‹ Œuvres; revues sur les manuscrits originaux et les éditions les plus correctes (volume 4)Chapitre 38 sur 58 · EN LA COMMUNAUTÉ DE S:« URSULE DE MEAUX · texte numérisé non relu

EN LA COMMUNAUTÉ DE S:« URSULE DE MEAUX

Le 9 avril i685 (*).

Quelle est la fin et quels doivent être les fruits de la visite du prélat. Dispositions nécessaires aux religieuses pour en profiter. Effets admirables que produit la grâce dans une ame qui en est remplie. Crucifiement qui constitue toute la perfection religieuse. Les restes de j'amour du monde, combien pernicieux. Obligation im* posée aux personnes religieuses de prier pour les besoins de l'Eglise , et de gémir sur le triste état des pécheurs. Tendres invitations du prélat, pour porter toutes les Sœurs à lui ouvrir leur cœur sans déguisement»

Si quis sitit veniat ad me , et bibat.

Si quelqu'un a soif, qu'il vienne a moi; je lui donnerai à boire d'une eau vive qui rejaillira Jusqu'à la vie e'ter^ nelle , et il naura plus soif. Ce sont les paroles sacrées que Jësus-Christ a prononcées dans l'évangile de ce jour, parlant au peuple dans le temple de Jérusalem.

dE n'est pas sans mystère que Jésus-Christ a proféré ces admirables paroles, au jour que les Juifs C*) Ce discours et les suivans nous ont été conservés par les reli-

célebroient une fête parmi eux, où on apportoit de Teau dans un bassin , pour certains usages, dans une cérémonie : ce qu'il n'est pas nécessaire de vous expliquer ici ; puisque Jésus-Christ ne dit ces mêmes paroles que dans un sens mystique et sublime , qui ne signilioit rien autre chose que l'eau de la grâce qu'il vouloit donner abondamment. Il parloit de cette eau mystérieuse qu'il désiroit répandre dans les âmes, et dont il vouloit établir la source dans son Eglise. Ces mêmes paroles signifioient encore le zèle qu'avoit le Sauveur , de voir venir à lui les hommes pour prendre ces eaux de salut et de grâce, et la disposition qui est nécessaire pour les recevoir, représentée par la soif qui marque aussi très-bien le désir et la préparation , qu'il faut que vous apportiez à la grâce qu'il vous veut conférer dans cette occasion, par mon ministère.

Remarquez, mes Filles, que Jésus-Christ jeta un grand cri , disant : « Si quelqu'un a soif, qu'il vienne 5) à moi; et je lui donnerai à boire (0 ». Ce cri est en faveur des pécheurs pour qui il demande miséricorde ; il est en fiweur des justes et des âmes fidèles , dont il désire la perfection et la sainteté. Il crie pour les appeler à lui, afin de répandre en elles , avec plus d'abondance, l'eau de ses divines grâces. Mais ce cri nous représente encore ceux qu'il jette dans l'Eglise

gieuses ursulines de la ville de Meaux , qui avoient soin d'écrir? les instructions que Bossuet leur faisoit. On ne sauroit trop louer le zèle de ces dignes religieuses, pour se nourrir des vérités que leur cnseignoit ce vigilant pasteur , et pour transmettre à la postérité les nvoûumeps de sa sollicitude. (iS'Jit. Je ZPe/bm.)

.{^^Jonn. vil, 37.

et dans nos mystères. Il crie dans ce temps par la bouche des pre'dicateurs, qui excitent les peuples à faire des fruits dignes de pénitence. Il crie à l'autel, quand il dit par la bouche des prêtres : « Faites ceci » en me'moiie de moi (0 ». Ces paroles sont un cri de l'amour de Jésus-Christ qui demande le nôtre. Il cric dans les mystères de ce temps : il criera bientôt de la croix, par toutes ses plaies et par son sang, demandant à son Père le salut de tous les hommes, pour qui il va donner sa vie adorable. Il crie spirituellement dans les âmes , par les mouvemens intérieurs que son divin Esprit y forme. Il a crié dans vos cœurs , mes Filles; c'est cet Esprit saint qui a formé ces cris qu'il y a si long-temps que vous faites entendre , et qui sont parvenus jusqu'à mes oreilles, et qui m'ont fait connoître vos désirs. Combien y at-il, mes chères Sœurs, que vous me demandez cette visite, et que vous reconnoissez vous-mêmes le besoin que vous en avez? Vous la souhaitez toutes unanimement : vous vous êtçs, sans doute, préparées à recevoir les grâces de cette même visite, et les effets qu'elle doit produire chez vous , et pour lesquels je la viens faire. Je viens confirmer , et je désire accroître le bien que j'y trouverai , et détruire l'imperfection jusqu'à la racine. Mais il faut que vous ayez un véritable esprit de renouvellement, et un désir sincère de coopérer à nos soins de tout votre pouvoir.

