‹ Œuvres; revues sur les manuscrits originaux et les éditions les plus correctesChapitre 127 sur 321 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Réflexions sur ce premier état de saint Augustin : passage au second , qui fut celui où il commença à examiner, mais encore imparfaitement , la question de la grâce : erreur de saint Augustin dans cet état, et en quoi elle consistoit.

Cette discussion est plus importante qu'on ne le pourroit penser d'abord , puisqu'elle sert non-seulement àéclaircir un fait particulier sur les progrès de saint Augustin, mais encore à condamner la fausse critique de Grotius et de M. Simon , qui en tirent un argument contre l'Eglise, en insinuant que les sentimens dont ce Père s'est corrigé, comme d'une erreur, sont ceux que l'on prend naturellement dans l'Eglise même, comme les plus anciens et les plus droits. On voit au contraire par l'exemple de saint Augustin, que les premiers sentimens qu'on prend dans l'Eglise, et qu'on exprime principalement par la prière , sont ceux de la prévention de la grâce qui nous convertit.

Tel a été le langage de saint Augustin , lorsque plein de l'esprit de grâce qu'il avoit reçu dans sa

CO Cap. LXVJi,

conversion

ET DES SAINTS l'ÈRES, LIV. VI. 33t

conversion et dans le baptême, et des premières impressions de la foi , ce n'étoit pas tant lui qui parloit, que, pour ainsi dire, la foi de l'Eglise et l'esprit de la tradition qui parloit en lui , conformément à cette parole : Credidi propter quod locuTus suM , j'ai cru , cest pourquoi j'ai parlé , comme l'interprète saint Paul (0 ; j'ai parlé selon l'esprit de la foi , qui est le même dans toute l'Eçlise : j'ai parlé naturellement comme je croyois. C'étoit donc là le premier état , qui précède toutes les recherches , et qui est celui du simple fidèle plutôt que celui du docteur ; ou si l'on veut dire que saint Augustin parloit de la grâce en grand docteur, comme en effet ce qu'on vient d'entendre lui méritoit dès-lors un des premiers rangs dans cet ordre, il faut dire que ce docteur voyoit plutôt le fond du mystère qu'il n'entroit dans le détail des difficultés ^ en sorte que ses connoissances, quoique pures, n'étoient pourtant pas encore assez affermies pour soutenir le choc des objections.

De cet état il alla au second, où il commença, mais encore imparfaitement, à examiner la matière ; ce qu'il fit à l'occasion de ses premières expositions sur l'épître aux Romains et aux Galates. Ce fut alors qu'il tomba premièrement dans l'embarras, et ensuite, comme il arrive naturellement, dans l'erreur. Car n'ayant pu démêler d'abord ce qu'il falloit croire du profond mystère de la prédestination , dont la source est une bonté toute gratuite , comme l'enseigne constamment la foi catholique , il tomba , mais comme en passant, dans cette erreur, que la

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foi par laquelle nous impétrons les autres dons , nétoil pas elle-même un don de Dieu , m,ais nous venoit comme de nous- mêmes- {^) ; et cela , dit-il (2) ^ cétoit avouer que la grâce était donnée selon les mérites; puisque le reste des dons de Dieu étoit accordé au mérite de la foi que nous avions de nous-mêmes ; ce qui étoit manifestement nier la grâce y parce qu'elle n'est plus grâce, si elle n'est pas donnée gratuitement (3) ^ comme le même saint Augustin ne cesse de le répéter.

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