‹ Œuvres; revues sur les manuscrits originaux et les éditions les plus correctes (volume 5)Chapitre 1 sur 51 · DE CHATEAU-THIERRY · texte numérisé non relu

DE CHATEAU-THIERRY

Trois vices de notre naissance : leurs funestes effets. Servitude dans laqueUe tombent les pécheurs, en contentant leurs passions criminelles. Dans quel péril se jettent ceux qui s'abandonnent sans réserve à tontes les choses qui leur sont permises. Lois et contraintes auxqueUes se soumet la vie religieuse, pour réprimer la liberté de pécher : sagesse des précautions quelle prend. Combien la chasteté est délicate, et l'humilité timide. Amour que les vierges chrétiennes doivent avoir pour la retraite, le silence et la vie cachée. Mépris qu'elles sont obligées de faire de la gloire.

Oportet vos uasci denuo.

Il faut que vous naissiez encore une fois. Joan. m. 7.

L<E qui doit imposer silence, et confondre e'ternellement ceux dont le cœur se laisse emporter à la gloire de leur extraction , c'est l'obligation de renaître; et de quelque grandeur qu'Us se vantent,

<*) Elle étoit Taînëe des deux sœurs du comte de Bouillon, et a été appelée, dans le cloître, sœur Emilie de la Passion. ( Edit de Défont. )

ils seront forcés d'avouer qu'il y a toujours beaucoup de bassesse dans leur première naissance; puisqu'il n'est rien de plus nécessaire que de se renouveler par une seconde. La véritable noblesse est celle que l'on reçoit en naissant de Dieu. Aussi l'Eglise ne célèbre pas la Nativité de Marie à cause qu'elle a tiré son origine d'une longue suite de rois; mais à cause qu elle a apporté la grâce , en naissant en grâce , et qu'elle est née fille du Père céleste.

Mesdames, vous verrez aujourd'hui une de vos plus illustres sujettes, qui, touchée de ces sentimens, se dépouillera devant vous des honneurs que sa naissance lui donne. Ce spectacle est digne de Vos Majestés; et après ces cérémonies magnifiques, dans lesquelles on a étalé toutes les pompes du monde (*), il est juste qu'elles assistent à celles où l'on apprend à les mépriser. Elles viennent ici dans cette pensée, dans laquelle je dois les entretenir, pour ne pas frustrer leur attente. Que si la loi que m'impose cette cérémonie particulière, m'empêche de m'appliquer au sujet commun que l'Eglise traite en ce jour, qui est la Nativité de Marie, par la crainte d'envelopper des matières si vastes et si différentes; j'espère que Vos Majestés me le pardonneront facilement; et je me promets que la sainte Vierge ne m'en accordera pas moins son secours, que je lui demande humblement par les paroles de l'ange, en lui disant : Ave, Maria.

{*) La Reine régnante avoit fait son entrée dans Paris le 56 août de cette année , ce qui avoit occasionné beaucoup de fêtes et de réjouissances. ( Edit. de Déforis. )

POTTR UNE VÉTURE. 5

Enfermer dans un lieu de captivité une jeune personne innocente ; soumettre à des pratiques austères , et à une vie rigoureuse , un corps tendre et délicat ; cacher dans une nuit éternelle une lumière éclatante , que la Cour auroit vu briller dans les plus hauts rangs, et dans les places les plus élevées; ce sont trois choses extraordinaires , que l'Eglise va faire aujourd'hui; et cette illustre compagnie est assemblée en ce lieu pour ce grand spectacle.

Qui vous oblige, ma Sœur; car le ministère que j'exerce ne me permet pas de vous appeler autrement, et je dois oublier, aussi bien que vous, toutes les autres qualités qui vous sont dues : qui vous oblige donc à vous imposer un joug si pesant, et à entreprendre contre vous-même ; c'est-à-dire, contre votre liberté, en vous rendant captive dans cette clôture; contre le repos de votre vie, en embrassant tant d'austérités ; contre votre propre grandeur, en vous jetant pour toujours dans cette retraite profonde, si éloignée de l'éclat du siècle et de toutes les pompes de la terre? J'entends ce que répond votre cœur ; et il faut que je le dise à ces grandes reines et à toute cette audience. Vous voulez vous renouveler en notre Seigneur, dans cette bienheureuse journée de la naissance de la sainte Vierge ; vous voulez renaître par la grâce, pour commencer une vie nouvelle, qui n'ait plus rien de commun avec la nature; et pour cela ces grands changemens sont absolument nécessaires.

