‹ Œuvres; revues sur les manuscrits originaux et les éditions les plus correctes (volume 5)Chapitre 6 sur 51 · LE JOUR DE LA PURIFICATION · texte numérisé non relu

LE JOUR DE LA PURIFICATION

Grandeur de la miséricorde que Dieu avoit fait éclater sur elle. La multitude des Eglises, cette Eglise unique et première que les apôtres avoient fondée. Combien il est nécessaire de demeurer dans son unité : son éternelle durée , justifiée contre les sentimens des protestans. Erreurs monstrueuses, et absurdités qui résultent du système de cette Eglise cachée qu'ils ont voulu supposer. La perfection de l'Eglise dans l'unité.

Vocavit vos de tenebris in admirabile lumen suum.

// vous a appelée des ténèbres à son admirable lumière. I. Petr. II. 9,

JM A très-chère Sœur en notre Seigneur Je'sus-Christ ; après les grandes miséricordes que Dieu a fait éclater sur vous , je ne puis mieux commencer ce discours que par des actions de grâces publiques, remerciant sa bonté paternelle qui vous a miraculeusement délivrée de la puissance des ténèbres, pour vous transporter au royaume de son Fils l)ien-aimé.

En

POUR VUE VÊTURE. 1 l3

En effet, n'est-il pas bien juste, ô grand Dieu, que votre sainte Eglise catholique vous loue et vous glorifie dans les siècles des siècles ? Car qui n'admireroit la profondeur de vos jugemens, ô e'ternel Roi de gloire, qui, pour la punition d^ nos crimes, ou pour quelque autre secret conseil de votre sainte providence, ayant permis qu'en ces derniers temps l'Eglise chrétienne fût déchire'e par tant de sortes de schismes, et par tant de lamentables divisions, ne perdez pas pour cela les âmes que vous avez choisies; mais qui, étant riche en miséricorde, savez les éclairer , même dans le sein de l'erreur , et selon votre bon plaisir les attirez par des ressorts infaillibles à la véritable croyance. C'estjce que vous avez fait paroître en cette jeune fdle , élevée dans le schisme et dans l'hérésie , que vous avez regardée en pitié, ô Père très-clément et très-bon. On la nourrissôit dans une doctrine hérétique ; mais vous avez voulu être son docteur. Vous lui avez ouvert les yeux , pour voir votre admirable lumière: vous avez voula faire paroître qu'il n'y a point d'âge qui ne soit mûr pour la foi, et que l'iiomme est assez savant quand il sait écouter vos saintes inspirations. Et voici qu'étant instruite de la véritable doctrine , que nous avons reçue de nos pères par une succession de tant de siècles , Jonchée en son cœur d'un extrême dégoût de ce monde trompeur, et d'un chaste amour de votre cher Fils, qu'elle désire choisir pour son seul Epoux, elle se vient présenter devant vos autels, afin que vous ayez agréable quelle soit admise aujourd'hui à l'épreuve d'une vie retirée. Bénissez-la , Seigneur , et soyez loué à jamais des grâces

Il4 POUR UNE V^TURE.

que vous lui faites : que les anges et tous les esprits bienheureux chantent éternellement vos bonte's.

Et vous, ma chère Sœur, que Dieu comble de tant de bienfaits, conside'rez ces dévotes filles et toute cette pieuse assemblée. Mais élevez plus haut vos regards-, contemplez en esprit la sainte Eglise de Dieu , tant celle qui règne dans le ciel , que celle qui combat sur la terre : croyez qu'elle triomphe de joie , de voir en vous des effets si visibles de la miséricorde divine. Eclatez aussi en hymnes et en cantiques j dites, dansl'épanchement de votre ame: « O Seigneur, qui est semblable à vous (0 ! Que le » Dieu d'Israël est bon à ceux qui sont droits de » cœur (2) » , et qpi marchent devant sa face en toute simplicité!

Pour moi , afin de vous animer davantage à rendre à notre grand Dieu de fidèles actions de grâces , je vous donnerai, avec l'assistance divine, quelques avis succincts, mais très-importans, et sur ce que vous avez fait , et sur ce que vous allez faire. Je vous représenterai premièrement la grande griice que Dieu vous a faite de vous retirer des ténèbres de l'hérésie; et après, je tâcherai de vous faire voir de quelle sorte vous devez user de linspiration qu'il vous donne, de renoncer entièrement à toutes les espérances du siècle : et il se rencontre fort à propos , que les deux principaux mystères que nous célébrons en ce jour,, conviennent très-bien avec ce sujel. Dans la purification de la Vierge, vous pouvez considérer avec fruit que Dieu, par sa pure bonté, vous a purgée de votre hérésie; et dans l'oblation de l'Enfant (0 Ps. xxxir. 10. — W Ps. nxii. I.

