‹ Œuvres; revues sur les manuscrits originaux et les éditions les plus correctes (volume 5)Chapitre 10 sur 51 · LE JOUR DE L'EXALTATION DE LA S" CROIX · texte numérisé non relu

LE JOUR DE L'EXALTATION DE LA S" CROIX

Combien il en a coûté à Jésus -Christ pour le contrat de son mariage avec l'Eglise. Trois qualités de cet Epoux des vierges chré-' tiennes. Dans quel dessein a-t-il acquis les hommes. Pourquoi ne devons-nous rechercher dans ce nouveau Roi aucune marque extérieure de grandeur royale. Conditions qu'il exige de celles qu'il prend pour ses épouses Prérogative des vierges chrétiennes : pureté qui leur est nécessaire. Extrême jalousie de leur Epoux : comment elles doivent se conduire pour ne pas offenser ses regards.

Venerunt nuptiœ Agni, et uxor ejus praeparavit se.

Les noces de l'Agneau sont venues, et son Epouse s'est préparée. Apoc. xix. 7.

I i E mystère de notre salut nous est proposé dans les saintes Lettres sous des figures diverses , dont la plus fre'quente, mes Sœurs, c'est de nous représenter cet ouvrage comme l'effet de plusieurs actes publics, passés authentiquement par le Fils de Dieu en faveur de notre nature. Nous y voyons premièrement l'acte d'amnistie et d'abolition générale , par lequel il nous remet no» péchés : ensuite nous y lisons le

traité de paix , par lequel il pacifie le ciel et la terre, et le rachat qu'il a fait de nous pour nous retirer des mains de Satan. Nous y lisons aussi en plus d'un endroit le testament mystique et spirituel , par lequel il nous donne la vie éternelle, et nous fait ses cohéritiers dans le royaume de Dieu son Père. Enfin il y a le sacré contrat par lequel il épouse sa sainte Eglise, et la fait entrer avec lui dans une bienheureuse communauté. De ces actes, et de quelques autres qu'il seroit trop long de vous rapporter, découlent toutes les grâces de la nouvelle alliance ; et ce que j'y trouve de plus remarquable, c'est que notre aimable et divin Sauveur lésa tous ratifiés par son sang. Dans la rémission de nos crimes , il est notre propitiateur par son sang ; « Dieu l'ayant pro- » posé pour être la victime de réconciliation par la 3) foi que les hommes jiuroient en son sang » ; Propàiationem perjîdem in sanguine ipsius (0. S'il a pacifié le ciel et la terre , c'est par le sang de sa croix : Pacijicans per sanguinem crucis ejus i?-). S'il nous a rachetés des mains de Satan , comme un bien aliéné de son domaine , les vieillards lui chantent dans l'Apocalypse que son sang a fait cet ouvrage : « Vous nous avez rachetés par votre sang » , lui disent-ils : Redemisti nos in sanguine tuo (5) : et pour ce qui regarde son testament, c'est lui-même quia prononcé dans sa sainte cène : « Buvez; ceci est mon » sang, le sang du nouveau Testament, versé pour » la rémission des péchés (4) ».

Ne croyez pas, âmes chrétiennes, que îe contrat

(') Rom. m. 25. — W Col. i. 20. — (3j Apoc. v. 9. — W) Matth. XXVI. a8.

ig<à POUR UKE PROFESSION.

de son mariage , par lequel il s'unit à l'Eglise , lut ait moins coûté que le reste. C'est à lui que convient proprement ce mot : « Vous m'êtes un époux de » sang » : Sponsus sanguinum tu es mihii^) : et -ce n'est pas sans sujet que , dans le passage de l'Apocalypse que j'ai choisi pour mon texte , il est épousé comme un Agneau , c'est-à-dire, en qualité de victime : p^enerunt nuptiœ Agni. Ainsi quoique la fête de sa croix, qui comprend un mystère de douleurs, semble être fort éloignée de la solennité de son mariage , qui est une cérémonie de joie , il y a néanmoins beaucoup de rapport; et nous pouvons aisément traiter l'une et l'autre dans la suite de ce discours , après avoir imploré le secours d'en-haut par l'intercession de la sainte Vierge , Ave.

Dans cette cérémonie, vous parler d'autre chose, ma très-chère Sœur, que de votre Epoux, ce seroit offenser votre amour. Parlons donc aujourd'hui du divin Jésus; qu'il fasse tout le sujet de cet entretien. Considérons attentivement quel est cet Epoux qu'on vous donne ; et pour joindre votre fête particulière avec celle de toute l'Eglise, tâchons de connoître ses qualités par le mystère de cette journée. Vous y verrez premièrement qu'il est roi , et vous lirez le titre de sa royauté gravé en trois langues au haut de sa croix « Jésus de Nazareth, roi des Juifs (2) ». Vous y apprendrez en second lieu, que c'est un amantpassionné; et son sang, que le seul amour tire de ses veines , en sera la marque évidente. Enfin vous découvrirez que c'est un amant jaloux ; et il me sera aisé

0) Exod. IV. 25. — W Joan. xix. 19.

de

dfi VOUS faire voir, par les Ecritures divines, que ce grand ouvrage de notre salut , accompli heureusement sur la croix , a été un effet de sa jalousie.

