LXXIII
(ï) Qui dicebas in corde tuo : In cœlum conscendam 5 super aslra Dei exaltabo solium meum.... Ascetidam super altitucUaem nubium ; similis ero Altissimo. Isai. xiv. i3, 14.
une nourriture plus solide. Ainsi l'ame supérieure domine de tous côtés cette impérieuse grandeur, et ne lui laisse dorénavant aucune place. David ne donna jamais de plus beau combat. Non, mes Frères, les Philistins défaits, et les ours mêmes déchirés de ses mains, ne sont rien à comparaison de sa grandeur qu'il a domptée. Mais la sainte Princesse que nous célébrons, l'a égalé dans la gloire d'un si beau triomphe.
Elle sut pourtant se prêter au monde avec toute la dignité que demandait sa grandeur. Les rois, non plus quelle soleil , n'ont pas reçu en vain l'éclat qui les environne : il est nécessaire au genre humain-, et ils doivent, pour le repos autant que pour la décoration de l'univers, soutenir une majesté qui n'est qu'un rayon de celle de Dieu. Il étoit aisé à la l.eine de faire sentir une grandeur qui lui étoit naturelle. Elle étoit née dans une Cour oîi la majesté se plaît à paroître avec tout son appareil, et d'un père qui sut conserver avec une grâce , comme avec une jalousie particulière , ce qu'on appelle en Espagne les coutumes de qualité et les bienséances du palais. Mais elle aimoit mieux tempérer la majesté , et l'anéantir devant Dieu, que de la faire éclater devant les hommes. Ainsi nous la voyions courir aux autels , pour y goûter avec David un humble repos, et s'enfoncer dans son oratoire, où, malgré le tumulte de la Cour, elle trouvoit le Carmel d'Elie, le désert de Jean , et la montagne si souvent témoin des gémissemens de Jésus.
J'ai appris de saint Augustin que « l'ame atten- » tive se fait à elle-même une solitude ». Gignit
cnim
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enim sibi ipsa mentis intentio solitudinem (*). Mais> mes Frères , ne nous flattons pas ; il faut savoir se donner des heures d'une solitude eflfective, si l'on veut conserver les forces de l'ame. C'est ici qu'il faut admirer l'inviolable fidélité que la Reine gardoit à Dieu. Ni les divertissemens , ni les fatigues des voyages, ni aucune occupation ne lui faisoit perdre ces heures particulières qu'elle destinoit à la méditation et à la prière. Auroit-elle été si persévérante dans cet exercice, si elle n'y eût goûté « la manne » cachée , que nul ne connoît , que celui qui en res- » sent les saintes douceui^ (2) » ? C'est là qu'elle disoit avec David : « O Seigneur, votre servante a trouvé » son cœur pour vous faire cette prière » ! Invenit ser'vus tuus cor smirn (5). Où allez-vous, cœurs égarés ? Quoi, même pendant la prière, vous laissez errer votre imagination vagabondej vos ambitieuses pensées vous reviennent devant Dieu ; elles font même le sujet de votre prière ! Par l'effet du même transport qui vous fait parler aux hommes de vos prétentions , vous en venez encore parler à Dieu , pour faire servir le ciel et la terre à vos intérêts. Ainsi votre ambition , que la prière devoit éteindre, s'y échauffe : feu bieu différent de celui que David « sentoit allumer dans sa » méditation (4) ». Ah! plutôt puissiez-vous dire avec ce grand Roi, et avec la pieuse Reine que nous
(') De diluer s. Qucesl. adSimplic. lib. ii , Quœst. ivj tom. vi, col. 1 1 8 . W Vincenli dabo manna absconditumj.... et.... nomen noyam.... qaod nemo scit, nisi qui accipit. Apoc, ii. 17.
(3) //. Reg. VII. 27.
(4) Concaluit cor raeum intra me; et in meditatione mea exardescet ignis. PsaL xxxtiii. 4*
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honorons : « O Seigneur , votre serviteur a trouvé » son cœur » ! J'ai rappelé ce fugitif, et le voilà tout entier devant votre face.