POUR UNE VETURE. Il5

Jésus , que l'on présente aujourd'hui à son Père , vous devez faire re'flexion sur le dessein que vous méditez , de vous consacrer pour jamais à son service par une profession solennelle. C'est sur quoi je vous entretiendrai en ce jour : vous ferez seule tout le sujet de cette exhortation. Au reste , n'attendez pas de moi tous ces ornemens de la rhétorique mondaine; mais priez seulement cet Esprit qui souffle où il veut, qu'il daigne répandre sur mes lèvres ces deux beaux ornemens de l'éloquence chrétienne , la simplicité et la vérité , et qu'il étende par sa grâce le peu que j'ai à vous dire.

' PREMIER POINT

Si, parlant aujourd'hui de nos frères qui à notre grande douleur se sont séparés d'avec nous, j'appelle leur Eglise une Eglise de ténèbres ; je les prie de ne croire pas que, pour condamner leur- erreur, je m'aigrisse contre leurs personnes. Certes, je puis dire d'eux avec vérité ce que l'apôtre disoit des Juifs (0, que le plus tendre désir de mon cœur, et la plus ardente prière que je présente tous les jours à mon Dieu, est pour leur salut. Je ne puis voir, sans une extrême douleur, les entrailles de la sainte Eglise si cruellement déchirées; et pour parler plus humainement, je suis touché au vif quand je considère tant d'honnêtes gens que je chéris, comme Dieu le sait, marcher dans la voie de ténèbres. Mais afin qu'il ne semble pas que je veuille faire aujourd'hui une invective inutile, je vous proposerai une doctrine solide, et conduirai ce discours, si Dieu le per-

{,^)Ilom. X. I.

Il6 POUR UNE VETURE.

met, avec une telle modération, que sans les charger 4'injures , je les presserai par de vives raisons tirées des Ecritures divines, et des Pères leurs interprètes fidèles.

Je dis donc en premier lieu , chrétiens , que Dieu est une pure et incompréhensible lumière , de laquelle toute autre lumière prend son origine ; d'oii vient que l'apôtre saint Jean dit que k Dieu est lu- » mière, et qu'en lui il n'y a point de ténèbres (0 ». Et saint Paul l'appelle «Père de lumière, qui habite » une lumière inaccessible (2)». Le genre humain ^ chrétienne assemblée , s'étant retiré de cette lumière éternelle , languissoit dans une nuit profonde et dans des ténèbres plus qu'égyptiennes , lorsque Dieu touché de pitié envoya son cher Fils en la terre , pour être la lumière du monde, comme il dit lui-même en saint Jean (3). C'est lui qui est cette véritable et universelle lumière , « qui illumipe par ses clartés » tout homme venant au monde (4) ». C'est la splendeur de la gltjire du Père , qui, étant devenue chair dans la plénitude des temps, est entrée en société avec nous, et nous a fait participans de ses dons : car ayant commencé sur la terre l'exercice de son ministère par la prédication de la parole de vie que «on Père lui mettoit à la bouche , il a assemblé près de sa personne les premiers ministres de son Evangile, qu'il a appelés ses apôtres; parce qu'après sa course achevée, il les devoit envoyer par toutes les provinces du monde , pour aggrégçr ses brebis dispersées, sous l'invocation de son nom, et la profes-

C») /. Joan, I. 5. — W /. Tim. ri. 16. — {?) Joan. viii. la. —

POUR ilNE VÊTUEE. 11^

iion de son Evangile. Et comme il a dit de lui-même qu'il étoit la lumière du monde, ainsi que je vous le rapportois tout-à-l'heure ; de même a-t-il dit, parlant à ses saints apôtres : «Vous êtes la' lumière » du monde » : Kos estis lux mundi (*) ; parce qu'étant éclairés des lumières de ce bon Pasteur par l'infusion de son Saint-Esprit, ils ont eux-mêmes communiqué la lumière aux peuples errans, comme dit l'apôtre saint Paul écrivant aux Ephésiens : « Vous » étiez autrefois ténèbres ; mais vous êtes mainte- » nant lumière en notre Seigneur W ».

Cette lumière , au commencement , se répandit sur peu de personnes ; parce que , selon la parabole de l'Evangile , l'Eglise , d'un petit grain , devoit devenir un grand arbre (3). Mais enfin, par la miséricorde de Dieu , la foi étant augmentée , on a fondé des Eglises par toutes les parties de la terre , selon le modèle de celles que les saints apôtres avoient établies. Fidèles, ne croyez pas que l'on ait divisé pour cela cette première et originelle lumière, ou que l'on ait, pour ainsi dire, arraché quelque rayon auk Eglises apostoliques , pour les porter aux autre^ Eglises. Certes , cela ne s'est pas fait de la sorte : cette lumièi-e a été étendue; maïs elle n'a pas été divisée. En faisant de nouvelles Eglises , on n'a pas fait des sociétés séparées : « On a été prendre des » premières Eglises la continuation de la foi , et la « semence de la doctrine » : Traducem Jidei et semina doctrinœ cœterœ exînde Ecclesiœ mutuatce sunty dit TertuUien (4). Toutes les Eglises sont apos-

(«) 3IaUh. V. 14. — (») Ephes. V. 8, — C^) Luc. xiii. 19. — C4) De Prascript. n. ao.