Et en effet, chrétiens, nous apportons au monde, en naissant , une liberté indocile qui affecte l'indépendance; une molle délicatesse, qui nous fait sou-

6 yOUR UNE Veture.

pirer après les plaisirs ; un vain désir de paroître , qui nous épanche au dehors et nous rend ennemis de toute retraite. Ce sont trois vices communs de notre naissance; et plus elle est illustre, plus ils sont enracinés dans le fond des cœurs. Car qui ne sait que la dignité entretient cette fantaisie d'indépendance; que ce tendre amour des plaisirs est flatté par une nourriture délicate ; et enfin que cet esprit de grandeur fait que le désir de paroître s'emporte ordinairement aux plus grands excès ?

Il faut renaître, ma Sœur, et réformer aujourd'hui ces inclinations dangereuses : Oportet vos nasci denuo. Cet amour de l'indépendance, d'où naissent tous les désordres de notre vie, porte l'ame à ne suivre que ses volontés, et dans ce mouvement elle s'égare. Cette délicatesse flatteuse la pousse à chercher le plaisir , et dans cette recherche elle se corrompt. Ce vain désir de paroître la jette toute entière au dehprs, et dans cet épanchement elle se dissipe. La vie religieuse, que vous embrassez, oppose à ces trois désordres des remèdes forts et infaillibles. Il est vrai qu'elle vous contraint ; mais , en vous contraignant , elle vous règle : elle vous mortifie , je le confesse; mais, en vous mortifiant, elle vous purifie ; enfin elle vous retire et vous cache: mais, en vous cachant , elle vous recueille et vous renferme avec Jésus-Christ. O contrainte , ô vie pénitente , ô sainte et bienheureuse obscurité ! je ne m'étonne plus si l'on vous aime, et si l'on quitte, pour l'amour de vous, toutes les espérances du monde. Mais j'espère qu'on vous aimera beaucoup davantage, quand j'aurai expliqué toutes vos beautés dans la suite de ce

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discours, par une doctrine solide et e'vangélique , avec le secoui-s de la grâce.

PREMIER POINT

J'eittrerai d'abord en matière, pour abréger ce discours ; et afin de vous faire voir , par des raisons évidentes, que pour régler notre liberté il est nécessaire de la contraindre, je remarquerai, avant toutes choses, deux sortes de libertés déréglées : l'une ne se prescrit aucunes limites, et transgresse hardiment la loi : l'autre reconnoît bien qu'il y a des bornes -, et quoiqu'elle ne veuille point aller audelà, elle prétend aller jusqu'au bout, et user de tout.son pouvoir. C'est-à-dire , pour m' expliquer en termes plus clairs , que l'une se propose pour son objet toutes les choses permises; l'autre s'étend encore plus loin , et s'emporte jusqu'à celles qui sont défendues. Ces deux espèces de liberté sont fort usitées dans le monde, et je vois paroître dans l'une et dans l'autre un secret désir d'indépendance. Il se découvre visiblement dans celui qui passe pardessus la loi , et méprise ses ordonnances. En effet , il montre bien , ce superbe , qu'il ne peut souffrir aucun joug; et c'est pourquoi le Saint-Esprit lui parle en ces termes par la bouche de Jérémie : ^ sœculo confregisti j'ugum meum; rupisti vincula mea^ et dixisti : Non sen^iami^) : « Tuas brisé le joug que » je t'imposois ; tu as rompu mes liens , et tu as dis » en ton cœur, d'un ton de mutin et d'opiniâtre : » Non, je ne servirai pas ». Qui ne voit que ce téméraire ne recopnoît plus aucua souverain , et qu'il