Ange saint , qui présidiez à l'oraison de cette sainte Princesse, et qui portiez cet encens au-dessus des nues pour le faire brûler sur l'autel que saint Jean a vu dans le ciel (0 , racontez-nous les ardeurs de ce cœur blessé de l'amour divin : faites - nous paroître ces torrens de larmes que la Reine versoit devant Dieu pour ses péchés. Quoi donc , les âmes innocentes ont-elles aussi les pleurs et les amertumes de la pénitence? Oui sans doute , puisqu'il est écrit que « rien n'est pur sur la terre (2) » , et que « celui qui » dit qu'il ne pèche pas se trompe lui-même (3) m. Mais c'est des péchés légers j légers par comparaison , je le confesse : légers en eux-mêmes; la Reine n'en connoît aucun de cette nature. C'est ce que porte en son fonds toute ame innocente. La moindre ombre se remarque sur ces vêtemens qui n'ont pas encore été salis , et leur vive blancheur en accuse toutes les taches. Je trouve ici les chrétiens trop savans. Chrétien , tu sais trop la distinction des péchés véniels d'avec les mortels. Quoi , le nom commun de péché ne suffira pas pour te les faire détester les uns et les autres? Sais-tu que ces péchés, qui semblent légers, deviennent accablans par leur multitude , à cause des funestes dispositions qu'ils mettent dans les consciences? C'est ce qu'enseignent d'un commun accord
(») Apoc. VIII. 3.
(»i Cœli non sunt mundi in conspectu ejus. Joh. xv. i5. (3) Si dixerimus quoniam peccatum non habemus, ipsi nos seducimus. l.Joan. i."8.
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tous les saints docteurs, après saint Augustin et saint Grégoire. Sais-tu que les péchés , qui seroient véniels par leur objet , peuvent devenir mortels par l'excès 'de l'attachement ? Les plaisirs innocens le deviennent bien , selon la doctrine des saints ; et seuls ils ont pu damnei- le mauvais riche pour avoir été trop goûtés. Mais qui sait le degré qu'il faut pour leur inspirer ce poison mortel ? et n'est-ce pas une des raisons qui fait que David s'écrie : Delicta cuis zntelligit {^) ? « Qui peut connoître ses péchés » ? Que je hais donc ta vaine science, et ta mauvaise subtilité, ame téméraire, qui prononce si hardiment : Ce péché que je commets sans crainte est véniel. L'ame vraiment pure n'est pas si savante. La Reine sait en général qu'il y a des péchés véniels, car la foi l'enseigne ; mais la foi ne lui enseigne pas que les siens le soient. Deux choses vous vont faire voirl'éminent degré de sa vertu. Nous le savons, chrétiens, et nous ne donnons point de fausses louanges devant ces autels : elle a dit souvent , dans cette bienheureuse simplicité qui lui étoit commune avec tous les saints, qu'elle ne comprenoit pas comment on pouvoit commettre volontairement un seul péché, pour petit qu'il fût. Elle ne disoit donc pas , Il est véniel : elle disoit. Il est péché; et son cœur innocent se soulevoit. Mais comme il échappe toujours quelque péché à la fragilité humaine , elle ne disoit pas , Il est léger : encore une fois, Il est péché, disoit-elle. Alors, pénétrée des siens , s'il arrivoit quelque malheur à sa personne , à sa famille , à l'Etat , elle s'en accusoit seule. Mais quels malheurs, direz-vous, dans cette
{i) Psal. xvni. i3.
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grandeur et dans un si long cours de prospérités? Vous croyez donc que les déplaisirs et les plus mortelles douleurs ne se cachent pas sous la pourpre ? ou qu'un royaume est un remède universel à tous les maux , un baume qui les adoucit , un charme qui les enchante ? Au lieu que par un conseil de la Providence divine, qui sait donner aux conditions les plus élevées leur contre-poids, cette grandeur que nous admirons de loin comme quelque chose au-dessus de rhomme, touche moins quand on y est né, ou se confond elle-même dans son abondance , et qu'il se forme au contraire parmi les grandeurs une nouvelle sensibilité pour les déplaisirs , dont le coup est d'autant plus rude , qu'on est moins préparé à le soutenir.