Ïl8 TOVK UNE vèTTJRE.

toliques , parce qu'elles sont descendues des Eglises apostoliques. Un si grand nombre d'Eglises, ditTertullien , ne sont que cette Eglise unique et première que les apôtres avoient fondée. Elles sont toutes premières et toutes apostoliques ; parce qu'elles se sont toutes rangées à la même paix , qu'elles se sont associées à la même unité, qu'elles ont toutes le même principe. « L'Eglise éclairée par le sauveuc » Jésus, qui est son véritable soleil, dit l'admirable 3} saint Cyprien (0,bien qu'elle répande ses rayons » par toute la terre , n'a qu'une même lumière qui 5) se communique partout » ; Ecclesia Domini luce perfusa per totum orbem radios suos porrigit; unum tamen lumen est, quod ubique diffunditur , nec unitas corporis separatur.

Par où vous voyez , mes chers Frères, que l'Eglise est le lieu sacré dans lequel Jésus-Christ renferme le trésor des lumières célestes. Quelque docte que soit Mn homme, quelques beaux sentimens qu'il professe, il marche dans les ténèbres s'il abandonne l'unité de l'Eglise. Celui-là ne peut avoir Dieu pour père, qui n'a pas l'Eglise pour mère. En vain nos adversaires se glorifient- ils, en toutes rencontres, de la science des Ecritures qu'ils n'ont jamais bien étudiées selon la méthode des Pères , qui ont fait gloire de suivre les interprétations de leurs ancêtres. « Nous enseignons, disoient -ils, ce que nous ont » appris nos prédécesseurs; et nos prédécesseurs l'ont » reçu des hommes apostoliques; et ceux-là, des » apôtres; et les apôtres, de Jésus- Christ; et JésuS' » Christ, de son Père ». C'est à peu près ce que veu-

(0 Lib, âe Unit, Eccl. pag. igS.

POVH USE VÊTUKE. 1 I9

lent dire ces mots du grand Tertullien : Ecclesia ah apostolis , apostoli à Christo , Christus à Deo tradidit (0. O la belle chaîne, ô la sainte concorde, ô la divine tissure que nos nouveaux docteurs ont rompue ! Cette belle succession étoit la gloire de l'Eglise de Dieu : c'est ce que nous opposions aux ennemis de Jésus, que malgré les tyrans et les hérétiques, malgré la violence et la fraude , l'Eglise de Jésus- Christ étoit demeurée immobile.

Ils renoncent volontairement à cet avantage. N'ont-ils pas osé assurer, dans l'article xxxi de leur Confession , qu'il a été nécessaire que Dieu en notre temps , auquel l'état de l'Eglise étoit interrompu , ait suscité gens d'une façon extraordinaire , pour dresser l'Eglise de nouveau qui étoit en ruine et désolation ? O parole inouie aux premiers chrétiens ! si ce n'est , certes , qu'elle a toujours été témérairement avancée par les hérétiques leurs prédécesseurs, et toujours constamment réfutée par nos Pères les -orthodoxes. L'avez -vous jamais cru, ô saints martyrs,© bienheureux évêques,ô docteurs divinement éclairés , l'avez-vous jamais cru,que cette Eglise que vous fondiez par votre sang , ou que vous instruisiez par votre doctrine , dût être durant tant de siècles entièrement abolie , jusqu'à ce que Luther et Calvin la vinssent dresser de nouveau? Cette cité qui a occupé tout le monde. Dieu l'a fondée éternellement , dit l'admirable saint Augustin (^) i le firmament tomberoit aussitôt que l'Eglise seroit éteinte : Deus Jîindavit eam in œternum.

(») Z)e Prœscript. n. 37. — (») In Psal. xlyii, n. 7 5 tom. iv,

laO POUR LA VETURE.

Certes, il est indubitable, ô sauveur Jésus : comme durant toute Fe'ternité vous serez be'ni dans le ciel ; ainsi pendant toute la durée de ce siècle , vous aurez toujours des adorateurs sur la terre. Et où seront ces adorateurs, si votre Eglise doit tomber en ruine ? Comment poùrriez-vous être adoré dans une Eglise ^entièrement désolée, une Eglise infectée d'erreurs, faisant profession publique d'idolâtrie, une Eglise enfin telle qu'elle a été durant plusieurs siècles , suivant l'opinion de nos adversaires ? Seigneur Jésus , encore une fois où étoient alors vos adorateurs ? Eh ! dites-nous , je vous prie , nos Frères , qui dites si hautement que vous voulez suivre les Ecritures, dans quel évangile ou dans quelle prophétie voyez-vous que l'Eglise dût un jour tomber en ruine , qu'elle dût être désolée durant tant de siècles ? La Synagogue même des Juifs, qui n'avoit pas de si belles promesses, a-t-elle jamais eu de si longues éclipses? Est-ce là cette Eglise fondée sur la pierre, contre laquelle les portes d'enfer ne peuvent jamais prévaloir (0? Comment est-ce que l'Eglise de Dieu est enfin tombée en ruine, et a été obscurcie d'erreurs, elle que l'apôtre appelle la colonne et le soutien de la vérité (2) ? Le sauveur Jésus parlant à* ses disciples, et en leur personne à ceux qui se dévoient assembler avec eux, ou qui leur dévoient succéder: « Je serai, » dit-il , avec vous jusqu'à la consommation des siè- » clés (3) ». Où étiez-vous donc, ô Sauveur, quand nos réformateurs, sans aveu, sont venus dresser de nouveau votre Eglise ?