Va, dit Dieu autrefois au prophète Jonas(^), comme nous venons de lire en la messe : lève -toi pour aller à Ninive vers mon peuple \ prêche-leur la péni-

(0 Luc. xxii. ig. — (*) Jon. n\. a et scq.

tence, et les avertis de ma part qu'ils aient à changer de vie ; qu'ils se convertissent de tout leur cœur à moi, qui suis leur Dieu et leur Seigneur : autrement que dans quarante jours Ninive sera renversée et entièrement détruite. Si ces paroles donnèrent de la frayeur à ce peuple , et eurent tant de pouvoir et tant d'effet, celles que je viens de vous dire de la part de Dieu , ne vous doivent pas moins émouvoir de respect et de crainte. Il y a ici plus que Jonas; et celui qui m'envoie à vous, est le même Dieu, grand et redoutable.

Je viens donc aujourd'hui de sa part vous prêcher la pénitence, le changement et le renouvellement de vie, le mépris du monde, le parfait renoncement à vous-mêmes, la soumission d'esprit, la mortification des sens : en un mot , je viens faire cette visite pour réparer tout ce qu'il y auroit de déchet en la perfection religieuse dans votre maison , pour éteindre , pour détruire et anéantir les plus petits restes de l'amour du monde et des choses de la terre. Il faut faire périr les moindres inclinations de ce mon<le corrompu ; il faut qu'il meure , qu'il y meure, qu'il expire, qu'il y rende le dernier soupir. Venez donc, mes Filles, travailler toutes avec moi , pour exterminer tout ce qui ressent encore ce monde criminel. Venez m'aider à renverser Ninive : détruisons tout ce qu'il y a encore de trop immortifié, de trop mondain; enfin tout ce qui est trop naturel et imparfait en vous, sans pardonner à la moindre chose et sans rien épargner.

Diles-moi, mes Sœurs, quelles sont maintenant vos inclinations et vos pensées? Vous êtes, par vos

vœux, mortes au monde et à tout ce qui est créé; que souhaitez-vous à présent? Avez -vous d'autres désirs que ceux qui vous doivent élever sans cesse vers les biens de l'éternité bienheureuse, et vous y faire aspirer à tout moment? Si votre cœur a encore quelque mouvement qui le possède, il faut désormais que ce soit pour la justice , pour la perfection et la sainteté de chacune de vous en particulier, et de tout votre monastère, par le moyen de cette visite.JSouhaitez véritablement d'en recevoir les grâces; demandez qu'elles soient répandues en vos âmes. C'est là, mes Filles, désirer la justice, comme dit Jésus-Christ dans son Evangile , lorsqu'il a prononcé cet oracle sur la montagne : « Bienheureux ceux qui i) ont faim et soif de la justice , ils seront rassasiés (0 ». Vous serez parfaitement rassasiées, si vous n'avez que cet unique désir. Il vous donnera à boire de cette eau vive , qui éteindra votre soif. Demandez - lui comme la Samaritaine (2), et il vous donnera cette eau dont je vous parle, qui n'est autre que la grâce, de laquelle il veut remplir vos âmes dans cette fonction sainte que je viens exercer chez vous : car si nous ne méritons pas que ces eaux soient en nous pour nous-mêmes, nous les avons toutefois pour les répandre dans les autres. La source en est dans l'Eglise : elle est dans mon ministère pour les épancher dans vos cœurs ; puisque par mon caractère et en qualité de son ministre, quoiqu'indigne, je vous représente sa personne. Vous en serez toutes pénétrées dans cette action sainte, si vous n'y apportez qu'un esprit soumis et détaché de toutes choses.

C») Matt. V. 6. — W Joan. ly. i5.