Il est vrai que les hommes aperçoivent moins cette malheureuse délicatesse dans les âmes vertueuses. On les croit insensibles, parce que non-seulement elles savent taire, mais encore sacrifier leurs peines secrètes. Mais le Père céleste se plaît à les regarder dans ce secret ; et comme il sait leur préparer leur croix, il y mesure aussi leur récompense. Croyezvous que la Reine pût être en repos dans ces fameuses campagnes qui nous apportoient coup sur coup tant de surprenantes nouvelles? Non, Messieurs : elle étoit toujours tremblante, parce qu'elle voyoit toujours cette précieuse vie , dont la sienne dépendoit, trop facilement hasardée. Vous avez vu ses terreurs : vous parlerai-je de ses pertes, et de la mort de ses chers enfans ? Ils lui ont tous déchiré le cœur. Représentons-nous ce jeune Prince, que les Grâces sembloient elles-mêmes avoir formé de leurs
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mains : pardonnez-moi ces expressions. Il me semljle que je vois encore tomber cette fleur. Alors , triste messager d'un événement si funeste , je fus aussi le témoin, en voyant le Roi et la Reine, d'un côté de la douleur la plus pénétrante, et de l'autre des plaintes les plus lamentables; et sous des formes différentes , je vis une affliction sans mesure. Mais je vis aussi des deux côtés la foi également victorieuse j je vis le sacrifice agréable de l'ame humiliée sous la main de Dieu, et deux victimes royales immoler d'un commun accord leur propre cœur.
Pourrai -je maintenant jeter les yeux sur la terrible menace du ciel irrité, lorsqu'il sembla si longtemps vouloir frapper ce Dauphin même, notre plus chère espérance? Pardonnez-moi, Messieurs, pardonnez-moi si je renouvelle vos frayeurs. Il faut bien, et je le puis dire , que je me fasse à moi-même cette violence , puisque je ne puis montrer qu'à ce prix la constance de la Reine. Nous vîmes alors dans cette Princesse , au milieu des alarmes d'une mère , la foi d'une chrétienne. Nous vîmes un Abraham prêt à immoler Isaac , et quelques traits de Marie quand elle offrit son Jésus. Ne craignons point de le dire , puisqu'un Dieu ne s'est fait homme que pour assembler autour de lui des exemples pour tous les états. La Reine , pleine de foi , ne se propose pas un moindre modèle que Marie. Dieu lui rend aussi son fils unique, qu'elle lui offre d'un cœur déchiré, mais soumis, et veut que nous lui devions encore une fois un si grand bien.
On ne se trompe pas, chrétiens, quand on attribue tout à la prière. Dieu , qui l'inspire, ne lui peut
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rien refuser. « Un roi , dit David (0 , ne se sauve pas » par ses armées j et le puissant ne se sauve pas par » sa valeur ». Ce n'est pas aussi aux sages conseils qu'il faut attribuer les heureux succès, « Il s'élève , » dit le Sage (2) , plusieurs pensées dans le cœur de 3) l'hoinme » : reconnoissez l'agitation et les pensées incertaines des conseils humains : « mais, pour- » suit-il , la volonté du Seigneur demeure ferme » ; et pendant que les hommes délibèrent, il ne s'exécute que ce qu'il résout. « Le Terrible , le Tout- » puissant, qui ôte, quand il lui plaît, l'esprit des » princes (5) », le leur laisse aussi quand il veut, pour les confondre davantage , « et les prendre dans leurs » propres finesses (4). Car il n'y a point de pru- M dence, il n'y a point- de sagesse, il n'y a point de » conseil contre le Seigneur (5) ». Les Machabées étoient vaillans ; et néanmoins il est écrit « qu'ils » combattoient par leurs prières » plus que par leurs armes : Per orationes congressi sunt (6) : assurés , par l'exemple deMoïse, que les mains élevées à Dieu enfoncent plus de bataillons que celles qui frappent. Quand tout cédoit à Louis , et que nous crûmes voir revenir le temps des miracles , où les murailles tom-
{») Non salvatur rex per multam vîrtutem : et gigas non salvabitur in multitudine virtutis suae. Psal. xxxii. 16.