'Certes, je vous l'avoue, mes chei-s Frères, je ne

C«) Mattk. XVI. i8. — W /. Tim. m. i5. — C^) Malth. xxvin. ao.

POUR tJNE VETURE. 121

puis modérer ma douleur, quand je vois de telles paroles prononce'es par des chrétiens. Aussi ont-ils tâché de les adoucir par diverses explications, autant vaines que spécieuses. Je vous les rapporterai, s'il vous plaît; et puis, à l'honneur de la vérité, et pour la consolation de nos âmes , nous les réfuterons en esprit de paix. Il leur a semblé fort étrange de dire que l'Eglise de Jésus-Christ dut cesser si longtemps d'être sur la terre. Les Luthériens de la Confession d'Ausbourg, leurs frères et leurs nouveaux alliés , assurent en l'article vu qu'il y a une Eglise sainte qui demeurera toujours. Ils parlent de l'Eglise qui est en ce monde. Et leurs propres Eglises, qui sont dans la Suisse et autres pays , disent au chapitre XVII qu'il faut qu'il y ait toujours eu une Eglise , qu'elle soit encore , et qu'elle dure jusqu'à la fin des siècles ; c'est-à-dire , une assemblée des fidèles appelés et recueillis de tout le monde. Interrogez nos frères errans , il faudra qu'ils répondent la même chose. Demandez- leur où étoit cette Eglise, lorsqu'il n'en paroissoit dans le monde aucune qui fit profession de leur foi. Comme c'est une chose évidente, ils vous répondront tous qu'elle étoit cachée, qu'elle ne paroissoit pas par un terrible jugement de Dieu qui la retiroit de la vue des méchans. Ils pensent ainsi réparer l'injure qu'ils feroient à l'Eglise, s'ils osoient assurer qu'elle fût entièrement abolie. Mais quelle ame vraiment chrétienne ne déploreroit pas leur aveuglement?

Ah ! que vous êtes vraiment redoutable en vos conseils, ô grand Dieu , qui avez permis, par une }uste vengeance, que ceux qui ont déchiré votre

122 POUR UNE VETURB.

Eglise ne sussent pas même ce que c'est que l'Eglise ! L'Eglise, à votre avis, nos chers Frères, n'est-ce qu'une multitude sans union ? consiste-t-elle en des gens dispersés, qui n'ont rien de commun qu'en esprit ? est-ce assez qu'ils croient intérieurement? n'est -il pas nécessaire qu'ils fassent profession de leur foi? Mais l'apôtre dit expressément que « l'on » croit dans le cœur à justice, et que l'on confesse » par la bouche à sahit (0 ». Et le Sauveur lui' même : « Qui me confessera, dit -il, devant les » hommes, je le confesserai devant mon Père cé- » leste (2) ». De plus, est-ce assez que chacun la professe en particulier? Ne faut -il pas que ceux qui invoquent avec sincérité le nom du Seigneur, lient ensemble une sainte société par la confession publique de la même foi ? Et cette Eglise cachée, dont vous nous parlez, comment pouvoitelle avoir une confession publique ? qu'est-ce autre chose qu'un amas de personnes timides, qui n'osoient confesser ce qu'ils croyoient, qui démentoient leurs consciences, en s'unissant de corps aune Eglise dont ils se séparoient en esprit? Certes, s'ils se fussent séparés d'avec nos pères, leur séparation lés eût rendus remarquables, et leur société se seroit produite j elle n'auroit pas été cachée, comme vous le dites. Et s'ils sont demeurés unis ; quoi, ces justes, ces gens de bien , cette Eglise prédestinée , alloient adorer Dieu dans nos temples qui étoient des temples d'idoles, et communiquoient à nos prières qui renversoient la dignité du médiateur, et assistoient à nos sacrifices qui réduisent à néant celui de la

(0 JRoin. X. 10. — {») Matth. x. Sa. * .

POUR UNE VÊTURB. 123

croix? Chers Frères, en quel abîme d'erreurs tombez-vous ?