{') Jer. II. 20i

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prétend manifestement à l'indépendance ? Mais quoique l'autre, dont j'ai parlé, qui n'exerce sa liberté qu'en usant de tous ses droits , et en la promenant généralement, si je puis parler de la sorte, dans toutes les choses permises , n'égale pas la rébellion de celui-ci; néanmoins il est véritable qu'il le suit de près : car s'étendant aussi loin qu'il peut, s'il ne secoue pas le joug tout ouvertement, il montre qu'il le porte avec peine; ets'avançant ainsi à l'extrémité, oh il semble ne s'arrêter qu'à regret, il donne sujet de penser, qu'il n'y a plus que la seule crainte qui l'empêche de passer outre. Telles sont les deux espèces de liberté, que j'avois à vous proposer, et il m'est aisé de vous faire voir, que l'une et l'autre sont fort déréglées.

Et premièrement, chrétiens, pour ce qui regarde ce pécheur superbe, qui méprise la loi de Dieu; son désordre, trop manifeste, ne doit pas être convaincu par un long discours ; et je n'ai aussi qu'un mot à lui dire , que j'ai appris de saint Augustin. Il avoit aimé autrefois cette liberté des pécheurs ; mais il sentit bientôt dans la suite qu'elle l'engageoit à la servitude; parce que, nous dit-il lui-même, « en » faisant ce que je vôulois , j'arrivois oii je ne vou- » lois pas » : F^olens , quo nollem perweneram (0. Que. veut dire ce saint évêque; et se peut-il faire, mes Sœurs , qu'en sp laissant aller où l'on veut , l'on arrive où l'on ne veut pas? Il n'est que trop véritable, et c'est le malheureux précipice où se perdent tous les pécheurs. Ils contentent leurs mauvais désirs et leurs passions criminelles; ils se réjouis-

(') Conf. lib. viii, cap. Vj tom. i, col. \!\<^.

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sent , ils font ce qu'ils veulent. Voilà une image de liberté qui les trompe ; mais la souveraine puissance de celui contre lequel ils se soulèvent, ne leur permet pas de jouir long-temps de leur liberté licencieuse : car en faisant ce qu'ils aiment , ils attirent nécessairement ce qu'ils fuient, la damnation , la peine éternelle, une dure nécessité qui les rend captifs du péché, et qui les dévoue à la vengeance divine. Voilà une véritable servitude que leur aveuglement leur cache. Cesse donc , ô sujet rebelle, de ,te glorifier de ta liberté, que tu ne peux pas soutenir contre le souverain que tu offenses; mais reconnois au contraire que tu forges toi-même tes fers par l'usage de ta liberté dissolue ; que tu mets un poids de fer sur ta tête, que tu ne peux plus secouer-, et que tu te jettes toi-même dans la servitude , pour avoir voulu étendre , sans mesure , la folle prétention de ta vaine et chimérique indépendance : telle est la condition malheureuse du pécheur.

Après avoir parlé au pécheur rebelle, qui ose faire ce qu'on lui défend, maintenant adressons -nous à celui qui s'imagine être en sûreté, en faisant tout ce qui est permis ; et tâchons de lui faire entendre , que s'il n'est pas encore engagé au mal, il est bien avant dans le péril. Car en s'abandonnant sans réserve à toutes les choses qui lui sont permises, qu'il est à craindre, mes Sœurs, qu'il ne se laisse aisément tomber à celles qui sont défendues! Et en voici la raison en peu de paroles, que je vous prie de méditer attentivement. C'est qu'encore que la vertu , prise en elle-même, soit infiniment éloignée du vicej