PREMIER POINT

Quand je considère, mes Sœurs, cette qualité de roi des Juifs que Pilate donne à Jésus-Christ, et qu*il faitparoître au haut de sa croix malgré les oppositions des pontifes ; j'admire profondément la Conduite de la Providence qui lui met cette pensée dans l'esprit, et je me demande à moi-même : D'oii vient que notre Sauveur , qui a refusé si constamment le titre de roi durant les jours de sa gloire , c'est-à-dire, quand il se montroit un Dieu tout -puissant par la grandeur de ses miracles , commence à le recevoir dafas le jour de ses abaissemens, et lorsqu'il paroît le dernier des hommes par la honte de son supplice. Où est l'éclat et la majesté qui doivent suivre ce grand nom de roi , et qu'a de commun la grandeur royale avec cet appareil d'ignominie? C'est ce qu'il faut vous expliquer en peu de paroles ; et pour cela remarquez, mes Sœurs, que Jésus -Christ a deux royautés , dont l'une lui convient comme Dieu , et l'autre lui appartient en qualité d'homme. Comme Dieu , il est le roi et le souverain de toutes les créa* tures qui ont été faites par lui : Omnia per ipsum facta sunt (0; et outre cela, en qualité d'homme, il est roi en particulier de tout le peuple qu'il a ra^ cheté, sur lequel il s'est acquis un droit absolu par le prix qu'il a donné pour sa délivrance. Voilà donc

(0 Joan. 1. 3.

BOSSUET. XVII. l3

194 POUR UNE PROFESSIÔW.

deux royautés dans le Fils de Dieu; la première lui est naturelle , et lui appartient par sa naissance; la seconde est acquise, et ill'a me'ritée par ses travaux. La première de ces royautés qui lui appartient par la création, n'a rien que de grand et d'auguste; parce que c'est un apanage de sa grandeur naturelle, et qu'elle suit nécessairement son indépendance : mais il ne doit pas en être de même de celle qu'il s'est acquise par la rédemption ; et en voici la maison solide que j'ai tirée de saint Augustin.

Puisque le Fils de Dieu étoit né avec une telle puissance , qu'il étoit de droit naturel maître absolu de tout l'univers ; lorsqu'il a voulu s'acquérir les hommes par un titre particulier, nous devons entendre, mes Frères, qu'il ne le fait pas de la sorte dans le dessein de s'agrandir, mais dans celui de les obliger. En effet , dit saint Augustin , que sert-il au Roi des anges de se faire le roi des hommes ; au Dieu de toute la nature de vouloir s'en acquérir une partie,.sur laquelle il a déjà un droit souverain? Il n'accroît point par-là son empire , il n'étend pas plus loin sa puissance; puisqu'on s'acquérant les fidèles, il ne s'acquiert que son propre bien , et ne se donne que des sujets qui lui appartiennent déjà par le titre de la création. Tellement que s'il recherche cette royauté , il faut conclure , dit ce saint évêque , que ce n'est pas dans un dessein d'élévation , mais par un sentiment de condescendance; ni pour augmenter son pouvoir, mais pour exercer sa miséricorde : Di~ gnatio est , non proniotîo ; miserationis indicium , non potestatis augmenium (0.

(') InJoan. Tr. u, n. 5j Lom. iii, part, ii, col. 635.

POUR UNE PROFESSION. igS

Ainsi nous ne devons chercher en ce nouveau roi aucune marque extérieure de grandeur royale. C'est ici une royauté extraordinaire. Jésus -Christ n'est pas roi pour s'agrandir ; c'est pourquoi il ne cherche rien de ce qui l'élève aux yeux des hommes : il est roi pour nous obliger; c'est pourquoi il recherche ce qui nous oblige , c'est-à-dire , des blessures qui nous guérissent , une honte qui fait notre gloire, et une mort qui nous sauve. Telles sont les marques de sa royauté : elles sont dignes d'un roi qui ne vient pas pour s'élever au-dessus des hommes, par l'éclat d'une vaine pompe; mais plutôt pour fouler aux pieds les grandeurs humaines, et qui veut que les sceptres rejetés , l'honneur méprisé, la gloire du monde anéantie , fassent tout l'ornement de son triomphe.

Voilà le roi , ma très-chère Sœur , que vous choisissez pour époux. S'il est pauvre, abandonné, desrtitué entièrement des honneurs du siècle et de tous les biens de la terre , au nom de Dieu n'en rougissez pas. Ce n'est point par impuissance, mais par dédain : ce n'est point par nécessité, mais par abondance. Il ne méprise les avantages du monde qu'à cause de la plénitude des trésors célestes ; et ce qui rend sa royauté plus auguste, c'est qu'elle ne veut rien de mortel. C'est pourquoi dans ce bienheureux mariage , dans lequel ce divin Epoux vous associe à son trône, il demande pour dot votre pauvreté. Nouveau mariage, mes Sœurs, oii le premier article que l'Epoux propose, c'est que l'épouse qu'il a choisie renonce à son héritage; où il l'oblige par son contrat à se dépouiller de tous ses droits ; où il

196 POUR rrîE PROFESSION.

appelle ses parens, non pour recevoir d'eux leurs Biens temporels, mais pour leur quitter à jamais ce qu'elle peut espérer par sa succession. C'est à cette condition que ce Roi crucifié vous épouse : car si son royaume étoit de ce monde , il en pourroit peutêtre demander les biens; mais son royaume n'étant pas du monde , il a raison d'exiger cette condition nécessaire : c'est que vous renonciez tout-à-fait au monde par la sainte profession de la pauvreté volontaire , dont il vous a donné l'exemple.

