CHAPITRE XVIII
Que les changemens de saint Augustin, loin cVaffbiblir son autorite', l'augmentent , et qu elle serait prejerahle à celle des autres docteurs en cette matière , quand ce ne serait que par l'application qu'il y a donnée.
Pour maintenant remettre en deux mots, devant les yeux du lecteur, ce que nous venons de dire sur le progrès des sentiraensde saint Augustin, nous avons démontré deux choses : l'une qui regarde ce Père , l'autre qui regarde directement toute l'Eglise. La première est qu'il n'est pas permis, en répétant les vieux argumens des semi-pélagiens , de prendre avec eux , pour une raison de s'opposer aux sentimens de saint Augustin , les changemens qu'il a faits en mieux dans sa doctrine. C'est une erreur qui ne peut tomber que dans des esprits mal faits. Les changemens de ce Père n'ont rien qui ne donne lieu de l'estimer davantage ; puisque s'il s'est trompé, c'est avant que d'avoir étudié à fond la question : qu'il s'est redressé de lui-même aussitôt après l'avoir bien examinée ; et qu'encore qu'en écrivant ses premiers livres , il n'eût pas encore trouvé la solution de toutes les difficultés , et développé distinctement la vérité dans toutes ses suites, il en avoit néanmoins posé les principes ; de sorte qu'en se corrigeant parfaitement au commencement de son épiscopat , il n'a fait que revenir aux premières impressions qu'il avoit reçues en entrant dans l'Eglise.
Voilà ce qui regardoit saint Augustin , et encore
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que l'Eglise y ait l'intérêt que tout le monde peut recueillir des faits qui ont e'té avance's , voici une seconde chose que nous avons e'tablie, qui regarde directement son autorite' : que ce n'est pas l'esprit de ve'rité , mais de contradiction et d'erreur , qui a fait dire à notre critique et à ses semblables , que les sentimens re'tracte's par saint Augustin e'toient les plus naturels comme les plus anciens; car le contraire paroît maintenant par le progrès qu'on vient de voir de sa doctrine. Aussi faut-il remarquer, et c'est la dernière réflexion que nous avons à faire sur cette matière , que dans le temps oii ce Père avoue qu'il se trompoit , il ne dit pas qu'il fût tombé dans cette erreur en suivant les anciens docteurs. Il faut laisser un sentiment si pervers et si faux à Grotius et à ses disciples. Pour saint Augustin il dit bien , ce qui est très-vrai, que les anciens n'ont pas eu d'occasion de traitera fond cette matière, et ne s'en sont expliqués que brièvement et en passant , dans quelques-uns de leurs ouvrages, transeunter et brevi- TER, comme il a déjà été remarqué; mais loin de dire par-là qu'ils se fussent trompés ou qu'ils eussent d'autres sentimens que ceux qu'on a suivis depuis, il dit formellement le contraire; et non content de le dire, il le prouve par des passages exprès de saint Cyprien, de saint Grégoire de Nazianze , de sarnt Ambroise et des autres, ajoutant , qu'il en pourroit alléguer un bien plus grand nombre , si la chose n'étoit constante d'ailleurs par les prières de l'Eglise. Et il est vrai que cet esprit de prières , qui est dans l'Eglise, emporte une si précise et si haute reconnoissance de la prévention de la grâce qui nous
convertit, que c'est principalement sur ce fondement que l'Eglise en a fait un dogme de foi contre les semi-pe'lagiens; de sorte que revenir aux sentimens rétractés par saint Augustin, c'est non-seulement envier à ce saint docteur la grâce que Dieu lui a faite de profiter tous les jours de la lecture des saints livres, mais encore s'attaquer directement à l'autorité de l'Eglise catholique.
De tout cela il résulte, que quand la doctrine de saint Augustin n'auroit pas reçu du saint Siège et de toute l'Eglise catholique les approbations qu'on a vues , et qu'il n'en auroit eu d'autres que celle d'avoir été regardé durant vingt ans, comme le tenant de l'Eglise, sans avoir été repris que de ceux qu'on a réprimés par tant de censures réitérées, il n'en faudroit pas davantage pour le préférer aux autres docteurs en cette matière ; et c'est aussi ce qu'ont fait tous les orthodoxes anciens et modernes, et entre autres les scolastiques, à l'exemple de saint Thomas qui en est le chef.