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la perfection le mystère de l'unité de son Eglise, il ne parle pas à plusieurs, il désigne saint Pierre personnellement , il lui donne un nom particulier : « Et moi, dit-il (0, je te dis à toi : Tu es Pierre; et, » ajoute-t-il , sur cette pierre je bâtirai mon Eglise 5 » et, conclut-il, les portes d'enfer ne prévaudront » point contre elle » ; afin que nous entendions que la police, le gouvernement, et toute l'ordonnance^ de l'Eglise se doit enfin réduire à l'unité seule ; et que le fondement de cette unité est et sera éternellement le soutien immobile de cet édifice.
Par conséquent, chrétiens, quiconque aime l'Eglise doit aimer l'unité, et quiconque aime l'unité doit avoir une adhérence immuable à tout l'ordre épiscopal , dans lequel et par lequel le mystère dé l'unité se consomme, pour détruire le mystère d'iniquité qui est l'œuvre de rébellion et de schisme. Je dis à tout l'ordre épiscopal ; au Pape chef de cet ordre et de l'Eglise universelle , aux évéques chefs et pasteurs des églises particulières. Tel est l'esprit de l'Eglise; tel est principalement le devoir des prê^ très, qui sont établis de Dieu pour être coopéra>teurs de l'épiscopatk Le cardinal de BéruUe, plein de l'esprit de l'Eglise et du sacerdoce, n'a formé sa congrégation que dans la vue de ce dessein ; et le Père François Bour&oïng l'a toujours très-sainte^ meïit gouvernée dans cette même conduite.
Soyez bénie de Dieu , sainte compagnie ; entrez de plus en plus dans ces sentimens, éteignez ces feux de division j ensevelissez 6ans retour ces noms
(0 3faUh. ivi. i8.
de parti. Laissez se de'battre , laissez disputer et languir dans des questions ceux qui n'ont pas le zèle de servir l'Eglise : d'autres pense'es vous appellent , d'autres affaires demandent vos soins. Employez tout ce qui est en vous d'esprit , et de cœur, et de lumière, et de zèle au rétablissement de la discipline , si horriblement de'prave'e et dans le clergé et parmi le peuple.
Deux choses sont nécessaires à la sainte Eglise , la pureté de la foi et l'ordre de la discipline. La foi est toujours sans tache , la discipline souvent chancelante. D'où vient cette différence , si ce n'est que la foi est le fondement , lequel étant renversé , tout l'édifice tomberoit par terre ? Or, il a plu à notre Sauveur, qui a établi son Eglise comme un édifice sacré, de permettre que, pour exercer le zèle de ses ministres , il y eût toujours à la vérité quelques réfections à faire dans le corps du bâtiment ; mais que le fondement fût si ferme , que jamais il ne pût être ébranlé; parce que les hommes peuvent bien, en quelque sorte, contribuer par sa grâce à faire les réparations de l'édifice, mais qu'ils ne pourroient jamais le redresser de nouveau, s'il étoit entièrement abattu. Il faudroit que le Fils de Dieu vînt encore au monde ; et comme il a résolu de n'y venir qu'une fois, il a fondé son temple si solidement, qu'il n'aura jamais besoin qu'on le rétablisse, et qu'il suffira seulement qu'on l'entretienne.