Le contrat qu'il vous propose, ma Sœur, les articles qu'il vous présente à signer sont compris en ces paroles du divin apôtre : Mihi mundus crucijixus estj et ego mundo (0 : « Le monde m'est cruci- » fié , et je suis crucifié au monde » . Où. vous devez remarquer, avec le docte saint Jean-Chrysostôme (2), que « ce n'est pas assez à l'apôtre que le monde soit ^) mort pour le chrétien ; mais qu'il veut encore , dit » ce saint évêque , que le chrétien soit mort pour le » monde » : et cela pour nous faire entendre que le commerce est rompu des deux côtés, et qu'il n'y a plus aucune alliance. « Car , poursuit ce docte in- » terprète , l'apôtre considéroit que non-seulement » les vivans ont quelque sentiment les uns pour les 3) autres ; mais qu'il leur reste encore quelque affec- » tion pour les morts : ils en conservent le souvenir, j) ils leur rendent quelques honneurs, ne seroient-ce 3) que ceux de la sépulture. C'est pourquoi l'apôtre » saint Paul ayant entrepris de nous faire entendre » jusqu'à quelle extrémité le fidèle doit se dégager » de l'amour du monde; ce n'est pas assez, nous

(») Gai, VI. 14. — W Lih. II de. Compunct. n. aj tom. i, p. i^ià

POUR rWE PROFESSION. 197

» dit - il , que le commerce soit rompu entre le 3) monde et le chrétien , comme il l'est entre les vi- M vans et les morts ; car il reste assez ordinairement M quelque affection en ceux qui survivent, qui va » chercher les morts dans le tombeau même : mais » tel qu'est un mort à l'égard d'un mort, tels doivent » être le monde et le chrétien ». Grande et admirable rupture ! Mais donnons-en une idée plus particulière.

Ce qui nous fait vivre au monde , c'est l'inclination pour les biens du monde; ce qui fait vivre le monde pour nous, c'est un certain éclat qui nous éblouit. La mort éteint les inclinations ; cette chaleur tempérée qui les entretient s'est entièrement ex-» halée : la mort ternit dans les plus beaux corps toute cette fleur de beauté, et fait évanouir cette bonne grâce. Ainsi le monde est mort pour le chrétien , en tant qu'il n'a plus d'attrait pour son cœur; et le chrétien est mort pour le monde, en tant qu'il n'a plus d'amour pour les biens qu'il donne. C'est ce qui s'appelle dans l'Ecriture être crucifié avec Jésus- Christ. C'est le traité qu'il nous fait signer en nous recevant au baptême : c'est le même qu'il vous propose dans «es noces spirituelles , ainsi qu'un sacré contrat, pour être observé par vous dans la dernière rigueur et dans la perfection la plus éminente : contrat digne de vous être lu dans la fête de la sainte Croix , digne de vous être offert par un Roi crucifié, digne d'être accepté humblement dans une profession solennelle , où l'on voue , devant Dieu et devant ses anges, un l%noncement éternel au mondé.

Méditez ce sacré contrat sous lequel Jésus-Christ

jq3 pouk une profession.

vous prend pour épouse : dites hautement avec le divin apôtre : Mihi mundus crucifixus est , et ego mundo. En effet , le monde ne vous est plus rien, et vous n'êtes plus rien au monde. Le monde ne vous est plus rien , puisque vous renoncez à ses espe'rances; et vous n'êtes plus rien au monde, puisqu'il ne vous comptera plus parmi les vivans. Votre famille vous perd , vous allez entrer dans un autre monde, vous ne tenez plus par aucun lien à la socie'te' civile ; et cette clôture vous est un tombeau , dans lequel vous allez être comme ensevelie. Que vos proches ne pleurent pas dans cette mort bienheureuse, qui vous fera vivre avec Je'sus-Christ. Son affection vous est assure'e ; puisque l'ayant acquis par la pauvreté', vous avez le moyen de gagner son cœur par la pureté' virginale : c'est ma seconde partie.

SECOND POINT

Pendant que Je'sus-Christ crucifie' vous parle luimême de son affection par autant de bouches qu'il a de blessures, et que son amour s'e'panche sur vous avec tout son sang par ses veines cruellement de'chire'es, il me semble peu ne'cessaire de voift dire combien il vous aime ; et vos yeux attache's sur la croix vous en apprendront plus que tous mes discours. Je remarquerai seulement, ma Sœur, que cet ardent amour qu'il témoigne, n'est pas seulement l'amour d'un Sauveur, mais encore l'amour d'un époux; et je l'ai appris de l'apôtre , qui , voulant donner aux chrétiens un modèle de l'amîfié conjugale , leur propose l'amour infini que Jésus -Christ montre à

POUR UNE PROPESSION. igg

son Eglise en se livrant pour elle à la croix. « Maris, » dit- il, aimez vos femmes, comme Je'sus- Christ a » aimé l'Eglise , et s'est donné lui-même pour elle » : T^iri, diligite uxores v e stras , sicut et Chris tus dî~ lexit Ecclesiam, et tradidit semetipsum pro ea (0. Ainsi dans cet amour du Sauveur, vous y trouverez l'amour d'un époux.

