‹ Œuvres; revues sur les manuscrits originaux et les éditions les plus correctesChapitre 113 sur 321 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Témoignages des ordres religieux , de celui de saint Be^ noît, de celui de saint Dominique et de saint Thomas, de celui de saint François et de Scot. Saint Thomas, recommandé par les papes, pour avoir suivi saint Augustin : concours de toute l'Ecole : le nuuire des sentences.

Il ne seroit pas inutile d'alléguer ici en particulier les témoignages de l'ordre de saint Benoît , puisque durant huit ou neuf siècles il a comme présidé à la doctrine, et rempli les plus grands sièges de l'Eglise. Mais cette preuve est déjà faite , dès qu'on a rapporté le sentiment de ce grand ordre, tant dans sa tige , comme on l'a vu par Bède et les autres, que dans ses branches et dans ses réformes, comme dans celle de Clugni , par Pierre le Vénérable , et dans celle de Cîteaux par saint Bernard.

L'ordre de saint Dominique n'est pas moins affectionné à saint Augustin, puisque saint Thomas, qui est le docteur de cet ordre , à vrai dire , n'est autre chose dans le fond, et surtout dans les matières de la prédestination et de la grâce , que saint Augustia réduit à la méthode de l'Ecole. C'est même pour avoir été le disciple de saint Augustin , qu'il s'est acquis dans l'Eglise un si grand nom , comme le pape Urbain V l'a déclaré dans la bulle de la translation de ce saint , où il met sa grande louange en ce que , suivant les vestiges de saint Augustin , il a

éclairé par sa doctrine l'ordre des frères Prêcheurs et l'Eglise universelle.

L'école de Scot et l'ordre de saint François n a pas un autre sentiment. Nous trouvons dans l'Histoire ge'nérale de l'ordre des hermites de saint Augustin une célèbre dispute sur le sujet d'un serment (0, par lequel on prétendoit obliger l'université de Salamanque à suivre conjointement les sentimens de saint Augustin et de saint Thomas, qu'on croyoit les mêmes. Les franciscains dirent alors que c'étoit faire injure à saint Augustin que d'exiger ce serment-, qu'il étoit le docteur commun de toutes les Ecoles ; que celle de Scot ne lui étoit pas moins soumise que celle de saint Thomas, et que le docteur subtil avoit tiré toutes ses conclusions de ce Père, et les avoit soutenues par plus de huit cents passages qu'il en avoit allégués dans ses éciùts.

Ainsi il n'y eut jamais aucune dispute sur l'autorité de saint Augustin : les deux écoles contraires conviennent de s'y soumettre ; quelques ordres religieux , comme celui des carmes déchaussés ; quelques universités, comme celle de Salamanque, s'y sont obligées par serment ou par délibération j d'autres ont cru inutile de se faire une obligation particulière d'un devoir commun.

On peut juger par-là des sentimens de l'Ecole, et , si l'on veut remonter à Pierre Lombard , on trouvera que son livre, sur lequel rouloit toute l'ancienne scolastique, n'est qu'un tissu des passages des Pères, et c'est pourquoi il lui donna le nom de

C'^ Pel. del. Campo lib. ni. c. m.

ET DES SAINTS PÈRES, LIV. V. 3oi

sentences , pour montrer le dessein qu'il s'y proposoit de mettre un abrégé de leurs sentiraens entre les mains des étudians en théologie , principalement de ceux de saint Augustin , et surtout dans la matière de la prédestination et de la grâce, où il le suit pied à pied. On trouve à la fin de son livre des Sentences , les articles où ce maître de l'Ecole a été repris, mais on n'y trouve rien sur cette matière qui soit noté; et au contraire, l'autorité de saisit Augustin est demeurée inviolable à toute l'Ecole.

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