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néanmoins il faut confesser, à la honte de notre nature, que les limites s'en touchent de près dans le penchant de nos affections , et que la chute en est bien aisée. C'est pourquoi il importe, pour notre salut, que notre arae ne jouisse pas de toute la liberté qui lui est permise ; de peur qu'elle ne s'emporte jusqu'à la licence, et qu'elle ne passe facilement audelà des bornes, quand il ne lui restera plus qu'une si légère démarche. L'expérience nous le fait connoître : de là vient que nous lisons dans les saintes Lettres , que Job , voulant régler ses pensées , commence à traiter avec ses yeux : Pepigi fœdus cum ocuïis meisj, ut ne cogitarem (0. Il arrête des regards qui pourroient être innocens, pour empêcher des pensées qui apparemment seroient criminelles : si ses yeux n'y sont pas encore obligés assez clairement par la loi de Dieu , il les y engage par traité exprès : Pepigi fœdus : parce qu'en effet, chrétiens, celui <jui prend sa course avec tant d'ardeur, dans cette vaste carrière des choses licites, doit craindre qu'étant sur le bord , il ne puisse plus retenir ses pas j qu'il ne soit emporté plus loin qu'il ne pense, ou par le penchant du chemin , ou par l'impétuosité de son mouvement; et qu'enfin il ne lui arrive ce qu'a dit de lui-même le grand saint Paulin : Quod non expediebat admisi, dum non tempe ro guod lice^ bat (2) : « Je m'emporte au-delà de ce que je dois , » pendant que je ne prends aucun soin de me modé- » rer en ce que je puis ».

Illustre épouse de Jésus-Christ, la vie religieuse, que vous embrassez , suit une conduite plus sûre :

(0 Jvh. x.\xi. 1. — (») A'dSever. Ep. xxx, n. 3.

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elle s'impose mille lois et mille contraintes dans le sentier de la loi de Dieu : elle se fait encore de nouvelles bornes, où elle prei^d plaisir de se resserrer. Vous perdrez, je le confesse, ma Sœur, quelque partie d^ votre liberté, au milieu de tant d'observances de la discipline religieuse ; mais si vous savez bien entendre quelle liberté vous perdez , vous verrez que cette perte est avantageuse. En effet, nous sommes trop libres; trop libres à nous porter au péché , trop libres à nous jeter dans la grande voie, qui mène les âmes à la perdition. Qui nous donnera que nous puissions perdre cette partie malheureuse de notre liberté, par laquelle nous nous dévoyons ? O liberté dangereuse , que ne puis-je te retrancher de mon franc arbitre? Que ne puis-je m'imposer moi-même cette heureuse nécessité de ne pécher pas? Mais il ne faut pas l'espérer durant cette vie. Cette liberté glorieuse de ne pouvoir plus servir au péché , c'est la récompense des saints , c'est la félicité des bienheureux. Tant que nous vivrons dans ce lieu d'exil , nous aurons toujours à combattre cette liberté de pécher. Que faites-vous , mes très-chères Sœurs, et que fait la vie i-eligieuse? Elle voudroit pouvoir s'arracher cette liberté de mal faire; mais comme elle voit qu'il est impossible, elle la bride du moins, autant qu'il se peut; elle la serre de près par une discipline sévère : de peur qu'elle ne s'égare dans les choses qui sont défendues , elle entreprend de se les retrancher toutes, jusqu'à celles qui sont permises, et se réduit , autant qu'elle peut, à celles qui sont nécessaires. Telle est la vie des carmélites.