Il est bon de remarquer en passant, qu'ainsi le Fils de Dieu a aimé les hommes en toutes sortes de qualités qui peuvent donner de l'amour. 11 les a aimés comme un père ; il les a aimés comme un sauveur, comme un ami, comme un frère, comme un époux : et il nous aime sous tous ces titres ; afin que nous connoissions que l'amour, qui le fait mourir pour nous en la croix, a toutes les qualités d'un amour parfait. Il est fort comme l'amour d'un père , tendre comme l'amour d'une mère , bienfaisant comme l'amour d'un sauveur, cordial comme l'amour d'un bon frère, sincère comme l'amour d'un fidèle ami; mais ardent comme l'amour d'un époux. Mais cet amour de Jésus-Christ , dont parle l'apôtre , regarde généralement toute son Eglise : il faut montrer aux vierges sacrées leurs avantages particuliers , et les droits extraordinaires que leur donne leur chasteté sur le cœur de l'Epoux céleste.

Un mot de l'Apocalypse nous découvrira ce secret, et je vous prie de le bien entendre. Hi sunt, qui cum mulieribus non sunt coinquinati ; virgines enim sunt : hi sequuntur jàgnum quocumque ierit (2) j « Ceux-là, dit-il, sont les vierges qui suivent l'Agneau » partout où il va ». Telle est la prérogative des

(0 Ephes. V. aS. — W Apoc. xiv. 4-

vierges , dont le grand et admirable saint Augustin nous expliquera le mystère. Pour cela, il remarque avant toutes choses , que suivre Jésus - Christ c'est l'imiter autant qu'il est permis à des hommes : Hune in eo quisque sequitur, in quo imitatur i^) ; tellement que le suivre partout où il va, c'est l'imiter en tout ce qu'il fait. Ce fondement étant supposé, il est bien aisé de conclure que suivre l'Agneau partout où il va , c'est le privilège des vierges. Car si Jésus est doux et humble de cœur, si Jésus est simple et pauvre d'esprit , si Jésus est soumis et obéissant , s'il est miséricordieux et charitable ; et les vierges et les mariés peuvent le suivre dans toutes ces voies. Quoiqu'ils ne puissent pas y marcher de la même force, ils peuvent néanmoins, dit saint Augustin (^), s'attacher diligemment à tous ses pas, et insister fidèlement à tous ses vestiges : ils ne peuvent pas les remplir, mais ils peuvent y mettre le pied ; ils peuvent même le suivre jusqu'à cette noble épreuve de la charité, de laquelle lui-même a dit qu'il n'y en a point déplus grande (3), c'est-à-dire, jusqu'à mourir pour signaler son amour.

Jusqu'ici, ô divin Sauveur, vous pouvez être suivi de tous vos fidèles : mais après il se présente un nouveau sentier, où tous ne peuvent pas vous accompagner. Car, mes Frères, « cet Agneau sans tache » marche par un chemin virginal »; ce sont les mots de saint Augustin (4) : Ecce ille Agnus graditur iti~ nere virginali. Ce Fils de vierge est demeuré vierge; et trouvant au-dessous de lui-même la sainteté nup-

(») De sancta Kirginit. n. 27 ; tom. vi, col. Z5\. — (.») Ibid, n, a8. — (î) Joan. XV. i3. — (4) Ubi fuprà, n. 29.

POrn UNE PROFESSION. 201

tiale, il ne lui a voulu donner aucun rang, ni dans sa naissance, ni dans sa vie. Que de saints ne le peuvent suivre dans cette route sacre'e ! Non omnes capiunt verbum istud (0 : toutefois il ne veut pas y demeurer seul.

Accourez, ô troupe des vierges, et suivez partout ce grand Conducteur. Que les autres le suivent par* tout où ils peuvent j vous seules le pouvez suivre partout où il va , et entrer par ce moyen avec lui dans la plus intime familiarité. C'est la belle et heureuse suite de ce privilège incomparable : ces âmes pures et vii-ginales s'étant constamment attachées à suivre Jésus-Christ partout , cette preuve inviolable de leur amitié fait que Jésus s'attache réciproquement k les avoir toujours dans sa compagnie. Il fait toujours éclater sur elles un rayon de faveur particulière : il se met en leurs mains dans sa naissance, il les pose sur sa poitrine dans sa sainte cène, il ne les oublie pas à sa croix ; et les ayant tendrement aimées , il les aime jusqu'à la fin : Infinem dilexit eos (2). Une mère vierge, un disciple vierge y reçoivent les dernières preuves de son amitié j et ne voulant pas sortir de ce monde sans les honorer de quelque présent, comme il ne voit rien de plus grand que ce que consacre la virginité, il les laisse mutuellement l'un à l'autre : « Femme, lui dit -il, voilà » votre fils »; et « Fils, voilà votre mère (5) ». H n'est pas jusqu'à son sépulcre qu'il veut trouver vierge ; tant il a d'amour pour la virginité.

