‹ Œuvres; revues sur les manuscrits originaux et les éditions les plus correctes (volume 5)Chapitre 43 sur 51 · DU R. P. BOURGOING · texte numérisé non relu

DU R. P. BOURGOING

etoit éloigné de ces prédicateurs infidèles, qui ravilissent leur dignité jusqu'à faire servir au désir de plaire le ministère d'instruire; qui ne rougissent pas d'acheter des acclamations par des instructions; des paroles de flatterie par la parole de vérité;' des louanges, vains alimens d'un esprit léger, par la nourriture solide et substantielle que Dieu a préparée à ses enfans! Quel désordre! quelle indignité! Est-ce ainsi qu'on fait parler Jésus-Christ? Savezvous, Ô prédicateurs, que ce divin conquérant veut régner sur les cœurs par votre parole? Mais ces cœurs sont retranchés contre lui; et pour les abattre à ses pieds, pour les forcer invinciblement au milieu de leurs défenses, que ne faut-il pas entreprendre? quels obstacles ne faut-il pas surmonter? Ecoutez l'apôtre saint Paul : « Il faut renverser les » remparts des mauvaises habitudes, il faut détruire » les conseils profonds d'une malice invétérée, il » faut abattre toutes les hauteurs qu'un orgueil in- » dompté et opiniâtre élève contre la science de >» Dieu, il faut captiver tout entendement sous l'o- « béissance de la foi ». Ad destructionem munitiomim, consUia deslruentes , et omnem altitudinem extollentem se adv'ersùs scientiam Dei , et in captiv^itatem redigentes omnem inteUectum in obsequium Christi (0.

Que ferez -vous ici, foibles discoureurs? Détruirez-vous ces remparts en jetant des fleurs? Dissiperezvous ces conseils cachés en chatouUlant les oreilles? Croyez- vous que ces superbes hauteurs tombent au

(0 //. Cor. X. 4 , 5.

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bruit de vos périodes mesure'es? Et pour captiver les esprits, est-ce assez de les charmer un moment par la surprise d'un plaisir qui passe? Non, non, ne nous trompons pas : pour renverser tant de remparts, et vaincre tant de résistance j et nos mouvemens affectés, et nos paroles arrangées, et nos figures artificielles sont des machines trop foibles. Il faut prendre des armes plus puissantes, plus efficaces, celles qu'employoit si heureusement le saint prêtre dont nous

parlons.

La parole de l'Evangile sortoit de sa bouche , vive , pénétrante, animée, toute pleine d'esprit et de feu» Ses sermons n'étoient pas le fruit de -l'étude lente et tardive ; mais d'une céleste ferveur , mais d'une prompte et soudaine illumination : c'est poui-quoi deux jours lui suffisent pour faire l'oraison funèbre du grand Cardinal de BeruUe , avec l'admiration de ses auditeurs. Il n'en employa pas beaucoup davantage à ce beau panégyrique latin de saint Philippe de Néri ; ce prêtre si transporté de l'amour de Dieu , dont le zèle étoit si grand et si vaste , que le monde entier étoit trop petit pour l'étendue de son cœur, pendant que son cœur même étoit trop petit pour l'immensité de son amour. Mais dois-je m'arrêter ici à deux actions particulières du Père Bourgoing ; puisque je sais qu'il a fourni de la même force la carrière de plusieurs Carêmes, dans les chaires les plus illustres de la France et des Pays-bas ; toujours pressant, toujours animé; lumière ardente et luisante, qui nebrilloit que pour échauffer, qui cherchoit le cœur par l'esprit, et ensuite captivoit l'esprit

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prit par le cœur? D'où lui venoit cette force? C'est, mes Frères , qu'il étoit plein de la doctrine céleste ; c'est qu'il s'étoit nourri et rassasié du meilleur suc du christianisme ; c'est qu'il faisoit régner dans ses sermons la vérité et la sagesse : l'éloquence suivoit comme la servante , non recherchée avec soin , mais attirée par les choses mêmes. Ainsi « son discours se 3) répandoit à la manière d'un torrent, et s'il trou- » voit en son chemin les fleurs de l'élocution, il les » entraînoit plutôt après lui par sa propre impé- » tuosité , qu'il ne les cueilloit avec choix pour se » parer d'un tel ornement » : Ferlur quippe impetu suo ; et elocuUonis pulchritudinem , si occurrerit , vi rerum rapit , non curd decoris assiimit (0. C'est l'idée de l'éloquence que donne saint Augustin aux prédicateurs , et ce qu'a pratiqué celui dont nous honorons ici la mémoire.

