‹ Œuvres; revues sur les manuscrits originaux et les éditions les plus correctes (volume 4)Chapitre 12 sur 58 · DES ENFANS DE DIEU · texte numérisé non relu

DES ENFANS DE DIEU

» vient plus de ses maux , dans la joie qu'elle a d'à- 5) voir mis un homme au monde (0 ». Voilà le modèle de cette douleur de la pénitence que je vous ai aujourd'liui prêchée après saint Paul. Vous devez enfanter un homme ; et cet homme que vous devez enfanter , et à qui vous devez donner une vie nouvelle, c'est vous-même. Votre heure est venue , vous êtes k terme : la guerre avec tous ses maux , le commencement d'une campagne, qui apparemment doit être décisive j'ia mission, le jubilé, nos pressantes exhortations, avertissent qu'il est temps que vous acheviez cet enfantement , que vous semblez commencer depuis tant d'années, d'une manière si languissante et si foible. Quand on entend les cris d'une femme en travail , qui sont médiocres et languissans, on dit, Elle n'accouche pas encore : mais quand un cri qui perce les oreilles , les déchire , pour ainsi dire, et pénètre jusqu'au cœur-, alors on se réjouit , et on dit. Elle est délivrée : et on apprend un peu après l'heureuse nouvelle qu'elle a mis un homme au monde, et on la voit consolée de son travail, qui auparavant lui étoit insupportable. Mes bienaimés, si la douleur que vous cause vos péchés n'est vive , pénétrante ; si elle ne déchire , pour ainsi dire, et ne brise vos cœurs, vous n'enfanterez jamais votre salut-, hélas! vous serez de ceux dont il est écrit : « L'enfant se présente , et sa mère n'a pas » la force de le mettre au monde » : foires non habet parluriens (2). Vous n'avez que des désirs imparfaits, des résolutions chancelantes; c'est-à-dire, non pas des résolutions , mais des mouvemens languissans

{^)Joan. XVI. ai.— (') If^. Reg. xix. 3.

qui n'aboutissent à rien : vous périrez avec le fruit que vous devez mettre au jour; c'est-à-dire, votre conversion et votre salut. Mais si vous criez de toutes vos forces, si vos gémissemens percent le ciel, si vos efforts sont pressans et persevérans, et que vous soyez de ces violens qui veulent emporter le ciel de force ; que votre sort sera heureux ! et quelle sera votre joie ! Car si cette mère se tient heureuse pour avoir mis au monde un enfant qui est , à la ve'rite', un autre elle-même, mais enfin un autre; quelle doit être votre consolation, quel doit être votre transport, lorsque vous aurez enfanté, non pas un autre, mais vous-même? Afin de commencer une vie nouvelle , abandonnez-vous donc aux justes regrets d'avoir offensé Dieu ; et si vous voulez achever cet enfantement salutaire que je vous prêche en son nom, ne vous arrêtez pas à la crainte de ses jugemens.

La crainte de ses jugemens est un tonnerre qui étonne, qui ébranle le désert, qui brise les cèdres, qui abat l'orgueil, qui, par de vives secousses, commence à déraciner les mauvaises habitudes. Mais pour rendre la terre féconde , il faut que ce tonnerre rompe la nuée et fasse couler la pluie qui rend la terre féconde : Dominus diluviujninhahilare facil[^) , Cette pluie , dont l'ame est arrosée et pénétrée , qu'est-ce autre chose, mes Frères , que le saint amour? La terreur ne frappe qu'au dehors; il n'y a que l'amour qui change le cœur. La crainte agit avec violence, et peut bien nous retenir pour un peu de temps; la seule dilection nous fait agir naturelle-

(') Ps. XXVIII. 10.

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