Recherchons encore, mes Sœurs, pour épuiser cette matière importante , d'où vient que le Fils de

(0 MaUh. JUS. 1 1 (») Joan. xiii. i. — (3) /^j. jux. a6, 27.

Dieu fait ses plus chères délices d'un cœur virginal, et ne ti'ouve rien de plus digne de ses chastes embrassemens. C'est à cause qu'un cœur virginal se donne à lui sans aucun partage, qu'il ne brûle point d'autres flammes, et qu'il n'est point occupé par d'autres affections. Qui pourroit assez exprimer quelle grande place y tient un époux, et combien il attire d'amour après soi? Ensuite naissent les enfans, dont chacun emporte sa part, qui lui est mieux due et plus assurée que celle de son héritage. Parmi tant de désirs divers, à combien de sortes d'objets le cœur est-il contraint de s'ouvrir? L'esprit, dit l'apôtre, en est divisé : Sollicitus et dwisus est (0 ; et dans ce fâcheux partage , nous pouvons dire avec le Psalmiste : Sicut aqua effusus sum ip) : « Je suis répandu comme de » l'eau »; et cette vive source d'amour, qui devoit tendre toute entière au ciel, multipliée et divisée en tant de ruisseaux , se va perdre deçà et delà dans la terre. Pour empêcher ce partage , la sainte virginité vient fermer le cœur : Ut signaculum super cor tuum (3) : elle y appose comme un sceau sacré qui empêche d'en ouvrir l'entrée 5 si bien que Jésus- Christ y règne tout seul : et c'est pourquoi il aime ce cœur virginal , parce qu'il possède en repos , sans distraction , toute l'intégrité de son amour.

C'est ainsi, ô pudique épouse, que vous devez aiïner Jésus-Christ : tout l'amour que vous auriez pour un cher époux, vous le devez, dit saint Augustin , au Sauveur des âmes. Mais que dis -je ? vous lui en devez beaucoup davantage : car cette femme que -yous voyez, qui chérit si tendrement son mari, or-

C>) /. Cor. vu. 33. — {V Ps. XXI. i5. — '?) Cant. vm. 6.

POUR UNE PROFESSION. 2o3

dinairement ne le choisit pas ; mais plutôt il lui est échu en partage par des conjonctures imprévues. Elle aime celui qu'on lui a donné ; mais avant qu'on le lui donnât, son cœur a erré long- temps sur la multitude par un vague désir de plaire : s'il ne s'est donné qu'à un seul , il s'est du moins offert à plusieurs ; et ne discernant pas dans la troupe cet unique qui lui étoit destiné , son amour est demeuré longtemps suspendu , tout prêt à tomber sur quelque autre. Il n'en est pas de la sorte de l'Epoux que vous embrassez : jamais vous n'avez balancé dans un si beau choix , et il a emporté d'abord vos premières inclinations. Comme donc vous le voyez attaché en croix, attachez -le fortement à tout votre cœur: Toto vobis Jigatur in corde j qui pro vobis jixus est in cruce. « Cédez-lui dans votre esprit toute l'éten- » due que vous n'avez pas voulu laisser occuper par » le mariage » : Totum teneat in animo vestro , quidquid noluistis occupari connubioi^). Cédez, vous lui en devez înême beaucoup davantage, parce que vous devez chérir, bien plus qu'un époux , celui qui vous fait résoudre à ne vous donner jamais à aucun époux; et il ne vous est pas permis de l'aimer d'une affection médiocre , puisque vous renoncez pour l'amour de lui aux affections les plus grandes, et tout ensemble les plus légitimes.

Courez donc après cet Amant céleste; joignez-vous à cette troupe innocente'qui le suit partout où il va , accompagnant ses pas de pieux cantiques. Les Agathes et les Céciles, les Agnès et les Luces vous tendent les bras, et vous montrent la place qui vous est

(') De sanua Virginit, n, 56^ tom. yi^ col. 368.

2o4 POUR UNE PROFESSION.

marquée. Pour entrer dans cette assemblée , soyez vierge d'esprit et de corps ; que cet amour de la pureté , qui se forme dans votre cœur, se répande sur tous vos sens. Conservez votre ouïe; c'est par -là qu'Eve a été séduite : gardez soigneusement votre vue; et songez que .ce n'est pas en vain qu'on vous donne « un voile , comme un rempart de votre pu- » deur, qui empêche vos yeux de s'égarer , et qui ne » permette pas, dit le grave Tertullien, à ceux des » autres de se porter sur vous » : J^allum verecundiœ ^ quod nec tuos emiUat oculos , nec admittat aliénas (0. Surtout gardez votre cœur, et ne dédaignez pas les petits désordres , parce que c'est par-là que les grands commencent , et que l'embrasement , qui consume tout, est excité souvent par une étincelle. Ainsi un chaste agrément vous conservera ce que la grâce de votre Epoux vous a accordé : ainsi vous posséderez toujours son affection , et jamais vous n'offenserez sa jalousie. Il faut encore vous dire un mot de la jalousie de votre Epoux , et c'est par où je m'en vais conclure,

TROISIÈME POINT

Que Dieu soit jaloux, chrétiens, il s'en vante si souvent, dans son Ecriture, qu'il ne nous permet pas de l'ignorer. C'est une des qualités qu'il se donne dans le Décalogue : « Je suis , dit-il, le Seigneur ton » Dieu , fort et jaloux » , Fortis , zelotes (2) ; et cette qualité de jaloux lui est si propre et si naturelle , qu'elle fait un de ses noms, comme il est écrit dans

CO De F'irg. veland. n. i6. — W Exod. xx. 5.

