‹ Œuvres; revues sur les manuscrits originaux et les éditions les plus correctesChapitre 12 sur 321 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Artifice de M. Simon pour ruiner une des preuves fondamentales de l'Eglise sur le péché originel, tirée du baptême des enfans.

C'est ce qui nous réduit à examiner une fois les jugemens qu'il prononce avec tant d'autorité; et encore que selon les lois d'une dispute réglée , à qui affirme sans raison, il suffise de nier de même, ce ne sera pas perdre le temps que de montrer l'ignorance, la témérité, ou plutôt la mauvaise foi de ce censeur.

Je dis donc premièrement qu'il afTolblit la pretive de l'Eglise. Sa preuve fondamentale pour établir le péché originel, étoit le baptême des petits enfans. Ses autres preuves étoient solides , mais il y falloit de la discussion : le baptême des petits entans étoit une preuve de fait, pour laquelle il ne falloit que des yeux : le peuple en étoit capable comme les savans ; et c'est pourquoi saint Augustin l'établit dans un sermon en cette sorte (0 : // ne faut point ^ disoitil, mettre en question , s il faut baptiser les enfans : c'est une doctrine établie ilj a long-temps , avec une souveraine autorité dans l'Eglise catholique. Les ennemis de l'Eglise ( les pélagiens ) en demeurent daccord avec nous , et il ny a point en cela de question. Voilà donc une première vérité qui n' étoit pas contestée. 11 faut baptiser les enfans : le baptême leur est nécessaire j mais à quoi leur est-il nécessaire ? Le baptême le montroit ; puisque constamment il étoit donné en rémission des péchés ; c'étoit une seconde vérité , qui n' étoit pas moins constante que la première. L'autorité ^ dit saint Augustin (2), de T Eglise notre mère le montre ainsi; la règle inviolable de la vérité ne permet pas den douter : quiconque veut ébranler cet inébranlable rempart , cette forteresse imprenable ^ il ne la brise pas , il se brise contre elle. Et un peu après (5) : C est une chose certaine, cest une chose établie. On peut souffrir les errans dans les autres questions , qui ne sont point encore examinées , qui ne sont point affermies par la pleine autorité de l'Eglise : on peut dans cette

(}) Serm. 2f)4- û^- i4- (ieverb. Apost, c, i, n. I2. — W Ib. c. xvn. «. 17. — ' ^5) Ib. c. XXI. n. 20.

occasion supporter [erreur^ mais il ne faut pas permettre den venirjusquà renverser le fondement de lafoi.

Ce fondement de la foi e'toit la déclaration solennelle que faisoit 1 Eglise, qu'on baptisoit les enfans, qu'on les lavoit de leurs péchés; par où il falloit croire de nécessité qu'ils naissoient pécheurs, et que n'ayant point de péchés propres à expier, on ne pouvoit laver en eux que ce grand péché que tous avoient commis en Adam. Il ne falloit point argumenter, l'action parloit : le péché originel si difficile à persuader aux incrédules ,. devenoit sensible dans la forme du baptême , et la preuve de l'Eglise étoit dans son sacrement.

Cet admirable sermon de saint Augustin fut prononcé dans l'Eglise de Cartilage le jour de la nativité de saint Jean-Baptiste , au commencement de l'hérésie de Pelage, et avant que ses sectateurs eussent été condamnés; mais l'Eglise qui les toléroit jusqu'alors, et. les attendoit à pénitence, leur dénonçoit par ce sermon dans la capitale de l'Afrique, qu'elle ne les toléreroit pas long- temps, et jetoit les fondemens de leur prochaine condamnation'. En effet , quelque temps après , dans la même Eglise de Carthage où ce sermon avoit été prononcé , on tint un concile approuvé de toute l'F^glise, où l'on condamna les pélagiens par le baptême des petits enfans. En voici le canon (0 : Quiconque dit quil ne faut point baptiser les petits enfans noiwellement nés, ou quil les faut baptiser h la vérité en la rémission des péchés , mais cependant qu'ils ne tirent

(•) Conc Carth. can. a.