Après ces fonctions publiques , il resteroit encore. Messieurs, de vous faire vcnr ce saint homme dans la conduite des âmes, et de vous y faire admirer son zèle , sa discrétion , son courage et sa patience. Mais quoique les autres choses que j'ai à vous dire ne me laissent pas le loisir d'entrer bien avant dans cette matière , je ne dois pas omettre en ce lieu qu'il a été long-temps confesseur de feu monseigneur le duc d'Orléans , de glorieuse mémoire. C'est une marque de son mérite d'avoir été appelé à un tel emploi, après cet illustre Père Charles de Condren, dont le nom inspire la piété, dont la mémoire , tou-

(*) S' Aug. de DocU Christ, lib. ly, n. 4^ \ tôm. m, part, i, col. 8i.

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jours fraîche et toujours re'cente, est douce à toute l'Eglise comme une composition de parfums. Mais quelle a été la conduite de son successeur dans cet (emploi délicat? N'entrons jamais dans ce détail j Jionorons par notre silence le mystérieux secret que Dieu a imposé à ses ministres. Contentons- nous de pavoir qu'il y a des plantes tardives dans le jardin de l'Epoux ; que pour en voir la fécondité , les directeurs des consciences, ces laboureurs spirituels, doivent attendre avec patience le fruit précieux de la terre, comme parle l'apôtre saint Jacques (0; et .qu'enfin le Père Bourgoikg a eu cette singulière consolation , qu'il n'a pas attendu en vain , qu'il n'a pas travaillé inutilement , la terre qu'il cultivoit lui ayant donné avec abondance des fruits de bénédiction et de grâce. Ah ! si nous avons un cœur chrétien , ne passons pas cet endroit sans rendre à Dieu de justes louanges pour le don inestimable de sa clémence , et prions sa -bonté suprême qu'elle fasse souvent de pareils miracles : Grattas Deo super inenarrahili dono ejus (^).

Rendons grâces aussi, chrétiens, à cette même Jjonté par Jésus-Christ notre Seigneur , de ce qu'elle a fait paroître en nos jours un prêtre si saint , qu'on û vu apporter persévéramment l'innocence à l'autel , le zèle à la chaire , l'assiduité à la prière , une patience vigoureuse dans la conduite des âmes, une grdeur infatigable à toutes les affaires de l'Eglise. ïl ne vit que pour l'Eglise, il ne respire que l'Eglise : il veut non -seulement tout ççnjsaçrer, mais encore

(0 Jac. y. 7. — W //. Cor. ix. i5.

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tout sacrifier aux intérêts de l'Eglise, sa personne, ses frères, sa congrégation. Il l'a gouvernée en cet esprit durant l'espace de vingt et un ans; et comme toute la conduite de cette sainte compagnie consiste à s'attacher constamment à la conduite de l'Eglise, à ses évêques , à son chef visible ; je ne croirai pas m' éloigner de la suite de mon discours , si je trace ici en peu de paroles, comme un plan de la sainte Eglise, selon le dessein éternel de son divin architecte : je vous demande, Messieurs, que vous renouveliez vos attentions.

SECOND POINT

Vous comprenez, mes Frères, par tout ce que j'ai déjà dit, que le dessein de Dieu dans l'établissement de son Eglise est de faire éclater par toute la terre le mystère de sop unité, en laquelle est ramassée toute sa grandeur. C'est pourquoi le Fils de Dieu est venu au monde, et « le Verbe a été fait » chair, et il a daigné habiter en nous, et nous l'a- 3) vons vu parmi les hommes plein de grâce et de » vérité (0 » ; afin que par la grâce qui unit, il ramenât tout le genre humain à la vérité qui est une. Ainsi , venant sur la terre avec cet esprit d'unité, il a voulu que tous ses disciples fussent unis, et il a fondé son Eglise unique et universelle, « afin que « tout y fut consommé et réduit en un » : Ut sint consummati in unum , comme il le dit lui - même dans son Evangile W.

(') Joan. i, 14. — W Ihid. xvii. a 3.