(>) Mulue cogitationes in corde viri : voluntas autem Domini permant-Lit. Proi'. xix. ai.
(3) Vovete et reddite Domino Deo vestro.... terribili, et ei qui aufert spiritum principum. Psal. lxxv. 12, i3.
(4) Qui apprehcndit sapientes in astutia eorum. Job. y. 1 3. — 1. Cor. m. 19.
(5) Non estsapientia, non est prudentia, non est consilium contra Dominum. Protf. xxi. 3o.
(6) //. Mach. XV. a5.
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boient au bruit des trompettes , tous les peuples jetoient les yeux sur la Reine, et croyoient voir partir de son oratoire la foudre qui accabloit tant de villes. Que si Dieu accorde aux prières les prospérités temporelles, combien plus leur accorde-t-il les vrais biens, c'est-à-dire, les vertus ? Elles sont le fruit naturel d'une ame unie à Dieu par l'oraison. L'oraison, qui nous les obtient, nous apprend à les pratiquer, non-seulement comme nécessaires , mais encore comme reçues « du Père des lumières, d'où descend sur nous tout M don parfait (0 » ; et c'est là le comble de la perfection , parce que c'est le fondement de l'humilité. C'est ainsi que Marie-Thérèse attira par la prière toutes les vertus dans son ame. Dès sa première jeu~ nesseelle fut, dans les mouvemens d'une Cour alors assez turbulente, la consolation et le seul soutien de la vieillesse infirme du Roi son père. La Reine sa belle-mère, malgré ce nom odieux, trouva en elle non -seulement un respect, mais encore une tendresse, que ni le temps ni l'éloignement n'ont pu altérer. Aussi pleure-t-elle sans mesure, et ne veut point recevoir de consolation. Quel cœur, quel respect, quelle soumission n'a-t-elle pas eue pour le Roi! toujours vive pour ce grand Prince, toujours jalouse de sa gloire, uniquement attachée aux intérêts de son Etat, infatigable dans les voyages, et heureuse, pourvu qu'elle fût en sa compagnie; femme enfin oii saint Paul auroit vu l'Eglise occupée de Jésus-Christ (2) , et unie à ses volontés par une éter-
(0 Omne datum optimum , et omne donum perfectum desursura est, descendens a Pâtre lumiuum. Jac. 1. 17. (>) Ephes. V. 2.4.
