‹ Œuvres; revues sur les manuscrits originaux et les éditions les plus correctes (volume 4)Chapitre 26 sur 58 · XIX. 43- — (^^ Exod. vil et VJii · texte numérisé non relu

XIX. 43- — (^^ Exod. vil et VJii

A L*ÉGAIID DES PÉCHEURS. 819

les laisse séduire par mille folles prétentions : ils s'obstinent à ne vouloir point recevoir ses inspirations; il leur pervertit le sens, il les abandonne à leurs conseils furieux : ils s'endurcissent contre lui; « le ciel après cela devient de fer sur leur tête » : Daho vobis cœlum desuper sicut ferruin (0; il ne leur envoie plus aucune influence de grâce.

Ce fut cet endurcissement qui fit opiniâtrer les Juifs contre les Romains, contre la peste, contre la famine , contre Dieu qui leur faisoit la guerre si ouvertement ; cet endurcissement , dis-jc , les fit tellement opiniâtres , qu'après tant de désastres il fallut encore prendre leur ville de force : ce qui fut le dernier trait de colère que Dieu lança sur elle. Si on eût composé; à la faveur de la capitulation, beaucoup de Juifs se seroient sauvés : Tite lui-même ne les voyoit périr qu'à regret. Or il falloit à la justice divine un nombre infini de victimes; elle vouloit voir onze cent mille hommes couchés sur la place dans le siège d'une seule ville : et après cela encore, poursuivant les restes de cette nation déloyale , elle les a dispersés par toute la terre : pour quelle raison? Comme les magistrats, après avoir fait rouer quelques malfaiteurs, ordonnent que l'on exposera en plusieurs endroits , sur les grands chemins , leurs membres écartelés , pour faire frayeur aux autres scélérats : cette comparaison vous fait; horreur ; tant y a que Dieu s'est comporté à peu près de même. Après • avoir exécuté sur les Juifs l'arrêt de mort que leurs propres prophètes leur

(ï; Levit. xxvi. 19.

avoient, il y avoit si long-temps, prononcé; il les a répandus çà et là parmi le monde , portant de toutes [ parts ] imprimée sur eux la marque de sa vengeance.

Peuple monstrueux , qui n'a ni feu ni lieu ; sans pays, et de tout pays; autrefois le plus heureux du monde , maintenant la fable et la haine de tout le monde; misérable, sans être plaint de qui que ce soit ; devenu dans sa misère , par une certaine malédiction , la risée des plus modérés. Ne croyez pas toutefois que ce soit mon intention d'insulter à leur infortune : non ; à Dieu ne plaise que j'oublie jusqu'à ce point la gravité de cette chaire : mais j'ai cru que mon Evangile nous ayant présenté cet exemple . le Fils de Dieu nous invitoit à y faire quelque réflexion : donnez-moi un moment de loisir pour nous appliquer à nous-mêmes celles que nous avons déjà faites , qui sont peut-être trop générales.

Chrétiens, quels que vous soyez, en vérité, quels sentimens produit dans vos âmes une si étrange révolution ? Je pense que vous voyez bien par des circonstances si remarquables, et joar le rapport de tant de prophéties; et il y en a une infinité d'autres qui ne peuvent pas être expliquées dans un ^eul discours; vous voyez bien, dis-je, que la main de Dieu éclate dans cet ouvrage. Au reste, ce n'est point ici une histoire qui se soit passée dans quelque coin inconnu de la terre, ou qui soit venue à nous par quelques bruits incertains; -cela s'est fait à la face du monde. Josephe, historien juif, témoin oculaire, également estimé et des nôtres et de ceux de sa nation,

A l/jÎGAr.D DES PÉCHEURS. 32 1

tion, nous l'a raconte tout au long; et il me semble que cet accident eât asiez conside'rahle pour mérita' que vous y pensiez.