POUR UNE PROFESSION» 2o5

l'Exode : Dominns , zelotes nomen ejus (0. Il paroît donc assez que Dieu est jaloux, et peu de personnes l'ignorent : mais que l'ouvrage de notre salut et la mort du Fils de Dieu à la croix soient un effet de sa jalousie j c'est ce que vous n'avez pas peut-être encore entendu , et ce qu'il est nécessaire que je vous explique , puisque mon sujet m'y conduit.

A la vérité, chrétiens , il n'est pas aisé de comprendre de quelle sorte s'accomplit un si grand mystère. Car que la jalousie du Dieu des armées le porte à châtier ceux qui le méprisent, je le conçois sans difficulté ; c'est l'effet ordinaire de la jalousie ; et je remarque aussi dans les saintes Lettres que Dieu n'y parle guère de sa jalousie , qu'il ne nous fasse en même temps craindre ses vengeances, « Je suis un » Dieu jaloux , dit le Seigneur » , Deus zelotes ; et il ajoute aussitôt après : « visitant les iniquités des ï) pères sur les enfans » : visitans iniquitates patruni injilios (2). Dieu est jaloux, dit Moïse : il dit dans le même lieu « que le feu de sa jalousie brûle les pé- » cheurs » : Dominas Deus tuus ignis consumens est , Deus œmulator (3). Et le prophète Nahum a joint ces deux choses : « Le Seigneur est un Dieu jaloux , » et le Seigneur est un Dieu vengeur » , Deus œmulator, et ulciscens Dominus (4) ; tant ces deux qualités sont inséparables.

Que s'il est ainsi, chrétiens, se peut- il faire que nous rencontrions le principe de notre salut dans la jalousie , qui semble être la source des vengeances ; et après que le prophète a uni le Dieu jaloux et le

(•) Exod. XXXIV. 14 W Ibid. XX, 5. — (3) Deut. iT. 24. —

(4) Nali. I. 2.

2o6 POUR UNE PROFESSION.

Dieu vengeur, oserons-nous espe'rer de trouver ensemble un Dieu jaloux et un Dieu sauveur ? Peutêtre aurions - nous peine à le croire , si nous n'en avions appris le secret de la bouche d'un autre prophète. C'est le piophète Isaïe, dont voici des paroles remarquables : De Jérusalem exibunt reliquiœ , et salvatio de monte Sion : zelus Dom,ini exercîtuuni faciet istudiX): « Dans les ruines de Jérusalem il » restera un grand peuple que Dieu délivrera de la » mort, et le salut paroîtra en la montagne de Sion: M la jalouise du Dieu des armées fera cet ouvrage ».' Après un oracle si clair, il n'est plus permis de douter que ce ne soit la jalousie du Dieu des armées qui ait sauvé le peuple fidèle.

Mais pour pénétrer un si grand mystère , reprenons les choses d'un plus haut principe, et rappelons à notre mémoire la témérité de cet ange , qui , par une audace inouie , voulut s'égaler à Dieu et se placer jusque dans son trône. Vous savez qu'étant repoussé de sa main puissante , et précipité dans l'abîme , il ne peut encore quitter le premier dessein de son audace démesurée. Il se déclare hautement le rival de Dieu; c'est ainsi que le nomme TertuUien ; yEmulus Dei (2) ; « le rival , le jaloux de Dieu » : il se veut faire adorer en sa place ; et s'il n'a pu occuper son trône , il lui veut du moins enlever son bien. Il entre dans le paradis terrestre , furieux et désespéré : il y trouve l'image de Dieu , c'est - à - dire , l'homme; image chérie et bien aimée, que Dieu avoit établie dans son paradis de délices, qu'il avoit formée de sa main et animée de son souffle. Ce n'étoit

(i) Isai. xxxvn. 3a. — W De Spect. n. 3.

POUR UNE PROPESSIOir. 20T

qu'une créature ; mais enfin elle étoit aimée par son Créateur : il ne l'avoit pétrie que d'un peu de boue; mais cette boue avoit été formée de sa main. Ce vieux serpent la séduit, il la corrompt. Surprise par ses flatteries, elle s'abandonne à lui : la parjure qu'elle est , l'ingrate et l'infidèle qu'elle est ; au milieu des bienfaits de son époux, dans le lit même de son époux , pardonnez - moi la hardiesse de cette parole, que je ne trouve pas encore assez forte pour exprimer l'indignité de cette action ; dans le lit même de son époux elle se prostitue à son rival.