58o ORAISON FUNÈBRE

Je VOUS le dis, chre'tiens, c'est ici en vérité un grand mystère en Jésus-Christ et en son Eglise. « Il » n'y a qu'une colombe et une parfaite » : Una est columba mea , perfecta mea (0; il n'y a qu'une seule épouse, qu'une seule Eglise catholique, qui est la mère commune de tous les fidèles. Mais comment est-elle la mère de tous les fidèles , puisqu'elle n'est autre chose que l'assemblée de tous les fidèles? C'est ici le secret de Dieu. Toute la grâce de l'Eglise , toute l'eflicace du Saint-Esprit est dans l'unité : en l'unité est le trésor, en l'unité est la vie, hors de l'unité est la mort certaine. L'Eglise donc est une j et , par son esprit d'unité catholique et universelle , elle est la mère toujours féconde de tous les particuliers qui la composent : ainsi tout ce qu'elle engendre elle se l'unit très-intimement ; en cela dissemblable des autres mères, qui mettent hors d'elles-mêmes les enfans qu'elles produisent. Au contraire, l'Eglise n'engendre les siens qu'en les recevant en son sein , qu'en les incorporant à son unité. Elle croit entendre sans cesse , en la personne de saint Pierre , ce commandement qu'on lui fait d'en haut : « Tue » et mange », unis, incorpore : Occide et manduca i?)\ et se sentant animée de cet esprit unissant, elle élève la voix nuit et jour pour appeler tous les hommes au banquet où tout est fait un. Et lorsqu'elle voit les hérétiques qui s'arrachent de ses entrailles, ou plutôt qui lui arrachent ses entrailles mêmes, et qui emportent avec eux en la déchirant le sceau de son unité, qui est le baptême, convic-

(0 Cant. VI. 8. — (») Act. x. 1 3.

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tion visible de leur désertion; elle redouble son amour maternel envers ses enfans qui démeurent, les liant et les attachant toujours davantage à son esprit d'unité : tant il est vrai qu'il a plu à Dieu que tout concourût à l'œuvre de l'unité sainte de l'Eglise, et même le schisme, la rupture et la révolte.

Voilà donc le dessein du grand architecte , faire régner l'unité en son Eglise et par son Eglise : voyons maintenant l'exécution. L'exécution, chrétiens, c'est l'établissement des pasteurs; car de crainte que les troupeaux errans et vagabonds ne fussent dispersés deçà et delà , Dieu établit les pasteurs pour les rassembler. Il a donc voulu imprimer dans l'ordre et dans l'office des pasteurs le mystère de l'unité de l'Eglise; et c'est en ceci que consiste la dignité de l'épiscopat. Le mystère de l'unité ecclésiastique est dans la personne, dans le caractère, dans l'autorité des évêques. En effet, chrétiens, ne voyez-vous pas qu'il y a plusieurs prêtres, plusieurs ministres, plusieurs prédicateurs, plusieurs docteurs ; mais il n'y a qu'un seul évêque dans un diocèse et dans une église. Et nous apprenons de l'histoire ecclésiastique, que lorsque les factieux entreprenoient de diviser l'épiscopat , une voix commune de toute l'Eglise et de tout le peuple fidèle s'élevoit contre cet attentat sacrilège par ces paroles remarquables : « Un Dieu, un Christ, un évêque » : Unus Deus , unus Christus , unus episcopus (0. Quelle merveilleuse association, un Dieu, un Christ, un évêque!

{}) Cornel. Episi. ad Cypr. apud Cjpi: Ep. xlvi j p. 60. Theodoret. Hist. Ecoles. Ub. 11, cap. xiv j t. ni, p. 610.

SBi ORAISON PUKÈBRE

un Dieii, principe de l'unité ; un Christ, médiateur de l'unité; un évêque, marquant et représentant en la singularité de sa charge le mystère de l'unité de l'Eglise. Ce n'est pas assez, chrétiens, chaque évêque a son troupeau particulier. Parlons plus correctement : les évêques n'ont tous ensemble qu'un même troupeau, dont chacun conduit une partie inséparable du tout ; de sorte qu'en vérité tous les évêques softt au tout et à l'unité, et ils ne sont partagés que pour la facilité de l'application. Mais Dieu, voulant maintenir parmi ce partage l'unité inviolable du tout, outre les pasteurs des troupeaux particuliers, il a donné un père commun, il a préposé un pasteur à tout le troupeau, afin que la sainte EgHse fût une fontaine scellée par le sceau d'une parfaite unité, et « qu'y ayant un chef éta- » bli, l'esprit de divisioTi rt'y entrât jamais » : Ut capîte constituto schistnaiis toUeretur occasio (0.

Ainsi notre Seigneur Jésus -Christ voulant commencer le mystère de l'unité de son Eglise, il a séparé les a|>6tres du nombre de tous les disciples; et ensuite, voulant consommer le mystère de l'unité de l'Eglise, il a séparé l'apôtre saint Pierre du milieu des autres apôtres. Pour commencer l'unité dans toute la multitude , il en choisit douze ; pour consommer l'unité parmi les douze , il en choisit un. En commençant l'unité, il n'exclut pas tout-àfait la pluralité : « Comme le Père m'a envoyé, ainsi, j) dit-il (2)^ je vous envoie ». Mais pour conduire à

(0 s. HUron. adf. Jovin. lib. i ^ t. iv , p. 168. — W Joan.

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