Mais pour vous presser encore davantage : il n'y a point d'Eglise sans foi. Et comment croiront-ils, s'ils n'entendent? et comment entendront- ils, s'Us n'ont des pre'dicateurs? et peut-il y avoir des prédicateurs ou il n'y a point de pasteurs ? Dis-moi donc, ô Eglise cachée, à laquelle Luther et Calvin ont eu leur refuge , d'où ils tirent leur succession , bien qu'il leur soit impossible de la montrer; dis-moi oh e'toient tes pasteurs ? Si c'étoient ceux de l'Eglise romaine , donc tu n'entendois qu'une fausse doctrine, contraire à celle des réformateurs; donc tu recevois des sacremens mutilés, car ils ne les administroient pas d'autre sorte; donc tu te pouvois sauver dans cette communion ; et néanmoins c'est une chose assurée que l'on ne se peut sauver que dans la communion de la vraie Eglise. Et si l'on se sauvoit en ce temps dans la communion de l'Eglise romaine, nous nous y pouvons sauver à présent. Par conséquent, ô Eglise cachée, devant que Luther te vînt découvrir, les pasteurs de l'Eglise romaine n'étoient pas tes véritables pasteurs. Que si tu étois régie par d'autres pasteurs, je demande que l'on m'en montre la liste, et que l'on me fasse voir les Eglises qu'ils ont gouvernées, et les chaires qu'ils ont remplies : c'est une chose impossible.

Car lorsqu'ils nous allèguent les Hussiles et les Albigeois, chrétiens, vous voyez assez combien cette évasion est frivole. Ces Hussites et ces Albigeois venoient eux-mêmes , à ce qu'ils disoient , dresser de

124 POUR UNE VÈTUHE.

nouveau l'Eglise. Et je demanderai toujours oîiëtoit l'Eglise avant les Hussites? où ëtoit-elle avant les Albigeois ? En vain ils prétendent tirer leur autorité de gens qui se sont produits d'eux-mêmes aussi bien qu'eux, et qui, après avoir quelque temps agité le christianisme, sont retournés dans l'abîme duquel ils étoient sortis tout ainsi qu'une noire vapeur. Et dites-moi donc , je vous prié , quel monstre d'Eglise est-ce que cette Eglise cachée. Eglise sans pasteurs ni prédicateurs ; bien que , selon la doctrine de l'apôtre (0, Dieu ait mis dans le corps de l'Eglise les uns pasteurs, et les autres docteurs, sans quoi l'Eglise ne peut consister (2) ? Eglise sans sacremens , et sans aucune profession de foi; Eglise vraiment de lénèbres , digne , certes , d'être cachée , puisqu'elle n'a aucuns traits de l'Eglise de Jésus-Christ. Le Sauveur ayant ordonné à ses apôtres que ce qu'ils entendoient en particulier, ils le prêchassent hautement sur les toits (3), c'est-à-dire , dans l'évidence du monde j nous parler d'une Eglise cachée, en vérité n'est-ce pas nous parler d'une Eglise de l'antechrist? Car l'Eglise chrétienne, dès son berceau, étoit connue par toute la terre , ainsi que l'apôtre dit aux Romains : a Votre foi est annoncée par tout lé » monde (4) ». Et bien qu'elle fût persécutée de toutes parts , elle se rendoit illustre par ses propres persécutions et par son invincible constance. « Nous M savons de cette secte, disoient les Juifs à l'apôtre » saint Paul (5), que l'on lui contredit partout ».

(0 Ephes. IV. II.— (*) Art. xxr de leur Confession. — C^) Mallfu \. 27. -- (4) Hom. I. 8. — W Act. xxviir. 22.

POUR U2VE VÊTURE. laS

L'Eglise fut donc connue sitôt après la mort du Sauveur. Et en effet , étant nécessaire que tous les gens de bien se rangent à la société de l'Eglise , comme nos adversaires mêmes le professent, se peut-il une plus grande absurdité que de dire qu'elle soit cachée ? Comment veut-on que les hommes se rangent à une société invisible ? Partant , cette Eglise cachée à laqueUe ils se glorifient d'avoir succédé , n'étant pas, selon leur propre Confession, cette cité élevée sur la montagne , exposée à la vue des peuples ; que reste-il autre chose, sinon qu'elle fût au fond de l'abîme , dont elle est sortie pour un temps au grand malheur du christianisme, pour Ja punition de nos crimes ? C'est pourquoi il est arrivé que ces doctes , ces beaux esprits, qui ont écrit de si belles choses, ils ont tout su excepté l'Eglise ; et faute de la connoître, toutes leurs autres connoissances leur ont tourné à damnation éternelle.

Il n'y a rien de si froid , ni de si mal digéré que ce qu'ils ont dit des qualités que devoit avoir l'Eglise de Jésus- Christ. La perfection de l'Eglise est dans l'unité; et cette unité, chrétiens, jamais ils ne l'ont entendue. Laissons les longues disputes et les argumens difficiles : l'union qu'ils ont faite depuis peu d'années avec leurs nouveaux frères les Luthériens , décide tous nos doutes sur cette matière. Les contentions de ces deux sectes sont connues à tout le monde : elles se sont traitées très long-temps d'impies et d'hérétiques ; enfin elles se sont unies. Ce n'est pas une chose nouvelle que deux sectes s'unissent ensemble ; mais qu'elles se soient unies en conservant la même doctrine, qui les a si long-temps

126 POUR TTIîE VETURE.

séparées, c'est ce qui fait voir très-évidemment qu'ils ne savent pas ce que c'est que l'Eglise.