La grâce est, selon la théologie, une qualité spirituelle que Jésus-Christ répand dans nos âmes, laquelle pénètre le plus intime de notre substance , qui s'imprime dans le plus secret de nous-mêmes, et qui se répand dans toutes les puissances et les facultés dé Tame qui la possède intérieurement , la rend pure et agréable aux yeux de ce divin Sauveur, la fait être son sanctuaire, son tabernacle, son temple , enfin son lieu de délices. Quand une ame est ainsi toute remplie, l'abondance de ces eaux rejaillit jusqu'à la vie éternelle; c'est-à-dire, qu'elle élève cette ame jusqu'à l'heureux état de la perfection. N'est-ce pas ce que dit Jésus-Christ : « Des fleuves » sortiront de son ventre (0 »; la fontaine de ces eaux vives, rejaillissant jusqu'à la vie éternelle, qui est précédée ici-bas de la grâce et de la sainteté. On voit l'épanchement de ces eaux jusque sur les sens extérieurs ; sur les yeux , par la modestie ; dans les paroles , par le silence religieux , et par une sainte circonspection et retenue à parler; en un mot, une personne paroît mortifiée en toutes ses actions ; elle se montre partout , possédée de la grâce au dedans d'elle-même, contraire à l'esprit du monde, ennemie de la nature et des sens; mais toute pleine des vertus et de l'esprit de Jésus-Christ.

Je ne sais , mes Filles , si vous avez assez bien pesé l'importante vérité contenue en ces paroles de saint Paul (^) , lorsqu'il dit qu'il est crucifié au monde et que le monde est crucifié pour lui? Ces paroles renferment , si vous y prenez garde , toute la perfection religieuse, à laquelle vous devez sans cesse aspirer.

C« Joan. vil. 38. — (•'•) Cal vi. i \,

Etre crucifié au monde, c'esty renoncer, n'y plus penser, n'avoir que du dégoût et de l'aversion de toutes ses maximes, avoir du mépris pour l'honneur et pour tout ce qui est vain, mépriser le plaisir et tout ce que le monde estime , n'avoir plus la moindre attache à tout ce qui s'appelle complaisance en vous-mêmes j au contraire, faire état partout et en toutes choses de la simplicité chrétienne , et de l'esprit de la croix de Jésus- Christ : voilà ce que c'est d'être crucifié au monde. Mais ce n'est pas encore assez j il faut que le monde soit crucifié pour vous. C'est, mes Filles, que vous ne devez pas seulement oublier ce malheureux monde, mais aussi le monde vous doit oublier : et pour vivre saintement dans votre état, vous devez souhaiter d'en être oubliées ; vous devez désirer d'être effacées de sa mémoire , comme des personnes mortes et ensevelies avec Jésus-Christ.

Considérez-vous comme mortes au monde, et qu'il est pareillement mort pour vous. t)ès que vous vous êtes ensevelies dans le sépulcre de la religion , vous séparant du monde, vous avez dû mourir à tout le sensible, par la mortification et un renoncement total à tout ce qui est mortel et terrestre. Faites donc maintenant vivre Jésus-Christ en vous par sa grâce : ne respirez que pour lui; n'agissez que par son esprit, et soyez-en parfaitement possédées : mourez tous les jours à votre esprit propre et à votre jugement , le soumettant à l'obéissance : mourez à vos désirs «t à vos sens ; mourez à vous-mêmes ; étouffez le plus petit mouvement de la concupiscence, dès qu'il s'élève en vous. Enfin, mes Sœurs, rendez le

dernier soupir de la vie imparfaite, et encore tant soit peu engagées dans les illusions du monde; diteslui un adieu général et éternel : autrement , si vous ne mourez de cette mort mystique , prenez garde que quelque reste dangereux de la corruption de ce monde malheureux ne dessèche et ne détruise en vos âmes ces eaux de grâce que je viens y verser par cette visite , ou même ne vous rende incapables de les recevoir , et ne les empêche d'entrer.

Il en est des objets du monde qui offusquent notre imagination , qui occupent et amusent notre esprit, comme d'une fontaine pleine d'eau vive , qui ne pourroit rejaillir , ni même retenir ses eaux , si le conduit en étoit bouché ; parce que la liberté de couler et de se répandre lui étant ôtée, cette fontaine sans doute viendroit à sécher , et la source en tariroit. La même chose arrive à l'égard de ces eaux de grâce dont je désire remplir votre cœur. Si ce même cœur est encore prévenu d'inclinations inquiètes , ou occupé des objets de la terre ; si le monde, ou quoi que ce soit de créé, vous remplit l'esprit et possède votre affection ; s'il a quelque pouvoir d'y faire des impressions, et s'il se propose encore à vos sens comme un objet attrayant , vous deviendrez comme cette fontaine , vous ne pourrez recevoir ces saintes et mystiques eaux; parce qu'il est impossible de remplir ce qui est déjà plein ; ou bien vous ne pourrez conserver long - temps ces grâces dont nous vous parlons ; car l'esprit du monde et l'esprit de Jésus-Christ ne sauroient compatir ensemble, et ne peuvent demeurer dans une ame. Ces