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Que cette clôture est rigoureuse ! que ces grilles sont inaccessibles , et qu'elles menacent étrangement tous ceux qui approchent ! C'est une sage précaution de la vie régulière et religieuse , qui détourne bien loin les occasions, pour s'empêcher, S'il se peut, de pouvoir jamais servir au péché. Elle est bien aise d'être observée ; elle cherche des supérieurs qui la veillent ; elle veut qu'on la conduise de l'œil, qu'on la mène, pour ainsi dire, toujours par la main, afin de se laisser moins de liberté de s'écarter de la droite voie; et elle a raison de ne craindre pas que ces salutaires contraintes soient contraires à la liberté véritable. Ce n'est pas s'opposer à un fleuve que de faire des levées, que d'élever des quais sur ses rives, pour empêcher qu'il ne se déborde, et ne perde ses eaux dans la campagne; au contraire c'est lui donner le moyen de couler plusfioucement dans son lit. Celui-là seulement s'oppose à son cours, qui bâtit une digue au milieu, pour rompre le. fil de son eau. Ainsi ce n'est pas perdre sa liberté, que de lui donner des bornes deçà et delà , pour empêcher qu'elle ne s'égare ; c'est la dresser plus assurément h la voie qu'elle doit tenir. Par une telle précaution, on ne la gêne pas; mais on la conduit. Ceux-là la perdent, ceux-là la détruisent, qui la détournent de son cours naturel ; c'est-à-dire, qui l'empêchent d'aller à son Dieu : de sorte que la vie religieuse , qui travaille avec tant de soin à vous aplanir cette voie, travaille par conséquent à vous rendre libre. J'ai eu raison de vous dire, que ses contraintes ne doivent pas vous être importunes , puisqu'elle ne vous contraint que pour vous régler; et la clôture,

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que vous embrassez , n'est pas une prison où votre liberté soit opprimée; mais un asile fortifié, où elle se défend avec vigueur contre les déréglemens du péché. Si ses contraintes sont si fructueuses, parce qu'elles dirigent votre liberté; ses mortifications ne le sont pas moins , parce qu'elles épurent vos affections; et c'est ma seconde partie.

SECOND POINT

Je ne m'étonne pas, chrétiens, si les sages instituteurs de la vie religieuse et retirée ont trouvé nécessaire de l'accompagner de plusieurs pratiques sévères , pour mortifier les sens et les appétits : c'est qu'ils ont vu que nos passions , et ce tendre amour des plaisirs , tenoient notre ame captive par des douceurs pernicieuses, qu'ils ont voulu corriger par une amertume salutaire. Et afin que vous entendiez combien cette conduite est admirable, considérez avec moi une doctrine excellente de saint Augustin.

Il nous apprend qu'il y a en nous deux sortes de maux : il y a en nous des maux qui nous plaisent , et il y a des maux qui nous affligent. Qu'il y ait des maux qui nous affligent, ah! nous l'éprouvons tous les jours. Les maladies, la perte des biens, les douleurs d'esprit et de corps , tant d'autres misères qui nous environnent , ne sont-ce pas des maux qui nous affligent? Mais il y en a aussi qui nous plaisent, et ce sont les plus dangereux. Par exemple, l'ambition déréglée, la douceur cruelle de la vengeance, l'amour désordonné des plaisirs ; ce sont des maux et de très-grands maux : mais ce sont des maux qui nous plaisent , parce que ce sont des maux qui nous

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flattent. « Il y a donc des maux qui nous blessent , » et ce sont ceux-là, dit saint Augustin , qu'il faut » que la patience supporte; et il y a des maux qui » nous flattent, et ce sont ceux-là , dit le même saint, » qu'il faut que la tempérance modère » : Alia mala sunt quœ per patientiam sustinemus j alla quœ per conlinenliam refrenamus (').

Au milieu de ces maux divers, dont nous devons supporter les uns , dont nous devons réprimer les autres, et que nous devons surmonter les uns et les autres; chrétiens , quelle misère est la nôtre ? O Dieu , permettez - moi de m'en plaindre : Usquequo Domine, usquequx) oblivisceris me in Jinem. (2)? « Jus- » qu'à quand, ô Seigneur, nous oublierez-vous dans » cet abîme de calamités » ? jusqu'à quand détournerez-vous votre face de dessus les enfans d'Adam , pour n'avoir point pitié de leurs maladies ? Avertis faciem tuam in Jinemi «Jusqu'à quand, jusqu'à » quand , Seigneur , me sentirai-je toujours accablé » de maux , qui remplissent mon cœur de douleur , » et mon esprit de fâcheuses irrésolutions » ? Quamdiuponam consilia in anima mea, dolorem in corde meo per diem (3) ? Mais s'il ne vous plaît pas, ô mon Dieu , de me délivrer de ces maux , qui me blessent et qui m'affligent , exemptez - moi du moins de ces autres maux; je veux dire, des maux qui m'enchantent, des maux qui m'endorment, qui me contraignent de recourir à vous; de peur de m'endormii' dans la mort : Illumina oculos meos , ne unquam obdormiam in m.orte (4). N est-ce pas assez , ô Sei-

(«) Conu Jul. l. V, cap. v, n. aaj lom. x, col. 640. — W Ps. xn, i . — ^3) Ibid. a. — (4) Ibid. 4.

