CHAPITRE X
Quatre e'tats de saint Augustin. Le premier incontinent après sa conversion et avant tout examen de la question de la grâce : pureté' de ses sentimens dans ce premier état : passages du livre de l'Ordre, de celui des Soliloques, et avant tout cela du livre contre les acade'miciens.
Au lieu donc de lui attribuer un changement sans raison , par la seule ardeur de la dispute , il faut
(0 Lib. X. c. XXIX, XXXI, xxxvii. — W Retract. L. i. c. xxxiii. dt prœdest. SS. c. m. n. 7.
ET DES SAINTS PÈRES, LIV. VI. SaS
distinguer comme quatre états de ce grand homme : le premier, au commencement de sa conversion , lorsque, sans avoir examiné la matière de la grâce , il en disoit naturellement ce qu'il en avoit appris dans l'Eglise ; et dans cet état, ilétoit exempt de toute erreur. La preuve en est constante dans les ouvrages qui suivirent immédiatement sa conversion. Un des premiers est celui de l'Ordre, où nous trouvons ces paroles (0 : Prions , non pour obtenir que les richesses , ou les honneurs ^ ou les autres choses de cette nature , incertaines et passagères , nous arrivent^ mais afin que nous ayons celles qui nous peuvent rendre bons et heureux ; où il reconnoît clairement que tout ce qui nous fait bons est un don de Dieu , et par conséquent la foi même et les bonnes œuvres sans distinguer les premières d'avec les suivantes , ni le commencement d'avec la fin ; mais comprenant au contraire dans sa prière, les principes mêmes : ce qu'il confirme clairement , lorsqu incontinent après il parle ainsi à sainte Monique sa mère C"^) : AJîn que ces vœux soient accomplis , nous 'VOUS chargeons , ma mère ^ de nous en obtenir l'effet ; puisque je crois et assure très-certainement que Dieu m'a donné , par vos prières , le sentiment ou je suis de ne rien préférer à la vérité , de ne rien vouloir , de ne rien penser^ de ne rien aimer autre chose. On ne pouvoit pas expliquer plus précisément, que le commencement de la piété , dont la foi est le fondement , et tout enfin jusqu'au premier désir et à la première pensée de se convertir , lui venoit de Dieu ; puisque c'étoit (•) Lib. n. c. XX. n. Sa. — W IliJ.
3aG DÉFENSE DE LA. TRADITION
l'elFet des vœux de sa sainte mère ; et la suite le fait pai oître encore plus e'videmment , lorsqu'il continue et conclut ainsi cette prière (0 : Et je ne cesserai jamais de croire qu'ayant obtenu par les mérites de vos prières le désir d'un si grand bien , ce ne soit encore par vous que j'en obtiendrai la possession. Il ne laisse point à douter que tout l'ouvrage de la piété, qu'il met dans l'amour et dans la recherche de la vérité , depuis le commencement jusqu'à la perfection , ne soit un don de la grâce ; puisqu'il reconnoît que c'est le fruit des prières, et non point des siennes , mais de celles d'une bonne mère , qui ne cessoit de gémir devant Dieu.
Ceux qui se souviennent combien de fois saint Augustin a fondé la nécessité, la prévention et l'efficace de la grâce sur les prières, de la nature de celles qu'on vient d'entendre , et qu'on fait non-seulement pour sa conversion, mais encore pour celle des autres ; en sorte que le désir et la pensée même de se convertir , qui est la première chose par où l'on commence , en soit l'elTet , ne douteront pas que ce Pèie n'ait senti dès-lors tout ce qui est dû à la grâce, puisqu'il a si parfaitement compris ce qui est dû à la prière. Mais de peur qu'on ne croie que la prière, par où l'on obtient les autres dons , ne nous vienne de nous-mêmes, le même saint Augustin dans ses Soliloques, c'est-à-dire, dès les premiers jours de sa conversion , l'attribue à Dieu par ces paroles (2) : O Dieu, créateur de l'univers , accordez - moi premièrement que je vous prie bien; ensuite que je me rende digne d'être exaucé ; et enjin que vous me (') Lib. II. c. XX. n. 5a. — V^) Solil. l. i. c. i. n. 2.
rendiez toul-à-fait libre : pr^:sta mihi primum vr beke