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nelle complaisance. Si nous osions demander au grand Prince qui lui rend ici avec tant de piété les derniers devoirs, quelle mère, il a perdue, il nous répondroit par ses sanglots -, et je vous dirai en son nom, ce que j'ai vu avec joie, ce que je répète avec admiration, que les tendresses inexplicables de Mahie-Thérèse tendoient toutes à lui inspirer la foi , la piété, la crainte de Dieu, un attachement inviolable pour le Roi, des entrailles de miséricorde pour les malheureux, une immuable persévérance dans tous ses devoirs, et tout ce que nous louons dans la conduite de ce Prince. Parlerai-je des bontés de la Reine tant de fois éprouvées par ses domestiques, et ferai-je retentir encore devant ces autels les cris de sa maison désolée? Et vous, pauvres de Jésus- Christ, pour qui seuls elle ne pouvoit endurer qu'on lui dît que ses trésors étoient épuisés; vous premièrement, pauvres volontaires, victimes de Jésus-, Christ, religieux, vierges sacrées, âmes pures dont le monde n'étoitpas digne; et vous, pauvres, quelque nom que vous portiez, pauvres connus, pauvres honteux, malades impotens, estropiés, « restes M d'hommes » , pour parler avec saint Grégoire de Nazianze (0, car la Reine respectoit en vous tous les caractères de la croix de Jésus-Christ : vous donc qu'elle assistoit avec tant de joie, qu'elle visitoit avec de si saints empressemens , qu'elle servoit avec tant de foi , heureuse de se dépouiller d'une majesté empruntée, et d'adorer dans votre bassesse la glorieuse pauvreté de Jésus-Christ : quel admirable panégyrique prononceriez-vous par vos gémissemens à la
(>) "Veterum hominuto misera reliquiae. Oral, xvi; lom. i, />. a44-
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gloire- de cette Princesse, s'il m'étoit permis de vous introduire dans cette auguste assemblée ? Recevez , père Abraham, dans votre sein cette héritière de votre foi; comme vous, servante des pauvres, et digne de trouver en eux, non plus des anges, mais Jésus-Christ même. Que dirai-je davantage ? Ecoutez tout en un mot : fille , femme , mère , maîtresse , reine telle que nos vœux Tauroient pu faire , plus que tout cela chrétienne, elle accomplit tous ses devoirs sans présomption, et fut humble non -seulement parmi toutes les grandeurs, mais epcore parmi toutes les vertus.
J'expliquerai en peu de mots les deux autres noms que nous voyons écrits sur la colonne mystérieuse de l'Apocalypse , et dans le cœur de la Reine. Par le « nom de la sainte cité de Dieu la nouvelle Jérusa- » lem (0 », vous voyez bien. Messieurs, qu'il faut entendre le nom de l'Eglise catholique , cité sainte dont toutes « les pierres sont vivantes (2) » , dont Jésus-Christ est le fondement, qui « descend du » ciel » avec lui, parce qu'elle y est renfermée comme dans le chef dont tous les membres reçoivent leur vie ; cité qui se répand par toute la terre , et s'élève jusqu'aux cieux pour y placer ses citoyens. Au seul nom de l'Eglise, toute la foi de la Reine se réveilloit. Mais une vraie fille de l'Eglise , non contente d'en embrasser la sainte doctrine, en aime les observance Qui vicerit,.... scribam super eum nomen.... civitatis Dei mci, novae Jérusalem quae descendit de cœlo a Deo meo. Apoc. m. 12.
(») Ad quem (Christum) accédantes lapidem vivum,.... et ipsi tanquam lapides vivi superscdificamini, domus spiritualis. /. Petr. n. 4, 5.
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ces, OÙ elle fait consister la principale partie des pratiques extéiieures de la piété.
L'Eglise inspirée de Dieu, et instruite par les saints apôtres, a tellement disposé l'année, qu'oa y trouve avec la vie , avec les mystères , avec la prédication et la doctrine de Jésus-Christ, le vrai fruit de toutes ces choses dans les admirables vertus de ses serviteurs, et dans les 'exemples de ses saints; et enfin un mystérieux abrégé de l'ancien et du nouveau Testament et de toute l'histoire ecclésiastique. Par-là toutes les saisons sont fructueuses pour les chrétiens ; tout y est plein de Jésus-Christ , qui est toujours « admii) rable », selon le prophète (0, et non-seulement en lui-même, mais encore « dans ses saints (2) ». Dans cette variété qui aboutit toute à l'unité sainte tant recommandée par Jésus-Christ (^), l'ame innocente et pieuse trouve avec des plaisirs célestes une solide nourriture , et un perpétuel renouvellement de sa ferveur. Les jeûnes y sont mêlés dans les temps convenables, afin que l'ame, toujours sujette aux tentations et au péché, s'affermisse et se purifie par la pénitence. Toutes ces pieuses observances avoient dans la Reine l'effet bienheureux que l'Eglise même demande : elle se renouveloit dans toutes les fêtes, elle se sacrifioit dans tous les jeûnes et dans toutes les abstinences. L'Espagne sur ce sujet a des coutumes que la France ne suit pas ; mais la Reine se rangea bientôt à l'obéissance : l'habitude ne put rien
(0 Vocabitur nomen ejus, Admirabilis. Is. ix. 6. (') Mirabilis in sanctis suis. Psal. lxvii. 36. l') Porro unum est uecessarium. Luc. x. ^2.