Car je leur demande, mes Frères : la secte des Luthériens mérite-t-elle le nom d'Eglise ? Si elle n'est pas Eglise, pourquoi communier avec elle? pourquoi souiller votre communion par une communion schisraatique? L'Eglise ne connoît qu'elle-même : elle ne reçoit rien qui ne soit à elle. « L'étranger et » l'incirconcis n'y entreront point » , disoit autrefois le prophète (0. Que s'ils sont la vraie Eglise; donc les Luthériens et les Calvinistes ne font que la même Eglise. Et qui a jamais ouï dire que l'Eglise de Jésus-Christ fût un amas de sectes diverses , qui ont une profession de foi différente et contraire en plusieurs points, dont les pasteurs n'ont pas la même origine , et ne communiquent entre eux ni dans l'ordination ni dans les synodes? Cette union, n'est-ce pas plutôt une conspiration de factieux qu'une concorde ecclésiastique? Comme on voit les mécontens d'un Etat entrer dans le même parti, chacun avec son intérêt distingué de celui des autres, et ne s'associer seulement que pour la ruine de leur commune patrie , pendant que les fidèles serviteurs du prince sont unis véritablement pour le service du maître ; ainsi en est-il de cette fausse union que nos réformateurs prétendus ont faite depuis peu de temps. Et c'est ce que faisoient ces hérétiques, dont parle Tertullien C^) : Pacem quoque passim cum omnibus miscent : « Ils entrent en paix avec tous indifiérem- » ment : car il ne leur importe pas, ajoute ce grand » personnage, d'avoir des sentimens opposés, pourvu

(«) Isai. ui. I. — W De Prcescript. n.^i.

POUR UNE vèTTJRË. I Î'J

» qu'ils conspirent à renverser la même vérité » : Nihil enim interest illis , licet diversa iractantibus , dum ad unius veritatis ejcpugnationem conspirent.

C'a toujours été l'dl^rit qui a régné dans les hé« résies. Les Ariens ne vouloient autre chose , sinon que l'on supprimât le mot de Consubstantiel, comme apportant trop grand trouble à l'Eglise; et qu'après, en dissimulant le reste de la doctrine , on vécût en bonne intelligence. Ainsi, disent les Calvinistes, ne parlons plus de la réalité du corps de Jésus-Christ dans l'eucharistie , sur laquelle nos pères se sont si long- temps combattus; du reste unissons- nous, et que chacun demeure dans sa croyance. O la nouvelle façon de terminer les schismes, toujours inconnue à l'Eglise , «t toujours pratiquée par les hérétiques ! Us ont trouvé le moyen de s'unir dans le schisme même. Schisma est unitas ipsis , disoit le grave Tertullien (0 : « L'unité même parmi eux est » un schisme ». Ils professent une foi contraire, c'est le schisme ; ils les reçoivent à la même communion , c'est l'unité. Car si les articles dans lesquels vous diflérez sont essentiels, pourquoi vous unissezvous? et s'ils ne le sont pas , pourquoi avez-vous été si long-temps séparés? Pourquoi est-ce que Calvin, qui est venu le dernier , n'a pas tendu les mains à Luther? que ne lui a-t-il donné ses Eglises? pourquoi a-t-il voulu être chef de parti au préjudice de l'Evangile? pourquoi a-t-il divisé le troupeau de Jésus? Certes, il failoit bien que vos pères crussent que les articles de foi qui vous séparoient fussent importans; autrement, comment les excuserez - vous

{*) De Prcescript. n. /\i.

128 POUR UNE VÊtURE.

de n'avoir pas accouru à la même unité? Maintenant de savoir si le corps de Jésus -Christ est réellement en l'eucharistie , ou s'il n'y est pas, cela vous semble fme chose de peu d'importaifce. Donc que^de synodes inutiles , que de folles disputes , que de sang répandu vainement pour soutenir qu'il n'y étoitpasl Savoir si Jésus y est ou s'il n'y est pas, c'est une chose de peu d'importance : donc un tel bienfait du sauveur Jésus demeurera dans le doute. Certes , si Jésus y est , il n'y peut être que par un amour infini; et ainsi ceux qui le nieroient, quel tort ne feroient-ils pas à sa miséricorde, ne reconnoissant pas une grâce si signalée ? Et vous appelez cela une affaire de peu d importance ? contre la dignité de la chose qui crie contre vous; cqntre les luthériens mêmes , que vous appelez et qui vous refusent j contre vos pères qui vous crient qu'ils ont cru cet article important , et que s'il ne l'étoit pas , en vain ont-ils apporté tant de troubles au monde.

