CHAPITRE XIX
Remarques sur Photius.
Pour Photius , son autorité dans l'explication de saint Paul est encore moins considérable que celle de Théodoret qu'il a suivi. M. Simon ne peut souffrir qu'on reproche à ce patriarche de Constantinople , qu'il est le patriarche du schisme ; et j'avoue que son schisme n'a rien de commun avec la doctrine du péché originel. Mais , quoi qu'il en dise , ce sera toujours une note à un auteur d'avoir procuré, par tant de chicanes , la rupture de l'Orient avec l'Occident. M. Simon l'excuse, en disant : Que d'autres auteurs, qui n'étoient.pas schismatiques , ont embrassé l'interprétation que Photius a suivie j mais tous ces auteurs se réduisent à Théodoret , qui est suspect d'autant de côtés que l'on vient de voir, ou à quelques scoliastes inconnus, parmi lesquels il avoue que Théodore de Mopsueste tient un grand rang. L'autorité en est donc bien foible pour interrompre la suite de la tradition; et quoi qu'il en soit , si la remarque de M. Simon sur le peu d'att;j2ntion que donnoient les Grecs au péché originel, est vraie en quelqu'un , c'est principalement dans Photius (0. Il a loué saint Augustin comme le vainqueur des pélagiens, et d'un autre côté, en examinant un livre de Théodore de Mopsueste, il ne s'est point aperçu que c'étoit contre saint Augustin qu'il
CO Cod. 177.
ET DES SAIATS PtRES, L 1 V. IX. 5ll
etoit composé, et que ceux qu'il y défendoit étoient , sur le pe'ché originel , les disciples de Pelage , ou si l'on vouloit dire qu'il l'eût aperçu , il l'auroit donc dissimule' , ce qui seroit bien plus digne de condamnation.
Le même Photius rapporte les Actes des Occidentaux (0 comme d'expresses de'cisions approuvées de toute l'Eglise contre Pelage et Célestius; et en même temps il n'entend pas ce qui y est contenu. Le concile de Carthage tient sans doute le premier lieu parmi ces Actes , puisque c'est la règle en cette matière. Si Photius, qui en cite les canons, les avoit lus avec attention , il y auroit trouvé l'interprétation de saint Paul par in quo, canonisée comme celle que l'Eglise catholique a toujours suivie ; et c'est celle-là néanmoins que le même Photius rejette dans le Commentaire d'Œcuménius, encore plus expressément dans la lettre à Taraise, ce qui a fait dire à l'interprète anglais (2}, qu'zY pélagianisoit sans y penser, aussi bien que Théodoret.
Disons donc qu'il ne savoit guère cette matière, et que meilleur critique que théologien, il n'en a pas pénétré la conséquence ; et concluons que M. Simon, qui oppose l'autorité de ce schismatique avec celle de Théodoret , au torrent des Pères précédens et aux décisions des conciles , abuse de son vain savoir, pour embrouiller une chose claire et renverser visiJjlement les règles de Vincent de Lerins , qui préfèrent l'antiquité à la nouveauté, et l'universalité aux particuliers.
CO Cod. $3, 54. — W Not. adEpist. Phot. i53.
12 DÉFENSE DE LA TRADltlOiï