O insigne infidélité ! ô lâcheté sans exemple ! Falloit-il quelque chose de plus qu^cette honteuse prostitution , faite à la face de Dieu , pour l'exciter à jalousie? Il s'y excite en effet d'une étrange sorte. Quoi , mon épouse s'est fait enlever, mon image s'est laissé corrompre , elle que j'avois faite avec tant d'amour, dont j'avois moi-même formé tous les traits, que j'avois animée d'un souffle de vie , sorti de ma propre bouche !

Que fera , mes Frères , ce Dieu fort et jaloux, irrité d'un abandonnement si infâme ? que fera-t-il à cette épouse infidèle, qui a méprisé un si grand amour? Certainement il pouvoit la perdre ; mais, ô jalousie miséricordieuse , il a mieux aimé la sauver. O rival , il ne veut point qu'elle soit ta proie ; il ne la peut souffrir en tes mains. Cet indigne spectacle irritant son cœur, il court après pour la retirer, et descend du ciel en la terre pour chercher son épouse qui s'y est perdue : Venit quœrere quod perierat (0. La manière dont il se sert pour nous délivrer montre

CO 3ifa«A. XYiii. 11.

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assez, si nous l'entendons, que c'est la jalousie qui le fait agir : car il n'envoie ni ses anges, ni ses archanges , qui sont les ministres ordinaires de ses volontés. Il a peur que son épouse volage , devant sa liberté à d'autres qu'à lui , ne partage encore son cœur, au lieu de le conserver tout entier à son Epoux légitime j c'est pourquoi il vient lui-même en personne : Deus ipse veniet, et salvabit nos (i). S'il faut des supplices , c'est lui qui les souffre : s'il faut du sang, c'est lui qui le donne; afin que nous comprenions que c'est à lui que nous devons tout , et que nous lui consacrions tout notre amour, comme nous tenons de lui seul tout notre salut.

De là vient que nous lisons, dans son Ecriture, qu'il n'est pas moins jaloux de sa qualité de Sauveur |

que de celle de Seigneur et de Dieu. Ecoutez de quelle sorte il en parle : Ego Dominus, et non est ultra Deus ahsque me : Deus justus , et sali^ans non est prœter mei"^). Ne vous semble -t- il pas, chré- 1

tiens , que ce Dieu jaloux adresse sa voix à la nature |

humaine infidèle, ainsi qu'un amant passionné, mais dont on a méprisé l'amour. O volage , ô prostituée , qui m'as quitté pour mon ennemi , regarde que c'est moi qui suis le Seigneur , et il n'y a point de Dieu que moi : mais considère encore, ô parjure , infidèle , qu'il n'y a que moi qui te sauve ; et si tu m'as oublié après t'avoir créée, reviens du moins à moi quand je te délivre. Voyez comme il est jaloux de sa qualité de Sauveur. Et ailleurs , se glorifiant de l'ouvrage de notre salut : « C'est moi, » c'est moi , dit-il , qui l'ai fait ; ce ne sont ni mes

C«) Isai. xxxY. 4- — W Ibid. xi.y. a i .

» anges,

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» anges, ni mes archanges, ni aucune des vertus cé- » lestes : c'est moi seul qui l'ai fait , c'est moi seul » qui vous porterai sur mes épaules , enfin c'est moi M seul qui vous sauverai » : Ego Jhcij ego feram , ego portabo, ego salwabo'i^) : tant il est jaloux de cette gloire ; et c'est , mes Sœurs, cette jalousie qui l'attache sur cette croix, dont nous célébrons aujourd'hui la fête.

Car, dit excellemment saint Jean-Chrysostôme (2), comme un amant passionné, voyant celle qu'il recherche avec tant de soin gagnée par les présens de quelque autre, qui prétend à ses bonnes grâces, multiplie aussi sans mesure les marques de son amitié pour emporter le dessus; de même en est -il du Sauveur des âmes. Il voit que nous recevons à pleines mains les présens de son rival , qui nous amuse par une pomme, qui nous gagne par des biens trompeurs qui n'ont qu'une légère apparence : pour détourner nos yeux et nos cœurs de ses libéralités pernicieuses, il redouble ses dons jusqu'à l'infini; et son amour excessif voulant faire un dernier effort, le fait enfin monter sur la croix , oii il nous donne non-seulement sa gloire et son trône, mais encore son corps et son sang, et sa personne et sa vie : enfin , se donnant lui-même , que ne nous donnet-il pas? Et nous faisant un si grand présent, il me semble qu'il nous dit à tous : Voyez si ce prétendant que vous écoutez pourra jamais égaler un tel amour et une telle munificence. C'est ainsi qu'il parle , c'est

(■) Isai. xLvi. 4> "- W In EpisU i. ad Cor. Hom. zxir, n. a j tom, x ,

B0SSU£T. XYII. l4

ainsi qu'il fait; et nous pourrions nous défendre d'une jalousie si obligeante?

