‹ Œuvres; revues sur les manuscrits originaux et les éditions les plus correctesChapitre 11 sur 321 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Manière méprisante dont les nouveaux critiques traitent les Pères et méprisent la tradition : Premier exemple de leur procédé dans la question de la nécessité de l'eucharistie : M. Simon avec les hérétiques accuse l'Eglise ancienne d'erreur, et soutient un des argumens par lesquels ils ont attaqué la tradition.

Il faut apprendre à connoître les décisions de nos critiques, et la manière dont ils tranchent sur les Pères. C'est foiblesse de s'étudier à les défendre et à les expliquer en un bon sens: il en faut parler librement: c'est quelque chose de plus savant et de plus fin que de prendre soin de les réduire au chemin battu. Au reste, on n'a pas besoin de rendre raison de ce qu'on prononce contre eux. Le jugement d'un critique, formé sur un goût exquis , doit s'autoriser de luimême , et il sembleroit qu'on doutât si l'on s'amusoit à prouver. On va voir un exemple de ce procédé, et tout ensemble une preuve de ses suites pernicieuses, dans les paroles suivantes de M. Simon.

La preuve j dit-il (0, que saint Augustin tire du

baptême et de T eucharistie pour prouy^er le péché originel, comme s'ils étoient également nécessaires , même aux enfans , pour être sauvés , ne paroît pas COKCLUANTE ; elle étoit cependant fondée sur la créance de ce temps-la (ju'il appuie sur ces paroles: Si "VOUS ne niangez la chair du Fils de l'homme , et si vous ne buvez son sang, vous n aurez pas la vie en vous. Voilà ce qui s'appelle de'cider : autant de paroles, autant d'arrêts. Le reste du passage est du même ton. En un autre endroit il prend la peine d'alle'guer le cardinal Tolet, qui explique saint Augustin d'une manière solide, et qui est suivie de toute l'Ecole ; mais c'est encore pour prononcer un nouvel arrêt (0 : Il paroît bien de la subtilité dans cette interprétation, et toute l'antiquité a inféré de ce passage , si vous ne mangez la chair j etc., la nécessité de donner actuellement l'eucharistie aux enfans ., aussi - bien que le baptême. Il ne faut point de raison : M. Simon a parle. Saint Augustin s'est trompé dans une matière de foi , et comme lui toute l'antiquité étoit dans l'erreur : la créance de ce Père , quoiqu'elle soit celle de son temps , n'en est pas moins fausse. Ainsi en quatre paroles M. Simon conclut deux choses : l'une, que les preuves de saint Augustin , qui sont celles de l'Eglise, ne sont pas concluantes : l'autre , que la créance de l'Eglise est erronée. Si ]V1 . Simon le disoit grossièrement , on s'éleveroit contre lui \ parce qu'il donne à son discours un tour malin et un air d'autorité, on lui applaudit.

Cependant on ne peut pas nier qu'il ne soutienne ici les sentimens des protestans. Le principal objet

de

de leur aversion est l'infaillibilité de l'Eglise, qui entraîne la certitude de ses traditions. Pour attaquer ce fondement de la foi, ils ont cherche' de tous côte's des exemples d'erreur dans l'Eglise, et celui qu'ils allèguent le plus souvent est le même où M. Simon leur applaudit. Dumoulin , dans son Bouclier de la Foi, et tous les autres sans exception, n'ont rien tant à la bouche que cet argument : saint Augustin et toute l'Eglise de son temps croyoit la nécessité de l'eucharistie pour le salut des enfans ; la tradition en étoit constante alors ; cependant elle étoit fausse : il n'y a donc ni tradition certaine , ni aucun moyen d'établir l'infaillibilité de l'Eglise : la conséquence est certaine. M. Simon établit l'antécédent, qui est que l'Eglise a erré en cette matière. Il n'y a donc plus moyen de sauver la vérité, qu'en condamnant ce critique.

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