]Ne doutons donc pas, ma très-chère Sœur, qu'ils ne marchent dans les ténèbres. L'apôtre saint Jean a dit que « qui n'aime pas ses frères , ne sait où il » va, et demeure dans l'obscurité (0 ». Comment donc ne sont-ils point aveugles , eux qui se sont séparés d'avec nous pour des causes si peu légitimes; puisque nous' les voyons s'ôter à eux-mêmes, dans ces derniers temps , celle que leurs pères et les nôtres avoient toujours cru être la pjincipale ? dignes certainement, après avoir rompu la vraie paix , d'entrer dans une fausse concorde, comme je vous le viens de montrer tout-à-l'heure ; concorde qui les

t») Joan. II. II.

fortifie

POUR UNE VÊTUllE. I39

fortifie peut-être selon la politique mondaine, mais, si nous le savons comprendre, qui les ruine trèsévidemment selon la règle de la vérité. Rendez donc grâces à Dieu, ma très-chère Sœur, qui vous a tirée de la société des ténèbres.

Ah ! qui me donnera des paroles assez énergiques pour déplorer ici leur malheur? Certes, je l'avoue , chrétiens, il est bien difficile de se départir de la première doctrine dont on a nourri notre enfance. Tout ce qui nous paroît de contraire nous semble étrange et nous épouvante : notie ame , possédée des premiers objets, ne regarde les autres qu'avec horreur. Que pouvons -nous faire dans cette rencontre ? Rendre grâces pour nous , et pleurer pour eux. Cependant ne laissons pas de les exhorter à rentrer en concorde avec nous ; et afin de le faire avec des paroles plus énergiques , employons celles de saint Cyprien, ce grand défenseur de l'unité ecclésiastique. Voici comme parle ce grand personnage à quelques prêtres de l'Eglise romaine, qui s'étoient retirés de la société des fidèles , sous le prétexte de maintenir la pure doctrine de l'Evangile contre les ordonnances des pasteurs de l'Eglise. « Ne » pensez pas , mes Frères , que vous défendiez l'E- » vangile de Jésus-Christ, en vous séparant de son » troupeau , et de sa paix et de sa concorde ; étant, » certes, plus convenable à de bons soldats du Sau- » veur de ne point sortir du camp de leur capitaine , )) afin que demeurant dedans avec nous , ils puissent » pourvoir avec nous aux choses qui sont utiles à » l'Eglise. Car puisque notre concorde ne doit point » être rompue, et que nous ne pouvons pas quit-

l3o POUR UNE VÊTURE.

» ter l'Eglise pour aller à vous, ce que nous ferions }) volontiers si la ve'rité le pouvoit permettre; nous » vous prions , et nous vous demandons avec toute » l'ardeur possible , que vous retourniez plutôt à » notre fraternité, et à l'Eglise de laquelle vous » êtes sortis » : Nec putetis sic vos Euangelium Christi asserere, dum vosmetipsos à Christi grege , et ah ejus pace et concordia separatis ; ciim rnagis militihus gloriosis et bonis congruat intra domestica castra consistere , et intus positos ea quœ in commune tractanda sunt agere ac providere. Nam cum unanimitas et concordia nostra scindi omnino non debeat; quia nos Ecclesid derelictd foras exire et ad vos venire non possumus , ut vos magis ad Ecclesiam matrem et ad nostrain fraternitatem revertamini ^ quihus possumus hortamentis petimus et rogamus (0.

SECOND POINT

(*) Dans la conduite de Dieu sur votre ame , je trouve ceci de très-remarquable, que le Saint-Esprit agissant en vous, y a fait naître en même temps l'amour de l'Eglise et celui de la sainte virginité. N'étoit-cepas peut-être pour vous faire entendte que les Eglises des hérétiques, que vous abandonniez généreusement , étoient des Eglises prostituées , et que la seule Eglise vierge c'est la catholique , à laquelle la grâce divine vous a appelée ? Que l'Eglise doive

(0 yid Conf, Rom. Epist. xliv ; pag. 58.

(*) Ce morceau, dans le manuscrit de Bossuet, ne fait point corps avec ce qui précède : mais comme son discours n'est pas entier, pour le compléter, autant qu'il est en nous , nous avons cru pouvoir y réunir ce fragment, qui revient parfaitement à la matière traitée dans la première partie, et qui probablement a clé fait pour le môme sujet. ( Edit. de Déforis. )

POUR UNE vÊtURE. i3i

être vierge , il n'est rien de plus évident ; parce que tous les docteurs nous enseignent qu'il y a une ressemblance parfaite entre la bienheureuse Vierge et l'Eglise j et c'est pourquoi cette femme de l'Apocalypse , qui paroît revêtue du soleil, nous représente tout ensemble l'Eglise et Marie» La sainte mère de notre Sauveur est vierge et mariée tout ensemble : elle est également vierge et mère. Il en est ainsi de l'Eglise : car l'Eglise , aussi bien que la sainte Vierge, conçoit et enfante par le Saint-Esprit. L'Eglise, comme la sainte Vierge, a un Epoux chaste qui n'est pas le corrupteur de sa pureté ; mais plutôt qui en est le gardien fidèle , et par consé({uent elle est vierge. Mais peut-être voulez-vous savoir ce que c'est que la virginité de l'Eglise : contentons en peu de mots ce pieux désir.

