‹ Œuvres; revues sur les manuscrits originaux et les éditions les plus correctesChapitre 124 sur 321 · TE ROGEM : DEINDE UT ME AGAM DIGN UM QUEM EXAUDI AS · texte numérisé non relu

TE ROGEM : DEINDE UT ME AGAM DIGN UM QUEM EXAUDI AS

posTREMO UT LIBERES. PouF peu qu'ofi soit accoutumé au langage de saint Augustin , qui en ce point est celui de toute T Eglise, on entendra aise'ment que par ces paroles : Accordez-moi que je 'vous prie bien, que je me rende digne d'être exaucé, que je sois libre {Vj c'est reflet et non pas un simple pouvoir qu'on demande à Dieu, et que la grâce que l'on réclame, est celle qui tourne les cœui-s où ils se doivent tourner. Saint Augustin sentoit donc de'jk ce grand secret , qu'il a depuis si bien expliqué contre les pélagiens , que la prière, par laquelle on nous donne tout, est elle-même donnée, et qu'il ne répugne point à la grâce qu'on croie pouvoir s'en rendre digne, pourvu qu'on croie auparavant que c'est elle qui nous rend digne d'elle-même.

Quand il demandoit à Dieu qu'il le délivrât , il sentoit ce qui lui manquoit pour être libre, et reconnoissant dès-lors la captivité de la liberté humaine, qu'il a depuis enseignée plus à fond, il ne s'appuyoit que sur la puissance de la grâce du libérateur. Voilà l'esprit qu'on recevoit en entrant dans l'Eglise. On y apprenoit, en priant, la prévention de la grâce convertissante. C'est aussi à quoi en revient saint Augustin , lorsqu'il dit, que dans le temps même que les Pères moins attentifs à expbquer le mystère de la grâce , que personne ne combattoit , n'en parloient qu'e/z passant, et en peu de mots , on en sentoit ^^brce/^ar la prière (2) ; en sorte, comme l'expli-

(') De gest. Pelag. cap. xiv. n. 33. et seq. l. n. relracl. c. xxiii, XXVI, et aliL. pius. — v») De prced. SS- c. \iy. n. 27.

SaH DÉFENSE DE T, A TKADITION

quent les Capitules de saint Ce'lestin(0, que la loi et la coutume de prier fixoit la créance de l'Eglise, sur la prévention de la grâce. Saint Augustin en est lui-même un exemple ; puisque si long-temps avant qu'il eût seulement songé à examiner ces grandes questions de la prédestination et de la grâce prévenante, le Saint-Esprit lui en apprenoit la vérité dans la prière; et c'est pourquoi il continuoità prier ainsi dans ses Sojiloques (2) : « Je vous prie, ô Dieu , vous » par qui nous surmontons l'ennemi , de qui nous «'avons reçu de ne point périr à jamais, par qui )) nous séparons le bien du mal, par qui nous fuyons » le mal et nous suivons le bien, par qui nous sur- » montons les adversités du monde , et ne nous at- » tachons point à ses attraits; Dieu enfin qui nous » convertissez , qui nous dépouillez de ce qui n'est M pas, et nous revêtissez de ce qui est, c'est-à-dire, » de vous-même, etc. ». En vérité, l'onction de Dieu lui apprenoit tout : l'oraison étoit sa maîtresse pour lui enseigner le fond de la doctrine de la grâce , et s'il ne réfutoit pas encore l'hérésie pélagienne par ses raisons , il la réfutoit par ses prières , pour me servir de l'expression de ce saint docteur (^).

Et si nous voulions remonter plus haut, nous trouverions dès son premier livre, qui est celui contre les académiciens (4) et dès les premières lignes , que parlant à Romanien, à qui il adressoit cet ouvrage , après lui avoir représenté toutes nos erreurs, d'où l'on ne sort, disoit-il, que par quelque occasion favorable , il ne nous reste autre chose , conclut-il ,

(») Cap. XI. — (ïJiS'o/. Uh. I. c. i.n. 3. — (^) Z?e don. pers. c. 11. n. 3. — (4) Lib. 1. CI. n. 1.

fiue défaire à Dieu des vœux pour vous , afin d'obtenir de luij puisqu'il gouverne toutes choses, qu'il vous rende à vous-même et vous permette de jouir enfin de la liberté à laquelle vous aspirez ily a longtemps; par où il nous montre que Dieu en est le maître : et à la fin il continue à nous faire voir que c'est toujours dans la prière que l'on goûte une ve'rité si importante.

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