CHAPITRE XIX
Quelques auteurs catholiques commencent a se relâcher sur f autorite' de saint Augustin à l'occasion de l'abus que Luther et les luthériens font de la doctrine de ce saint : Baronius les reprend, et montre quen s'écartant de saint Augustin, on se met en péril d'erreur.
Il est vrai qu'à l'occasion de Luther et de Calvin , qui abusoient du nom de saint Augustin comme de celui de saint Paul, quelques catholiques se sont re-
lâchés sur ce Père; mais outre que le concile de Trente a tenu une conduite opposée, ceux qui foiblement et ignoramment ont abandonné saint Augustin , en ont été , pour ainsi dire , punis sur le champ , par les périls où ils se sont trouvés engagés , comme on le peut voir dans ce grave avertissement du cardinal Baronius (0 : Puisque toute l'Eglise catholique s'est opposée à la doctrine de Fauste , évêque de Riez ( il en avoit dit autant de tous les autres semipélagiens), que les modernes ^ qui, en écrivant contre les hérétiques de notre temps, croient les mieux réfuter en s' éloignant du sentiment de saint Augustin sur la prédestination , considèrent dans quel péril ils se mettent; puisque les armes ne nous manquent pas bailleurs pour abattre ces novateurs.
Ces périls sont ceux de tomber dans l'hérésie semipélagienne, comme il est^rriyé presque à tous ceux qui se sont volontairement écartés des sentimens de saint Augustin. Nous en trouverons dans la suite de grands exemples; et je ne crois pas m'étre trompé en regardant leur erreur comme une juste punition de leur témérité, qui leur a fait présumer qu'ils défendroient mieux l'Eglise qu'un si grand docteur.
Et tant s'en faut que l'erreur oii saint Augustin avoue qu'il a été durant quelque temps, ait aiïbibli, dans l'esprit de ce docte cardinal, la révérence pour sa doctrine, qu'au contraire elle a servi, selon lui, à donner plus d'autorité à ce saint; puisque c'est de l'humble aveu qu'il en a fait dans les livres de la Prédestination et de la Persévérance , que le même Baronius prend occasion de les regarder (2), quand il
(') Tom. VI. ann. 490- p- 449- — W Tom. t. ann. 426. p. 497,
35o DÉFENSE DE LA. TRADITION
liy en aurait point d'autres preuves j, comme des livres écrits par l'inspiration du Saint- Esprit j qui se repose sur les humbles. Il faudroit ici transcrire toutes ses annales , pour rapporter les éloges qu'il a donnés à la doctrine de saint Augustin sur la grâce; et il suffit de dire en un mot , qu'à son sens , autant qu'il a surpassé les autres docteurs dans ses autres traités, autant s'est-il surpassé lui-même dans ceux qu'il a composés contre les pélagiens. Voilà comment l'analiste de l'Eglise a traité le novateur de M. Simon.