eaux

ET LES PnriTS DE LA VISITE. 4^5

eaux divines ne rejailliront point jusqu'à la vie e'ternelle ; à moins que, pour les conserver, vous ne vous dégagiez entièrement de tout ce qui vous empêche <le vivre à Jésus-Christ et de sa divine vie; à moins que vous ne deveniez insensibles comme des personnes mortes et crucifie'es au monde, qui l'ont mis si fort en oubli, qu elles ne pensent jamais à lui qu'avec horreur , ou avec compassion de tant d'ames qui sont emporte'es par sa corruption , et afin de vous employer sans cesse à demander miséricorde pour ce monde malheureux, qui retient tant de personnes continuellement exposées au danger de se perdre , et de se damner pour jamais.

Vous le devez, mes Filles; ce sont les obligations de votre état. Je vous exhorte de tout mon pouvoir à vous en acquitter avec grand soin. Offrez sans cesse des prières à la divine Majesté, pour toutes les nécessités <le l'Eglise : priez pour obtenir la conversion des infidèles , des pécheurs et des mauvais chrétiens; et demandez à Dieu qu'il touche leurs cœurs. Gémissez devant lui pour tant de prêtres qui déshonorent leur caractère , qui profanent les choses saintes , et qui ne vivent pas conformément à leur dignité €t à la sainteté de leur état. Affligez - vous pour ces femmes et ces filles mondaines, qui n'ont point cette pudeur qu'elles devroient avoir, qui est l'ornement de votre sexe ; pour tant de chrétiens et ûe chrétiennes , qui s'abandonnent à toutes leurs inclinations déréglées , et qui suivent malheureusement les pernicieuses maximes du monde et ses damnables impressions. Ayez , mes Filles , du zèle et de la charité pour toutes ces personnes qui sont dans le che-

BOSSUET. XIV. 3o

min de perdition, prêtes à tomber dans des abîmes éternels. Faites monter vos prières au ciel, comme un encens devant le trône de Dieu , pour appaiser sa colère irrite'e contre tous ces pe'cheurs qui l'offensent si outrageusement. Revêtez -vous des entrailles de miséricorde : pleurez sur ces grands maux, pour ces nécessités, et pour tant de misères qui vraiment sont dignes de compassion et de larmes. Voilà, mes Sœurs, de quelle manière vous devez conserver le souvenir du monde ; c'est ainsi qu'il faut y penser , et non autrement : hors de là il vous doit être à dégoût,- tout vous y doit être fort indifférent, et ne doit point entrer dans vos pensées.

Que toute votre occupation d'esprit soit de vous appliquer sérieusement à opérer votre salut , en travaillant pour vous avancer à la perfection oii vous êtes obligées de tendre sans cesse : vous ne vous sauverez pas , si vous n'y aspirez avec amour et ferveur, le reste de vos jours. Renouvelez donc en vous ce désir, dans cette visite que je commence aujourd'hui, à ce dessein de vous porter toutes à la perfection , et pour vous sanctifier. Pour correspondre de votre part à nos intentions , souvenez - vous de Gés paroles portées dans l'Evangile, que Jésus-Christ prononça avec tant de zèle et tant de douceur: ce Venez à moi, dit-il (0, vous qui êtes travaillés » et chargés de quelques peines , et je vous soula- 5) gérai ». Je vous dis la même chose, mes Filles; je vous adresse les mêmes paroles, en vous conviant toutes de venir m'ouvrir vos cœurs sans crainte : dites-moi avec confiance tout ce qui vous pèse, tout

(•) Matt. XI, 28.

ET LES FRUITS DE LA VISITE. /^Sn

ce qui vous fait peine, je vous soulagerai. Venez donc à moi sans rien craindre ; apportez - moi un cœur sincère, un cœur parfaitement soumis et un cœur simple : ce sont les dispositions que je veux voir, et que je demande de vous toutes, et avec lesquelles vous devez venir en ma présence. Déclarez-moi tout ce qu'en conscience vous voyez être nécessaire ou utile que je connoisse pour le bien de votre communauté ; je vous y oblige ; je vous ordonne de ne me rien soustraire , par tout ce saint pouvoir que j'exerce en vertu de mon caractère.