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contre la règle; et l'extrême exactitude de cette Princesse marquoit la délicatesse de sa conscience. Quel autre a mieux profité de cette parole : « Qui » vous écoute m'écoute (0 »? Jésus-Christ nous y enseigne celte excellente pratique de marcher dans les voies de Dieu sous la conduite particulière de ses serviteurs qui exercent son autorité dans son Eglise. Les confesseurs de la Reine pouvoient tout sur elle dans l'exercice de leur ministère, et il n'y avoit aucune vertu où elle ne pût être élevée par son obéissance. Quel respect n'avoit-elle pas pour le souverain Pontife, vicaire de Jésus-Christ, et pour tout l'ordre ecclésiastique ! Qui pourroit dire combien de larmes lui ont coûté ces divisions toujours trop longues, et dont on ne peut demander la fin avec trop de gémissemens ? Le nom même et l'ombre de division faisoit horreur à la Reine, comme à toute ame pieuse. Mais qu'on ne s'y trompe pas : le saint Siège ne peut jamais oublier la France , ni la France manquer au saint Siège. Et ceux qui pour leurs intérêts particuliers, couverts, selon les maximes de leur politique, du prétexte de piété, semblent vouloir irriter le saint Siège contre un royaume qui en a toujours été le principal soutien sur la terre , doivent penser qu'une chaire si éminente, à qui Jésus-Christ a tant donné, ne veut pas être flattée par les hommes , mais honorée selon la règle avec une soumission profonde; qu'elle est faite pour attirer tout l'univers à son unité, et y rappeler à la fin tous les hérétiques; et que ce qui est excessif, loin d'être
(0 Qui vos audit, me audit. Luc. x. i6.
4l^ ORAISON fUNÈBP.E
le plus attirant, n'est pas même le plus solide ni le plus durable.
Avec le saint nom de Dieu et avec le nom de la cité sainte, la nouvelle Jérusalem, je vois. Messieurs, dans le cœur de notre pieuse Reine le nom nouveau du Sauveur. Quel est, Seigneur, votre nom nouveau, sinon celui que vo'us expliquez , quand vous dites : « Je suis le pain de vie » ; et , « Ma chair est vrai- » ment viande (0 », et, v Prenez , mangez, ceci est » mon corps (2) » ? Ce nom nouveau du Sauveur est celui de l'Eucharistie, nom couiposé de bien et de grâce; qui nous montre dans cet adorable sacrement une source de miséricorde, un miracle d'amour, un mémorial et un abrégé de toutes les grâces, et le Verbe même tout changé en grâce et en douceur pour ses fidèles. Tout est nouveau dans ce mystère : c'est le « nouveau Testament (3) « de notre Sauveur, et on commence à y boire ce « vin nouveau (4) » dont la céleste Jérusalem est transportée. Mais pour le boire dans ce lieu de tentation et de péché , il s'y faut préparer par la pénitence. La Reine fréquentoit ces deux sacremens avec une ferveur toujours nouvelle. Cette humble Princesse se sentoit dans son état naturel, quand elle étoit comme pécheresse aux pieds d'un prêtre, y attendant la miséricorde et la sentence de Jésus- Christ. Mais l'Eucharistie étoit son amour : toujours
(0 Ego sumpanis vitae.... Caro mea verè estcibus. Joan.Yi. 48, 56. W Accipite , et comedite : Hoc est corpus meum. Malth. xxvi. a6.
(3) Hic e&\ sauguLS meus novi testameuti. Ibid. 38.
(4) Non bibam amodo de hoc genimine vitis , usque in diem illum , cùm lUud bibam vobiâcum noviun in regno PikUis naeL Ibid. ap.