Qui pourroit assez exprimer quel étoit le zèle du père BouRGOiNG, pour travailler à ce grand ouvrage? Il regardoit les évêques comme ceux qui sont établis
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de Dieu pour faire vivre dans le peuple et dans le clergé la discipline chre'tienne. Il révéroit dans leur ordre la vigueur et la plénitude d'une puissance céleste, pour réprimer la licence et arrêter le torrent des mauvaises mœurs , qui s'enflant et s' élevant à grands flots, menace d'inonder toute la face de la terre. Non content d'exciter leur zèle, il travailloit nuit et jour à leur donner de fidèles ouvriers. Sa compagnie lui doit le dessein d'avoir des institutions ecclésiastiques pour y former des saints prêtres, c'està-dire , donner des pères aux enfans de Dieu. Et il ne faut pas sortir bien loin pour voir des fruits de son zèle. Allez à cette maison où reposent les os du grand saint Magloire : là , dans l'air le plus pur et le plus serein de la ville , un nombre infini d'ecclésiastiques respire un air encore plus pur de la discipline cléricale : ils se répandent dans les diocèses, et portent partout l'esprit de l'Eglise; c'est l'effet des soins du Père Bourgoijsg. Mais pourquoi vous parler ici d'un séminaire particulier ? toutes les maisons de l'Oratoire n'étoient-elles pas sous sa conduite autant de séminaires des évêques? Il professoit hautement que tous les sujets de sa compagnie étoient plus aux prélats qu'à la compagnie; et avec raison, chrétiens, puisque la gloire de la compagnie c'est d'être toute entière à eux , pour être par eux toute entière à l'Eglise et à Jésus-Christ.
De là vous pouvez connoître combien cette compagnie est redevable aux soins de son général , qui savoit si bien conserver en elle l'esprit de son institut, c'est-à-dire, l'esprit primitif de la cléricature
et du sacerdoce. Il en étoit tellement rempli , qu'il en animoit tous ses frères j et ceux qui auroient été assez insensibles pour ne se pas rendre à ses paroles, afnroierit été forcés de céder à la force toute-puissante de ses exemples^ Et en effet, chrétiens, quel autre étoit plus capable de leur inspirer l'esprit d'oraison, que celui qu'ils toyoient toujours le plus assidu à ce divin exercice ? Qui pouvoit plus puissamment enflammer leurs cœurs à travailler sans relâche pour les intérêts de l'Eglise, que celui dont les maladies n'étoient pas capables d'en ralentir l'action ? ce grand homme ne voulant pas, autant qu'il pouvoit, qu'il fut tant permis aux infirmités d'interrompre les occupations d'un prêtre de Jésus-Christ. Qui a pu leur enseigner plus utilement à conserver parmi les emplois une sainte liberté d'esprit, que celui qui s'est montré dans les plus grands embarras autant paisible, autant dégagé, qu'agissant et infatigable? Enfin f de qui pouvoient-ils apprendre avec plus de fruit à dompter par la pénitence la délicatesse des sens et dé la nature, que de celui qu'ils ont toujours •vu retrancher de son sommeil , malgré son besoin ; endurer la rigueur du froid, malgré sa vieillesse; continuer ses jeûnes , malgré ses travaux ; enfin affliger son corps par toutes sortes d'austérités , malgré ses infirmités corporelles ?
O membres tendres et délicats, si souvent couchés sur la dure ! O géraissemens ! ô cris de la nuit ,- pénétrant les nues , perçant jusqu'à Dieu ! O fontaines de larmes, sources de joie! O admirable ferveur d'esprit, et prière continuelle ! ô aine qui sontenoit
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le corps presque sans aucune nourriture; ou plutôt, ô corps contraint de mourir avant la mort même^ afin que l'ame fût en liberté ! O appât du plaisir sensible et goût du fruit de'fendu, surmonté par la continence du Père BourxGoiNG! O Jésus - Christ ! ô sâ mort ! ô son anéantissement et sa croix honorés par sa pénitence! Plût à Dieu que, touché d'un si saint exemple, je mortifie mes membres mortels, et qiie je commence à marcher par la voie étroite, et que je m'ensevelisse avec Jésus-Christ pour être son cohéritier !