Vous croirez peut-être que la chose est trop éloignée de notre âge pour nous e'mouvoir ; mais, certes, ce nous seroit Une trop folle pensée de ne pas craindre,^ parce que nous ne voyons pas toujours à nos yeux quelqu'un frappé de la foudre. Vous devriez considérer que Dieu ne se venge pas moins, encore que souvent il ne veuille pas que sa main paroisse : quand il fait éclater sa vengeance, ce n'est pas pour la faire plus grande; c'est pour la rendre exemplaire : et url exemple de cette sorte , si public , si indubitable , doit servir de mémorial es siècles des siècles. Car enfin, si Dieu en ce temps-lk haissoit le péché, il n'a pas commencé à lui plaire depuis : outre que nous serions bien insensés d'oublier la tempête qui a submergé les Juifs ; puisque nous voyons à nos yeux des restes de leur naufrage, que Dieu a jetés, pour ainsi dire , à nos portes : et ce n'est pas pour autre raison que Dieu conserve les Juifs ; c'est afin de faire durer* l'exemple de sa vengeance. Enfin il est bien éi rangé que nous aimions mieux nous-mêmes peut-être ser^ vir d'exemple , que de faire profit de celui des autresl La main de Dieu est sur nous trop visiblement, poui* ne le pas reconnoître ; et il est temps désormais que nous prévenions sa juste fureur par la pénitence. Quand nous ne verrions , dans le peuple juif, qu'une grande nation qui est tout à coup renversée , ce seroit assez pout* nous faire craindre la même [ punition,] particulièrement en ces temps de guerre, où BossuEr. XIV. '21

sa justice nous poursuit et nous presse si fort. Mais si nous considérons que c est le peuple juif, autrefois le peuple de Dieu , auquel nous avons succéd?, qui est la figure de tout ce qui doit nous arriver , selon que l'enseigne l'apôtre (0 ; nous trouverons que cet exemple nous touche bien plus près que nous ne pensons; puisqu'e'tant l'Israël de Dieu et les vrais enfans de la race d'Abraham , nous devons hériter aussi bien des menaces que des promesses qui leur sont faites.

Mais il faut, ô pécheur, il faut que j'entre *avec toi dans une discussion plus exacte; il faut que j'examine si tu es beaucoup moins coupable que ne le sont les Juifs. Tu me dis qu'ils n'ont pas connu lé Sauveur : et toi, penses -tu le connoîtie? 'Se te dis en un mot avec l'apôtre saint Jean , « que qui )) pèche ne le connoît pas , et ne sait qui il est » : Qui peccat , non vidit eum^ nec cogjio^it eiini (2), Tu l'appelles ton Maître et ton Seigneur ; oui , de bouche : tu te moques de lui; il faudroit le dire du cœur. Et comment est-ce que le cœur parle? Par les œuvres : voilà le langage du cœur; voilà ce qui fait connoîtie les intentions. Au reste, ce cœur, tu n'as garde de le lui donner; tu ne le peux pas : tu dis toi-même qu'il est engage' ailleurs dans des liens que tu appelles bien doux. Insensé , qui trouves doux ce qui te se'pare de Dieu! et après cela, tu penses connoître son Fils. Non, non, tu ne le connois pas : seulement tu en sais assez pour être damné davantage; comme les Juifs dont les rebellions ont été punies plus rigoureusement que celles des autres (0 /. Cor. X. 6, ii.-^i})!. Joan. n\. 6.

A l'égard des pécheurs. 32 3

peuples, parce qu'ils avoientreçu des connoissaiices plus particulières.

