CHAPITRE XVI
Trois manières dont saint Augustin s» reprend lui-même dans ses Re'tractations : quil ne commence à trouver de f erreur dans ses livres pre'cédens que dans le vingttroisième chapitre du premier livre des Re'tractations : quil ne s'est trompe' que pour n'avoir pas assez approfondi la matière, et quil disait mieux, lorsqu'il s'en expliquait naturellement , que lorsqu'il la traitoit exprès , mais encore foiblement.
C'est lui-même qui nous apprend ce progrès de ses connoissances ; et il faut soigneusement remarquer qu'il ne dit pas que l'erreur dont il a eu à se corriger avant son épiscopat, fut une erreur répandue dans tous les ouvrages qu'il écrivoit avant ce temps : On trou^'era , dit-il (0, cette erreur dans quelques-uns de nies ouvrages avant mon épiscopat ^ et non pas en tous , ni en la plupart ; à quoi il faut ajouter que le premier de ses ouvrages, où il marque de l'erreur sur la prévention de la grâce, est celui
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de l'exposition de quelques propositions de l'e'pître aux Romains , qui est aussi le premier où il examine exprès , mais encore foiblement , comme on a vu , les questions de la grâce. Auparavant , où sans aucun examen exprès, il parloit selon la simplicité de la foi, il ne remarque aucune erreur dans ses discours : au contraire, il montre partout, que ce qu'il disoit du libre arbitre ne nuisoit point à la grâce , dont il n'étoit pas question alors. Ainsi tout ce qu'il disoit étoit véritable , encore qu'il ne dît pas tout, mais seulement ce qui faisoit aux questions qu'il avoit entre les mains ; en sorte que sans rien reprendre dans ses sentimens , il ne lui restoit qu'à les bien exposer. C'est ce qu'on peut observer dans les vingt - deux premiers chapitres de ses Rétractations ; car loin qu'il s'accuse alors d'avoir erré sur la grâce, nous avons vu clairement qu'il croyoit l'avoir enseignée dans ses livres du libre arbitre avec aussi peu d'erreur, que s'il avoit eu à s'en expliquer contre Pelage présent.
L'endroit donc où il commence à se tromper et à marquer son erreur, c'est ce livre dont il a parlé au vingt-troisième chapitre du premier livre des Rétractations , qui est celui de l'exposition sur l'épître aux Romains, Auparavant il est sans tache , et son ouvrage des Rétractations se réduit à trois points; car ou il explique ce qu'il a dit, en disant plus distinctement ce qu'il n'avoit dit qu'en général , ou il supplée ce qui manque , en ajoutant ce qu'il a omis, parce qu'il n'étoit pas de son sujet, ou il se reprend et se corrige comme ayant été dans l'erreur, ce qui commence seulement à ce vingt -troisième
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chapitre qu'on vient de marquer, où il rétracte ce qu'il a écrit sur l'épître aux Romains.
Encore faut-il observer de quelle manière il se trompoit. Ce n'étoit point par un jugement fixe et déterminé : mais comme un homme qui cherchait, et encore imparfaitement : Nondlm diligentics QU^sivERAM : qui uavoit point encore troui^é : kec ADHuc lîïVENEKAM : qui trailoit la question avec moins de soin : misvs diligenter : qui ne croyoit pas m.êm,e encore être obligé a la traiter a fond : i*EC puTAVi Qr.EREMDUM ESSE , KEC Dixi : qui ne savait pas bien ce qui en étoitj et qui en parlait en doutant : si scirem, si f eusse su (0. Ainsi il ne savoit pas : s'il disoit bien auparavant , ce n'étoit point par science , comme après un examen exact , mais par foi et sans rechercher. Il disoit cependant trèsbien , comme il le remarque lui-même (2) : rectissiME Dixi ; mais non pas encore d'un ton assez ferme, ni d'une manière assez suivie. Il étoil à peu près dans le même état , lorsqu'il répondit aux quatrevingt-trois questions (3). 11 agitoit la matière et approchoit de la vérité dans ces deux livres qui se suivirent de près, et tous les deux ne précédèrent que de peu de temps celui à Simplicien, où la recherche étant plus exacte , il arriva aussi , comme on a*vu , à la pleine connoissance de la vérité.
Et il y a cela de remarquable dans tout ce progrès, qu'il disoit mieux en parlant de l'abondance du cœur sans examiner la matière , qu'il ne faisoit en l'examinant , mais encore imparfaitement ; ce qu'on ne doit pas trouver étrange , parce qu'ainsi
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qu'il a été dit, dans ce premier état , la foi et la tradition parloient comme seules , au lieu que dans le second , c'étoit plutôt le propre esprit. C'est un caractère assez naturel à l'esprit humain de dire mieux par cette impression commune de la vérité, que lorsqu'on ne l'examinant qu'à demi, on s'embrouille dans ses pensées. C'est là souvent un grand dénouement pour bien entendre les Pères , principalement Origène, où l'on trouve la tradition toute pure dans certaines choses qui lui sortent naturellement , et qu'il embrouille d'une terrible manière lorsqu'il les veut expliquer avec plus de subtilité j ce qui arrive assez ordinairement avant que les questions soient bien discutées , et que l'esprit s'y soit donné tout entier.