Car que faisons-nous, chrétiens, que faisons-nous autre chose, lorsque nous flattons notre corps, que d'accroître la proie de la mort , lui enrichir son butin , lui engraisser sa victime? Pourquoi m'es-to donné, ô corps mortel, fardeau accablant; soutien nécessaire, ennemi flatteur, ami dangereux, avec lequel je ne puis avoir ni guerre tii paix , parce qu'à chaque moment il faut s'accorder, et à chaque moment il faut rompre? O inconcevable union , et aliénation non moins étonnante! « Malheureux homme M que je suis ! qui me délivrera de ce corps mortel » ? Jnfelix ego homo ! cuis me liherabil de corpàre mortis hujiis (0 ? Si nous n'avons pas le courage d'imiter le Père Bouugoing dans ses austérités, pourquoi flattons-nous nos corps, nourrissons-nous leurs convoitises par notre mollesse, et les rendons- nous invincibles par nos complaisances?
Se peut-il faire, mes Frères, que nous ayons tant d'attache à cette vie et à ses plaisirs, si nous consi-
(■) Rom. Yu. i\.
dérons attentivement combien est dure la condition avec laquelle on nous l'a prêtée? La nature, cruelle usurière, nous ôte tantôt un sens et tantôt un autre. Elle avoit ôté l'ouïe au Père Bourgoing , et elle ne manque pas tous les jours de nous enlever quelque chose comme pour l'intérêt de son prêt, sans se départir pour cela du droit qu'elle se réserve, d'exiger en toute rigueur la somme totale à sa volonté. Et alors où serons-nous? que deviendrons-nous? dans quelles ténèbres serons - nous cachés ? dans quel gouffre serons-nous perdus? Il n'y aura plus sur la terre aucun vestige de ce que nous sommes. « La » chair changera de nature, le corps prendra un 3) autre nom; même celui de cadavre, dit Tertul- » lien , ne lui demeurera pas long-temps; il devien- » dra un je ne sais quoi, qui n'a point de nom dans » aucune langue » : tant il est vrai que tout meurt en nos corps, jusqu'à ces termes funèbres, par lesquels on exprimoit nos malheureux restes : Post iotum îllud ignobilîtatis elogium , caducœ camis in originem terrain ^ et cadaveris nomen ; et de isto quoque nomine periturœ in nullum indejam nomen, in omnis jam vocabuli mortem (»).
Et vous vous attachez à ce corps , et vous bâtissez sur ces ruines , et vous contractez avec ce mortel une amitié immortelle ! O que la mort vous sera cruelle ! ô que vainement vous soupirerez , disant avec ce roi des Amalécites : Siccine séparât amara mors (2)? « Est-ce ainsi que la mort amère sépare de » tout » ? Quel coup ! quel état ! quelle violence !
(.') Tertul. de Resur. Cariu n. 4. — (') /. Reg. xy. 3a.
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Il n'y a que l'homme de bien qui n'a rien à craindre en ce dernier jour. La mortification lui rend la mort familière ; le détachement des plaisirs le désaccoutume du corps, il n'a point de peine à s'en séparer; il a déjà, depuis fort long-temps, ou déhoué ou rompu les liens les plus délicats qui nous y attachent. Ainsi le Père Bourgoing ne peut être surpris de la mort : « ses jeûnes et ses pénitences 3> l'ont souvent avancé dans son voisinage , comme » pour la lui faire observer de près » : Sœpe jejunans mortem de proximo novit. « Pour sortir du monde » plus légèrement, il s'est déjà déchargé lui-même » d'une partie de son corps , comme d'un empêche- » ment importun à l'ame » : Prœmisso jam sangiUnis succo , tanquam animœ impedimento (0. Un tel homme dégagé du siècle, qui a mis toute son espérance en la vie future , voyant approcher la mort , ne la nomme ni cruelle ni inexorable : au contraire,.il lui tend les bras, il lui présente sans murmurer ce qui lui reste de corps, et lui montre luimême l'endroit où elle doit frapper son dernier coup. O mort! lui dit-il d'un visage ferme, tu ne me feras aucun mal , tu ne m'ôteras rien de ce qui m'est cher ; tu me sépareras de ce corps mortel : ô mort ! je t'en remercie ; j'ai travaillé toute ma vie à m'en détacher, j'ai tâché de mortifier mes appétits sensuels; ton secours, ô mort, m'étoit nécessaire pour en arracher jusqu'à la racine. Ainsi, bien loin d'interrompre le cours de mes desseins, tu ne fais qu'accomplir l'ouvrage que j'ai commencé; tu ne détruis
C») Tertul. de Jejun. n. la.