La virginité de l'Eglise , c'est sa vérité et son unité : et de là vient que je vous disois que les Eglises des hérétiques sont des Eglises prostituées ; parce qu'en perdant l'unité, elles se sont éloignées de la vérité. Toute ame qui est dominée par l'erreur est une ame adultère et prostituée; parce que Terreur est la semence du diable , par laquelle ce vieux serpent , ce vieux adultère , qui est menteur et père du mensonge, corrompt l'intégrité des esprits : et c'est aussi pour cela que l'Eglise est vierge , parce que l'erreur n'y a point d'accès ; la doctrine de l'Eglise est vierge , parce qu'elle la conserve aussi pure que son divin Epoux la lui a donnée.

Que cherchiez - vous donc , ma très-chère Sœur , quand abandonnant l'hérésie vous êtes accourue à l'Eglise? Vous cherchiez la virginité de l'Eglise que

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l'hérésie ne reconnoît pas. Comment est-ce que nous montrons que l'hérésie ne reconnoît pas la virginité de l'Eglise? Elle enseigne que l'Eglise, la vraie Eglise n'est pas infaillible : elle enseigne que l'Eglise peut errer ; elle enseigne que l'Eglise a erré souvent. Le ministre de cette ville l'a prêché et l'a écrit de la sorte. O ministre d'iniquité, vous ne connoissez pas la virginité de l'Eglise. Si elle peut errer, elle n'est pas vierge ; car l'erreur est un adultère de l'arae. Mais comment connoîtriez-vous sa virginité, puisque vous ne connoissez pas même sa sainteté? Je crois la sainte Eglise , disent les apôtres dans leur symbole. Est-elle sainte, si elle ment? est-elle sainte, si elle enseigne l'erreur, si elle la confirme par son autorité ? Donc l'Eglise que vous nous prêchez est une Eglise prostituée; et cette jeune fille a bien fait quand elle a quitté cette Eglise, et qu'elle a cherché une Eglise vierge. Mais notre Eglise, ma trèschère Sœur, est encore vierge par son unité.

L'origine de l'unité , c'est le Fils de Dieu : il n'a paru qu'en un seul lieu de la terre ; mais ses prédicateurs ont été par tout l'univers, et ils y ont fonde des Eglises. L'unité ne s'est pas divisée, mais elle s'est étendue j et cette unité sainte et indivisible , la succession continuelle nous l'a apportée. Considérez les troupeaux rebelles; leurs noms vous marquent leur séparation. Zuingliens, Luthériens, Calvinistes sont des noms nouveaux : ce n'est donc pas l'unité qui les a produits , parce que l'unité est ancienne ; mais l'unité les a condamnés, parce qu'il appartient à l'unité sainte, qui communique avec l'Eglise ancienne par une succession vénérable ; il

POUR UNE VETURE. l33

appartient, dis-je , à cette unité de condamner Vaudace de la nouveauté. Donc leurs noms sont des noms de schisme : notre nom , c'est un nom de communion. Mon nom, c'est chrétien, dit saint Pacien (0 ; mon surnom, c'est catholique. Catholique, c'est universel; catholique, c'est un nom d'unité, un nom de charité >^t de paix. Donc l'Eglise catholique est l'Eglise vierge, parce qu'elle possède l'unité sainte, qui la lie inséparablement à l'Epoux unique. C'est pourquoi les Eglises des hérétiques ayant perdu l'unique Epoux, elles prennent le nom de leurs adultères.

L'hérésie n'a point de vierges sacrées : quoiqu'elle se vante d'être l'Eglise , elle n'ose imiter l'Eglise en ce point. Il n'y a que la vraie Eglise qui sache saintement consacrer les vierges. Et certes, comme l'Eglise catholique est l'Eglise vierge, c'est elle aussi qui nourrit les vierges. Jésus -Christ ne les reçoit pas pour épouses, si l'Eglise sa bien -aimée ne les lui présente : et c'est pourquoi, vous ayant destinée dès l'éternité à ce mariage spirituel , que la pureté virginale contracte avec lui, il vous a inspiré dans le même temps ce double désir, d'aimer la virginité de l'Eglise , et de garder la virginité dans l'Eglise, Réjouissez-vous donc en notre Seigneur ; préparezvous aux embrassemens de l'Epoux céleste. C*est lui qui est engendré dans l'éternité par une 'génération virginale ; c'est lui qui naissant dans le temps , ne veut point de mère qui ne soit parfaitement vierge , et il consacre son intégrité par une divine conception , et par une miraculeuse naissance.

(0 S. Pacian. ad Sympron. Ep. i.

l34 POUR UNE PRaFESSION.

SERMON

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