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affamée de cette viande céleste, et toujours tremblante en la recevant , quoiqu'elle ne pût assez communier pour son désir , elle ne cessoit de se plaindre humblement et modestement des communions fréquentes qu'on lui ordonnoit. Mais qui eût pu refuser l'Eucharistie à l'innocence, et Jésus-Christ à une foi si vive et si pure ? La règle que donne saint Augustin, est de modérer l'usage de la communion, quand elle tourne en dégoût. Ici on voyoit toujours une ardeur nouvelle, et cette excellente pratique de, chercher dans la communion la meilleure préparation , comme la plus parfaite action de grâces pour la communion même. Par ces admirables pratiques, cette Princesse est venue à sa dernière heure sans qu'elle eût besoin d'apporter à ce terrible passage une autre préparation que celle de sa sainte vie^ et les hommes, toujours hardis à juger les autres, sans épargner les souverains, car on n'épargne que soi-même dans ses jugemens ; les hommes, dis -je, de tous les états, et autant les gens de bien que les autres, ont vu la Reine emportée avec une telle précipitation dans la vigueur de son âge , sans être en inquiétude pour son salut. Apprenez donc, chrétiens , et vous principalement qui ne pouvez vous accoutumer à la pensée de la mort , en attendant que vous méprisiez celle que Jésus-Christ a vaincue, ou même que vous aimiez celle qui met fin à nos péchés, et nous introduit à la vraie vie, apprenez à la désarmer d'une autre sorte, et embrassez la belle pratique, où, sans se mettre en peine d'attaquer la mort, on u'a besoin que de s'appliquer à sanctifier sa vie.
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La France a vu de nos jours deux reines plus unies encore par la piété que par le sang, dont la mort également précieuse devant Dieu , quoiqu'avec des circonstances différentes , a été d'une singulière édification à toute l'Eglise. Vous entendez bien que je veux parler d'ANNE d'Autriche et de sa chère ' nièce , ou plutôt de sa chère fille Marie-Thérèse ; Anne dans un âge déjà avancé, et Marie-Thérèse dans sa vigueur ; mais toutes deux d'une si heureuse constitution , qu'elle sembloit nous promettre le bonheur de les posséder un siècle entier , nous sont enlevées contre notre attente, l'une par une longue maladie, et l'autre par un coup imprévu. Anne, avertie de loin par un mal aussi cruel qu'irrémédiable, vit avancer la mort à pas lents, et sous la ligure qui lui avoit toujours paru la plus affreuse : Marie-Thérèse aussitôt emportée que frappée par la maladie , se trouve toute vive et toute entière entre les bras de la mort sans presque l'avoir envisagée. A ce fatal avertissement , Anke pleine de foi ramasse toutes les forces qu'un long exercice de la piété lui avoit acquises , et regarde sans se troubler toutes les approches de la mort. Humiliée sous la main de Dieu, elle lui rend grâces de l'avoir ainsi avertie ; elle multiplie ses aumônes toujours abondantes ; elle redouble ses dévotions toujours assidues -, elle apporte de nouveaux soins à l'examen de sa conscience toujours rigoureux. Avec quel renouvellement de foi et d'ardeur lui vîmes-nous recevoir le saint Viatique! Dans de semblables actions, il ne fallut à Marie -Thérèse que sa ferveur ordinaire : sans avoir besoin de la mort pour exciter sa piété,
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sa piété s'excitoit toujours assez elle-même , et prenoit dans sa propre force un continuel accroissement. Que dirons -nous, chrétiens, de ces deux reines? Par l'une Dieu nous apprit comment il faut profiter du temps , et l'autre nous a fait voir que la vie vraiment chrétienne n'en a pas besoin. En effet , chrétiens, qu'attendons-nous? Il n'est pas digne d'un chrétien de ne s'évertuer contre la mort qu'au moment qu'elle se présente pour l'enlever. Un chrétien toujours attentif à combattre ses passions « meurt M tous les jours » avec l'apôtre (0 : Quotidie morior. Un chrétien n'est jamais vivant sur la terre , parce qu'il y est toujours mortifié, et que la mortification est un essai , un apprentissage , un commencement de la mort. Vivons-nous, chrétiens, vivons-nous? Cet âge que nous comptons , et où tout ce que nous comptons n'est plus à nous, est-ce une vie? et pouvons - nous n'apercevoir pas ce que nous perdons sans cesse avec les années? Le repos et la nourriture ne sont-ils pas de foibles remèdes de la continuelle maladie qui nous travaille ? et celle que nous appelons la dernière, qu'est-ce autre chose, à le bien entendre , qu'un redoublement, et comme le dernier accès du mal que nous apportons au monde en naissant? Quelle santé nous couvroit la mort que la Reine portoit dans le sein ! De combien près la menace a-t-elle été suivie du coup ! et où en étoit cette grande Reine , avec toute la majesté qui l'environnoit, si elle eût été moins préparée ? Tout d'un coup on voit arriver le moment fatal , où la terre n'a plus rien pour elle que des pleurs. Que peuvent tant de
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fidèles domestiques empresse's autour de son lit? Le Roi même, que pouvoit-il , lui, Messieurs, lui qui succomboit à la douleur avec toute sa puissance et tout son courage? Tout ce qui environne ce Prince l'accable. Monsieur, Madame venoient partager ses déplaisirs , et les augmentoient par les leurs. Et vous. Monseigneur, que pouviez -vous que de lui percer le cœur par vos sanglots ? Il l'avoit assez percé par le tendre ressouvenir d'un amour qu'il trouvoit toujours également vif après vingt-trois ans écoulés. On en gémit , on en pleure ; voilà ce que peut la terre pour une Reine si chérie : voilà ce que nous avons à lui donner , des pleurs , des cris inutiles. Je me trompe , nous avons encore des prières ; nous avons ce saint sacrifice , rafraîchissement de nos peines , expiation de nos ignorances , et des restes de nos péchés. Mais songeons que ce sacrifice d'une valeur infinie, où toute la croix de Jésus est renfermée , ce sacrifice seroit inutile à la Reine , si elle n'avoit mérité par sa bonne vie que l'effet en pût passer jusqu'à elle : autrement , dit saint Augustin (i), qu'opère un tel sacrifice? Nul soulagement pour les morts , une foible consolation pour les vivans. Ainsi tout le salut vient de cette vie, dont la fuite p\-éqipitée nous trompe toujours. « Je viens, 5) dit Jésus-Christ (2) , comme un voleur ». Il a fait selon sa parole; il est venu sui-prendre la Reine dans le temps que nous la croyions la plus saine , dans le temps qu'elle se trouvoit la plus heureuse. Mais c'est ainsi qu'il agit : il trouve pour nous tant de tenta-
(>) Serm. clxxii; tom. v, col. 827.
