cogitabitj et ipse super duces stabit (0 : « Le prince » prendra des pensées qui seront dignes d'un prince, » et il commandera à la tête des chefs et des capi- » taines «. En effet, votre altesse a pris des pensées dignes de son rang, de sa naissance et de son courage , quand elle s'est fidèlement attachée au plus grand monarque du monde , et que cherchant son honneur dans sa soumission, elle n'a médité que de grands desseins pour sa gloire et pour son service : Princeps ea quœ digna sunt principe cogitabit, et ipse super duces stabit,

0) Isai, Vix\h 3,

DE WOTRE SEIGNEUP.. Sfic)

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