36 DÉFEÎîSE DE LA TRADItlON

pas d'Adam un péché originel quil faille expier par la régénération , doit il s'ensuit que la forme du baptême quon leur donne en la rémission des péchés n'est pas véritable , mais quelle est fausse; qu'il soit anathéme.

On voit par-là que cette preuve du péché originel qu'on tiroit de la nécessité et de la forme du baptême, étoit celle de toute l'Eglise catholique dans les conciles universellement reçus. Les Pères du même concile de Carthage , dans la lettre qu'ils écrivirent au pape saint Innocent, pour lui demander la confirmation de leur jugement, insistent sur cette preuve , comme sur celle qu'on ne pouvoit rejeter sans renverser le fondement de la foi (0, qui étoit précisément ce que saint Augustin avoit prêché , encore qu'il n'assistât point à ce concile ; et le pape la reçut aussi comme incontestable , en disant , que c'est vouloir anéantir le baptême , que de dire que ses eaux sacrées ne servent de rien aux enfans (2).

C'est donc là ce fondement de la foi , sur lequel les pélagiens ne pouvoient pas dire que l'Orient ne fut pas d'accord avec l'Occident , puisque les deux Eglises en convenoient avec un si grand consentement , que les peuples même ^ dit saint Augustin , dans le sermon déjà cité (3) , auroient couvert de confusion ceux qui auroient osé le renverser. C'est aussi ce qui fermoit la bouche aux pélagiens, qui ne faisoient que biaiser quand on en venoit à cet argument , et paroissoient évidemment

(') Epist. Con. Carth. ad In. in fine. — ■ (») Epist. Inn. ad Conc. Milei'. — W Serm. 294. al. i4- c- xvii. /i. 17.

déconcertés, comme les réponses de Julien le pélagien le font connoître (0. Mais aujourd'hui M. Simon entreprend de les délivrer d'un argument si pressant et si important ; et n'osant pas le détruire ouvertement , de peur d'attirer sur lui le cri de tout l'univers, il l'affoiblit indirectement, en joignant la nécessité de l'eucharistie avec celle du baptême , comme si saint Augustin et toute l'Eglise l'avoit crue égale. Mais on voit ici manifestement le malicieux artifice de cet auteur. La preuve que l'on tiroit du baptême subsistoit par sa propre force, indépendamment de celle qu'on tiroit de l'eucharistie , comme on le peut voir par le sermon de saint Augustin , qu'on a rapporté, et encore par le canon du concile de Carthage, oii l'argument du baptême, même seul , fait le sujet de l'anathême de l'Eglise , sans qu'il y soit fait mention de celui de l'eucharistie. Quand donc M. Simon fait marcher ensemble ces deux preuves , c'est qu'il espère d'afToiblir Tune en l'embarrassant avec l'autre : U vouloit faire ce plaisir aux nouveaux pélagiens, dont il est le perpétuel défenseur , aussi bien que des anciens partisans de cette hérésie , comme la suite de ce discours le fera paroître. En effet la preuve tirée du baptême n'a aucune difficulté. Si donc il a senti qu'il y en a voit dans celle qu'on tiroit de l'eucharistie , et qu'il falloit un plus long discours pour la faire entendre, la bonne foi vouloit qu'il les séparât. 11 devoit dire , non pas comme il fait, que la preuve que saint Augustin tire du baptême et de l'eucharistie ne paraît pas

(') Aug. eont. Jul. Ub. m. c. m.

concluante ; mais que la preuve de l'eucharistie est plus difficile à pe'ne'trer que l'autre , qui va toute seule, et qui n'a aucun embarras. Mais s'il eût parlé de cette sorte, la victoire de l'Eglise étoit manifeste , et sa preuve très-évidente. Il falloit donc , pour favoriser les pélagiens anciens et modernes , affoiblir, ou plutôt détruire la preuve la plus manifeste du péché originel , et avec elle renverser le fondement de l'Kglise , comme les Pères, dont nous avons vu les autorités , l'ont démontré.

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