W Veniam ad te tanquam fur. Apoc. m. 3.
tions
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tions et une telle malignité dans tous les plaisirs , qu'il vient troubler les plus innocens dans ses élus. Mais il vient, dit-il , « comme un voleur » , toujours surprenant, et impénétrable dans ses démarches. C'est lui-même qui s'en glorifie dans toute son Ecriture. Comme un voleur, direz-vous, indigne comparaison ! N'importe, qu'elle soit indigne de lui, pourvu qu'elle nous effraie, et qu'en nous effrayant elle nous sauve. Tremblons donc , chrétiens , tremblons devant lui à chaque moment ; car qui pourroit ou l'éviter quand il éclate , ou le découvrir quand il se cache? « Ils mangeoient, dit-il (0, ilsbuvoient, » ils achetoient, ils vendoient, ils plantoient, ils » bâtissoient , ils faisoient des mariages aux jours de » Noé et aux jours de Lot » , et une subite ruine les vint accabler. Ils mangeoient, ils buvoient, ils se marioient. C'étoit des occupations innocentes : que sera-ce , quand en contentant nos impudiques désirs , en assouvissant nos vengeances et nos secrètes jalousies, en accumulant dans nos coffres des trésors d'iniquité, sans jamais vouloir séparer le bien d' autrui d'avec le nôtre ; trompés par nos plaisirs, par nos jeux, par notre santé, par notre jeunesse, par l'heureux succès de nos afikires , par nos flatteurs , parmi lesquels il faudroit peut-être compter des directeurs infidèles que nous avons choisis pour nous séduire , et enfin par nos fausses pénitences qui ne sont suivies d'aucun changement de nos mœurs,
(i) Sicut factum est in diebas Noe, ita «rit et in diebus Filii bominis... Uxores ducebant, et dabautur ad uuptias.... Similiter sicut factum est in diebus Lot : edebant et bibebaut j emebaut et vendebant; plantabant et aedificabant. Lucumu. 26, ay, 28.
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nous viendrons tout- à -coup au dernier jour. La sentence partira d'en haut : « La fin est venue, la » fin est venue ». Finis venit , venil finis. « La fin » est venue sur vous ». Nunc finis super te (0 : tout va finir pour vous en ce moment. Tranchez , « con- » cluez » : Fac conclusionem (2). Frappez l'arbre infructueux qui n'est plus bon que pour le feu : « coupez l'arbre , arrachez ses branches , secouez » ses feuilles, abattez ses fruits (3) » : périsse par un seul coup tout ce qu'il avoit avec lui-même. Alors s'élèveront des frayeurs mortelles, et des grincemens de dents , préludes de ceux de l'enfer. Ah ! mes Frères, n'attendons pas ce coup terrible! Le glaive qui a tranché les jours de la Reine est encore levé sur nos têtes ; nos péchés en ont affilé le tranchant fatal. « Le glaive que je tiens en main , dit le Sei- » gneur notre Dieu , est aiguisé et poli : il est ai- » guisé, afin qu'il perce; il est poli et limé, afin » qu'il brille (4) ». Tout l'univers en voit le brillant éclat. Glaive du Seigneur, quel coup vous venez de faire ! Toute la terre en est étonnée. Mais que nous sert ce brillant qui nous étonne, si nous ne prévenons le coup qui tranche? Prévenons-le, chrétiens, par la pénitence. Qui pourroit n'être pas ému à ce spectacle? Mais ces émotions d'un jour, qu'opèrentelles? Un dernier endurcissement, parce qu'à force d'être touché inutilement , on ne se laisse plus tou-
{») Ezech. vu. 2. — (») Ibid. a3.
C) Clamavit fortiler, et sic ait : Saccidite arborem , et praecidite ramos ejus ; excutite folia ejus j et dispergite fructus ejus. Dan. iv. 1 1 .
(4) Hœc dicit Dominus Deus : Loquere : Gladius, gladius exacutus est , et limatus. Ut caedat victimas, exacutus est : ut f pleadeat, limatus est. Ezech. xxi. 9, 10.