Sgo onAisoN funèbre
pas ce que je prétends , mais tu l'achèves : achève
donc, ô mort favorable, et rends-moi bientôt à mon
maître.
Ah ! « qu'il n'en est pas ainsi des impies » ! Non sic impii, non sic (0. La mort ne leur arrive jamais si tard , qu'elle ne soit toujours précipitée ; elle n'est jamais prévenue par tant d'avertissemens , qu'elle ne soit toujours imprévue. Toujours elle rompt quelque grand desseiaet quelque affaire importante : au lieu qu'un homme de bien , à chaque heure , à chaque moment a toujours ses affaires faites ; il a toujours son ame en ses mains , prêt à la rendre au premier signal. Ainsi est mort le Père Bourgoing ; et voilà qu'étant arrivé en la bienheureuse terre des vivans , il voit et il goûte en la source même combien le Seigneur est doux; et il chante, et il triomphe avec ses saints anges, pénétrant Dieu , pénétré de Dieu, admirant la magnificence de sa maison, et s'enivrant du torrent de ses délices.
Qui nous donnera, chrétiens, que nous mourions de cette mort , et que notre mort soit un jour de fête, un jour de délivrance, un jour de triomphe! « Ah ! que mon ame meure de la mort des justes « ! Moriqtur anima mea morte justorum (2) ! Mais pour mourir de la mort des justes, vivez, mes Frères, de la vie des justes. Ne soyez pas de ceux qui diffèrent à se reconnoître quand ils ont perdu la connoissance ; et qui méprisent si fort leur ame , qu'ils ne songent à la sauver que lorsqu'ils sont en danger de perdre leur corps ; desquels certes on peut dire
(i) Ps. 1. 4 W JS^um. XXIII. 10.
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véritablement qu'ils se convertigsent par désespoir plutôt que par espe'rance. MfiS Frères, faites pénttence , tandis que le me'decin n'est pas encore à vos côtes , vous donnant des jours et des heures qui ne sont pas en sa puissance , et toujours prêt à philosopher admirablement de la maladie après la mort. Convertissez-vous de bonne heure; que la pense'e en vienne de Dieu , et non de la fièvre ; de la raison , et non du trouble; du choix, et non de la force ni de la contrainte. Si votre corps est une hostie, consacrez à Dieu une hostie vivante ; si c'est un talent précieux qui doive profiter entre ses mains , mettez -le de bonne heure dans le commerce, et n'attendez pas à le lui donner qu'il le faille enfouir en terre : c'est ce que je dis à tous les fidèles.
Et vous, sainte compagnie, qui avez désiré d'ouïr de ma bouche le panégyrique de votre père , vous ne m'avez pas appelé dans cette chaire, ni pour déplorer votre perte par des plaintes étudiées, ni pour contenter les vivans par de vains éloges des morts. Un motif plus chrétien vous a excitée à me demander ce discours funèbre à la gloire de ce grand homme : vous avez prétendu que je consacrasse la mémoire de ses vertus, et que je vous proposasse, comme en un tableau, le modèle de sa sainte vie. Soyez donc ses imitateurs comme il l'a été de Jésus- Christ : c'est ce qu'il demande de vous aussi ardemment, j'ose dire plus ardemment que le sacrifice mystique : car si par ce sacrifice vous procurez son repos; en imitant ses vertus, vous enrichissez sa couronne. C'est vous-mêmes , mes Révérends Pères ,
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qui serez et sa couronne et sa gloire au jour de notre Seigneur, si, comme vous avez été durant tout le cours de sa vie obéissans à ses ordres , vous vous rendez de plus en plus après sa mort fidèles imitateurs de sa piété. Ainsi soit-il.