Mais, ma Sœur, si l'Fî^poux céleste a l'ardeur et les transports des jaloux , il en a les regards et la vigilance. Il a des yeux de jaloux , toujours ouverts, toujours appliqués pour veiller sur vous, pour étudier tous vos pas, pour observer toutes vos démarches. J'ai remarqué dans le saint cantique deux regards de l'Epoux céleste : il y a un regard qui admire, et c'est le regard de l'amant : il y a un regard qui observe, et c'est le regard du jaloux. « Que vous êtes belle, ô fille de prince» , dit l'Epoux à la chaste épouse (0 ! Cette ardente exclamation vient d'un regard qui admire, et il n'est pas indigne du divin Epoux, dont il est dit dans son Evangile qu'il admira la foi du Centenier (2}. Mais voulez-vous voir maintenant quel est le regard du jaloux? « Il est venu, dit l'Epouse, le bien-aimé de » mon cœur, regardant par les fenêtres, guettant » par "les treillis» : Dilectus meus venit , respiciens perfonestras , prospiciens per cancellos (3). 11 vient en cette sorte pour vous observer, et c'est le regard de la jalousie : de là naissent et ces grilles et cette clôture. Il vous renferme soigneusement , il rend de toutes parts l'abord difficile ; il compte tous vos pas, il règle votre conduite jusqu'aux moindres choses : ne sont-ce pas des actions d'un amant jaloux ? 11 n'en fait pas ainsi au commun des homiues : mais c'est que s'il est jaloux des autres fidèles , il l'est beaucoup plus de ses épouses. Etant donc ainsi observée de

('} Cant. vu. 1,6.— W MaUh. ym. 10. — ^3) Cant. 11. 9.

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près, pour vous garantir des effets d'une jalousie si délicate, il ne vous reste, ma Sœur, qu'une obéissance toujours ponctuelle, et un entier abandonnement de vos volontés. C'est ce que je vous recommande en finissant ce discours; et afin que vous compreniez combien cette obéissance vous est nécessaire, je vous dirai la raison pour laquelle elle vous défend de la jalousie de votre Epoux.

Ce qui excite Dieu à jalousie, c'est lorsque l'homme se veut faire Dieu , et entreprend de lui ressembler. Mais il ne s'offense pas de toute sorte de ressemblance : car il nous a faits à son image, et il y a de ses attril^uts dans lesquels il n'pst pas jaloux que nous tâchions de lui ressembler; au contraire il nous le commande. Par exemple, voyez sa miséricorde, combien riche, combien» éclatante; il vous est ordonné de vous conformer à cet admirable modèle : Estote miséricordes , sicut et Pater vester misericors est {^) : « Soye? miséricordieux, comme » l'est votre Père céleste ». Ainsi, comme il est véritable , vous pouvez l'imiter dans sa vérité : il est juste, vous pouvez le suivre dans sa justice : il est saint; et encore que sa sainteté semble être entièrement incommunicable, il ne se fâche pas toutefois que vous osiez porter vos prétentions jusqu'à l'honneur de lui ressembler dans ce merveilleux attribut, lui-même vous y exhorte : « Soyez saints; » parce que je suis saint » : Sancti estote ; quoniam ego sanctus sutn (2).

Quelle est donc cette ressemblance qui lui cause

0) Luc. yi. 36. — W Levit. xi. 44*

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tant de jalousie ? C'est lorsque nous lui voulons ressembler dans l'autorité souveraine ; lorsque nous voulons l'imiter dans l'honneur de l'indépendance , et prendre pour loi notre volonté, comme luimême n'a point d'autre loi que sa volonté absolue. C'est là le point chatouilleux , c'est là l'endroit délicat ; c'est alors que sa jalousie repousse avec violence tous ceux qui veulent s'approcher ainsi de sa majesté souveraine. Par conséquent, si sa jalousie s'irrite seulement contre notre orgueil ; qui ne voit que la soumission est l'unique moyen pour nous en défendre ? Il est jaloux quand vous prenez pour loi votre volonté. Pour empêcher les effets de sa jalousie , abandonnez votre volonté. Soyons des Dieux , il nous est permis, par l'imitation de sa justice, de sa bonté, de sa sainteté, de sa miséricorde toujours bienfaisante. Quand il s'agira de puissance et d'autorité, tenons-nous dans les bornes d'une créature, et ne portons pas nos désirs à une ressemblance si dangereuse.

Mais si nous ne pouvons ressembler à Dieu dans cette souveraine indépendance , admirons , mes Sœurs , sa bonté suprême qui a voulu nous ressembler dans la soumission. Jetez les yeux de la foi sur ce Dieu obéissant jusqu'à la mort, et à la mort de la croix. A la vue d'un abaissement si profond, qui pourroit refuser de se soumettre ? Vous vivez , ma Sœur, dans un monastère , où la sage ablJesse qui vous gouverne vous doit faire trouver la soumission non - seulement fructueuse, mais encore douce et 4ésirable. Mais quand vous auriez à souffrir une

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autre conduite ; de quelle obéissance vous pourriezvous plaindre, en voyant celle du Sauveur des âmes , et à la volonté de quels hommes l'a livré et abandonné son Père céleste? C'a été à la volonté de Judas, à celle de Pilate et des pontifes, à celle des soldats inhumains qui , ne gardant avec lui aucune mesure, ont fait de lui tout ce qu'ils ont voulu : Feceruntin eo quœcumque voluerunt (0. Après cet exemple de soumission, vous ne sauriez descendre assez bas ; et vous devez chérir les dernières places qui, depuis l'abaissement du Dieu -homme, sont devenues désormais les plus honorables.

. (0 MatUuxyn. la.

2l4 l'OUR UKE PROFESSION.

SERMON

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