Mais, direz-vous, les Juifs ont crucifie' le Sauveur. Et ignorez-vous, ô pe'cheurs, que vous foulez aux pieds le sang de son testament, que vous faites pis que de le crucifier ; que s'il ëtoit capable de souffrir, un seul péché mortel lui causeroit plus de douleur que tous ses supplices? Ce n'est point ici une vaine exagération ; il faut brûler toutes les Ecritures , si cela n'est vrai. Elles nous apprennent qu'il a voulu être crucifié , pour anéantir le péché : par conséquent il n'y a point de doute qu'il ne lui soit plus insupportable que sa propre croix. Mais je vois bien qu'il faut vous dire quelque chose de plus: je m'en vais avancer une parole bien hardie, et qui n'en est pas moins véritable. Le plus grand crime des Juifs n'est pas d'avoir fait mourir le Sauveur : cela vous étonne; je le prévoyois bien, mais je ne m'en dédis pourtant pas; au contraire, je prétends bien vous le faire avouer à vous-mêmes : et comment cela? Parce que Dieu , depuis la mort de son Fils, les a laissés encore quarante ans sans les punir. TertuUien remarque très-bien « que ce temps leur étoit » donnépour en fan-e pénitence (0 « : il avoit donc dessein de la leur pardonner. Par conséquent, quand il a usé d'une punition si soudaine, il y a eu quelque autre crime qu'il ne pouvoit plus supporter, qui lui étoit plus insupportable que le meurtre de son propre Fils. Quel est ce crime si noir, si abominable? C'est lendurcissement, c'est l'impénitence. S'ils eussent fait pénitence, ils auroient trouvé dans le sang

(0 Lib, m , cont. Marc. n. a3..

qu'ils avoient violemment lépandu, la rémission du crime de l'avoir épanché.

Tremblez donc, pécheurs endurcis, qui avalez l'iniquité comme l'eau , dont l'endurcissement a presque étouffe les remords de la conscience-, qui, depuis des années, n'avez point de honte de croupir dans les mêmes ordures , et de charger des mêmes péchés les oreilles des confesseurs. Car enfin ne vous persuadez pas que Dieu vous laisse rebeller contre lui des siècles entiers : sa miséricorde est infinie ; mais ses effets ont leurs limites prescrites par sa sagesse : elle qui a compté les étoiles, qui a borné cet univers dans une rondeur finie , qui a prescrit des bornes aux flots de la mer, a marqué la hauteur jusqu'où elle a résolu de laisser monter tes iniquités. Peut - être t'attendra - 1 - il encore quelque temps : peut-être; mais, ô Dieu, qui le peut savoir? c'est un secret qui est caché dans l'abîme de votre providence. Mais enfin tôt ou tard ou tu mettras fin à tes crimes par la pénitence, ou Dieu l'y mettra par la justice de sa vengeance : tu ne perds rien pour différer. Les hommes se hâtent d'exécuter leurs desseins; parce qu'ils ont peur de laisser échapper les occasions , qui ne consistent qu'en certains momens dont la fuite est si précipitée : Dieu , tout au contraire, sait que rien ne lui échappe, qu'il te fera bien payer l'intérêt de ce qu'il t'a si long-temps attendu.

Que s'il commence une fois à appuyer sa main sur nous, ô Dieu, que deviendrons -nous? quel antre assez ténébreux , quel abîme assez profond nous pourra soustraire à sa fureur? Son bras tout-puis-

A l'égard des pécheurs. 325

sant ne cessera de nous poursuivre , de nous abattre, de nous désoler : il ne restera plus en nous pierre sur pierre ; tout ira en de'sordre , en confusion , en une décadence éternelle. Je vous laisse dans cette pensée : j'ai tâché de vous faire voir, selon que Dieu me Ta inspiré , d'un côté la miséricorde qui vous invite, d'autre part la justice qui vous effraie; c'est à vous à choisir , chrétiens : et encore que je sois assuré de vous avoir fait voiï* de quel côté il faut se porter, il y a grand danger que vous ne preniez le pire. Tel est l'aveuglement de notre nature : mais Dieu par sa grâce vous veuille donner et à moi de meilleurs conseils.

326 SUft LA DETTE DU PÉCHÉ.

Page 1