Je vous dénonce de la part de Dieu tout-puissant, au nom duquel je vous parle , par l'autorité que je tiens de lui, et par tout l'empire qu'il me donne sur vous toutes et sur chacune de vos âmes , que si vous êtes sincères et sans déguisement, je demeurerai chargé de tout ce que vous me direz : au contraire, ce que vous voudrez me cacher et me taire, je vous déclare que je vous en charge vous-mêmes, et que ce sera un poids qui vous écrasera. Prenez garde à ceci , mes Sœurs ; ne taisez pas ce qu'il est utile de me dire, non tant pour vous décharger que pour nous donner les connoissances nécessaires : ne m'apportez que des choses véritables et utiles pour la communauté ou pour votre particulier; qu'il n'y ait rien d'inutile : mais parlez-moi avec franchise, et ne craignez point de me fatiguer; puisque je veux bien vous écouter, et vous donner tout le temps que vous pouvez souhaiter pour votre instruction et pour votre consolation. Vous ne me serez point à charge , tant que je verrai , en ce que vous me direz , de l'utilité pour vous ou pour le public : au

coiitrclirè , je vous écouterai, je vous repondrai selon les mouvemens de Dieu , et avec les paroles qu'il me mettra en la bouche. Ainsi vous serez instruites, et vous recevrez les secours dont vous pouvez avoir besoin ; et moi je vous dirai ce que son divin Esprit me donnera pour vous, chacune selon ce que je verrai qui lui sera propre , pour procurer votre perfection et votre paix : car je désire profiter h tout le mond« , et qu'il n'y ait pas une de vous qui ne prenne en cette visite l'esprit d'un saint renouvellement en la perfection de son état. Je vous y porterai toutes en général , et chacune en particulier. Dieu m'envoie à vous pour détruire Ninive; c'est-àdire, pour déraciner jusqu'aux plus petites inclinatiotis de la nature corrompue , et toutes les imperfections contraires à votre sainteté. Si ce peuple fit pénitence à la voix d'un prophète, et s'il se rendit docile à sa parole, comme nous l'avons lu en la sainte Epître de ce jour; avec quelle docilité devezvous coopérer à notre dessein, et n'y apporter nul obstacle ?

Venez donc à moi , mes Filles, avec un grand zèle de votre avancement et un saint désir de la perfection : ne craignez point de me découvrir vos besoins ; ouvrez - moi vos consciences, et n'hésitez pas de me dire tout ce qui sera pour votre bien et même pour votre consolation. Je sais que l'ofiice des pasteurs des âmes est de confirmer les fortes, et de compatir aux infirmes, de les consoler en leurs foiblesses, de les soulever et de les charger sur leurs épaules : c'est ce que je me propose de faire en cette visite. Les fortes, nous travaillerons à les animer de plus en plus à la

perfection, et à les transporter jusqu'au ciel : les foibles, nous les encouragerons; nous nous abaisserons jusqu'à leurs foiblesses pour les relever et les fortifier ; nous les porterons sur nos epaules>j et les unes et les autres, nous les animerons et nous lâcherons de les faire marcher , et de les e'iever toutes à la perfection où elles sont appelées. En un mot, nous desirons re'parer tout ce qui seroit de'chu en l'observance régulière , rallumer ce qui seroit éteint en la charité, et établir une ferme et solide paix. A cet effet, je prétends réunir tout ce qui seroit tant soit peu divisé; je viens établir la concorde, en dissipant les plus foibles dispositions et les plus légers sentimens contraires. Je veux ruiner et anéantir jusqu'au plus petit défaut contraire à la charité, et détruire tous les empêchemens de la parfaite union, jusqu'aux moindres fibres. Il faut réparer toutes les ruines de cette vertu , et remédier à tout ce qui s'y oppose , pour faire fleurir l'ordre et la perfection dans votre communauté. Pour cela, ne négligez aucune des déclarations sincères et véritables qui seront requises ; puisque les connoissances que vous me donnerez me servii'ont à faire régner Jésus - Christ, par urte charité parfaite et une paix inaltérable en ce monde, qui vous conduira au repos éternel de l'autre. C'est ce que je vous souhaite à toutes; cependant je prie Dieu qu'il vous bénisse , et qu'il vous remplisse de ses grâces.

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