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gneur, que nous soyons accablés de tant de misères, qui font trembler nos sens , qui donnent de l'hor- Teur à nos esprits ? Pourquoi faut-il qu'il y ait des maux qui nous trompent par une belle apparence , des maux que nous preqions pour des biens, qui nous plaisent et que nous aimions ? Est-ce que ce n'est pas assez d'être misérables ? faut-il , pour surcroit de malheur , que nous nous plaisions en notre misère, pour perdre à jamais l'envie d'en sortir? n Malheureux homme que je suis ! qui me délivrera » de ce corps de mort » ? Infelix homo ! quis me liberabit de corpore mortis hujus (0? Ecoute la réponse , homme misérable ; ce sera « la grâce de Dieu » par Jésus -Christ notre Seigneur m : Graiia Dei per Jesum Ckristum Dominum nostrum (2).

Mais admire l'ordre qu'il tient pour ta guérison. Il est vrai que tu éprouves deux sortes de maux; les uns qui piquent , les autres qui flattent : mais Dieu a disposé, par sa providence, que les uns servissent de remède aux autres ; je veux dire , que les maux qui blessent servent pour modérer ceux qui plaisent ; les douleurs , pour corriger les passions j les afflictions de la vie , pour nous dégoûter des vaines douceurs , et étourdir le sentiment des plaisirs mortels. C'est ainsi que Dieu se conduit envers ses enfans , pour purifier leurs affections. Impinguatus est dilectus ^ et recalcitravit (3) : « Son bien - aimé s'est » engraissé, et il a regimbé contre lui ». Dieu l'a frappé , dit l'Ecriture , et il s'est remis dans son devoir , et il l'a cherché dès le matin : Cum occideret

\y) Bani, vu. 24- — W Ihid. a5. — (3) Deut. xxxn. i5.

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eos guœrebant eum, et revertebantur , et diluculo veniebant ad eum i"^) .

Telle est la conduite de Dieu; c'est ainsi qu'il nous guérit de nos passions ; et c'est sur cette sage conduite que la vie religieuse a réglé la sienne. Peutelle suivre un plus grand exemple ? peut-elle se proposer un plus beau modèle? Elle entreprend de guérir les âmes, par la méthode infaillible de ce souverain médecin. Elle châtie le corps avec saint Paul (2) ; elle réduit en servitude le corps par les saintes austérités de la pénitence, pour le rendre parfaitement soumis à l'esprit. Que cette méthode est salutaire! Car, ma Sœur, je vous en conjure, jetez encore un peu les yeux sur le monde , pendant que vous y êtes encore ; voyez les déréglemens de ceux qui l'aiment ; voyez les excès criminels oii leurs passions les emportent. Ah ! je vois que le spectacle de tant de péchés fait horreur à votre innocence. Mais quelle est la cause de tous ces désordres? C'est sans doute qu'ils ne songent point à donner des bornes à leurs passions: au contraire, ils les traitent délicatement ; ils attisent ce feu , et ses ardeurs s'accroissent jusqu'à l'infini ; ils nourrissent ces bêtes farouches , et ils n'en peuvent plus dompter la fureur ; ils flattent en eux-mêmes l'amour des plaisirs , et ils le rendent invincible par leurs complaisances.

Mes Sœurs , que votre conduite est bien plus réglée. Bien loin de donner des armes à cet ennemi , vous l'afToiblissez tous les jours par les veilles, par l'abstinence et par l'oraison ; vous tenez le corps

C«) Pi. 1.XXV11 34. — W/. Cor. IX, 17.

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