‹ Œuvres; revues sur les manuscrits originaux et les éditions les plus correctesChapitre 219 sur 321 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

M. Simon est jeté dans cet excès par une fausse idée du libre arbitre : si l'on peut dire comme lui que le libre arbitre est maître de lui-même entièrement : passages de saint Ambroise,

Pour cela il faut entendre ce qu'il avance au chapitre XX. // est certain, dit-il (0, que Pelage, et après lui ses disciples , ont abusé do plusieurs passages qui font les hommes entièrement les maîtres de leurs actions. Remarquez cet entièrement, en quoi consistoit une partie très-essentielle de l'erreur des pélagiens. Ils ajoutoient au pouvoir que l'Ecriture donne aux hommes sur leurs actions cet entièrement qui n'y est pas, et qui y donne un trèsmauvais sens , pour ne rien dire de plus : au contraire elle disoit que le cœur du roi, et par conse'quent de tout homme , est entre les mains de Dieu , et quil l'incline où il veut (2) ; ce qui est conforme à cette parole de David : Dieu dirige les pas de l'homme, et il voudra sa voie (5) ; sans doute lorsque Dieu y dirigera ses pas , comme le démontre saint Augustin (4) , et comme il paroît assez par la chose même. Jérémie a dit aussi dans le même esprit (5) : Je sais. Seigneur, que la voie de l'homme n'est pas en son pouvoir, et quil ne lui appartient pas de marcher et de diriger ses pas à son gré. Car pour être entiè- REMEjfx maître de ses actions, comme le veut M. Si-

(i) P. 290. — (») Prof^. XXI. I. — (3) Ps. xxxTi. 23. — (4) Ep. ad Fit. ccxvii. al. CTii. — {^)Jer. x. a3.

54o DÉFEftSE DE LA TRADITION

mon, il faudroit pouvoir aimer et haïr, se plaire et se dégoûter de ce que l'on veut , ce qui n'est pas , comme saint Augustin le dit souvent, et que l'expérience le fait assez voir -, et c'est aussi à cet égard que saint Ambroise disoit que l'homme n'a pas son cœur en sa puissance : non est in nostra potestate COR NosTRUM (0, cc quc tout liommc de bien et rempli, dit saint Augustin, d'une humble et sincère piété , éprouve très-véritable ; car on a des inclinations dont on n'est pas le maître ; en sorte, dit saint Am])roise, que l'homme ne se tourne pas comme il veut. Pendant, dit ce saint docteur, qu'il veut aller d'un côté, des pensées l'entraînent de l'autre : il ne peut disposer de ses propres dispositions , ni mettre dans son cœur ce qui lui plaît. Ses sentimens, poursuit-il , le dominent , sans que souvent il s'en puisse dépouiller-, c'est aussi par-là qu'on le prend pour le mener où l'on veut par sa propre pente ; et si les hommes le savent faire en tant de rencontres. Dieu ne pourra-t-il pas le faire autant qu'il voudra, lui qui connoît tous ses penclians , et sait outre cela toucher l'homme par des endroits encore plus intimes et plus délicats; car il connoît les plus secrets ressorts par où une ame peut être ébranlée : lui seul les sait manier avec une dextérité et une puissance inconcevable ; ce qui fait conclure au même saint Ambroise (2}, à l'occasion de saint Pierre, que tous ceux que Jésus regarde pleurent leurs péchés , qu'il leur inspire une tendresse à laquelle ils ne résistent pas, et en toute occasion qu'i/ appelle qui il veut, et qu'il fait religieux qui il lui plaît , quos dignatur

C«) Ay. Aug. de don. persev. c. vin. lu 20. — (') Ambr. in Luc,

\ ET DES SAINTS PÈKES, LIV. s. 54»

VOCAT, ET QCEM VULT EELIGIOSUM FACIT (0; en Un

mot, qu'il change les hommes comme il veut, du mal au bien, et fait dévols ceux qui étaient opposés à la déi>olion j si voluisset ex ijsdevotis fecisset DEVOTos. Ces petits mots échappés , pour ainsi parler, naturellement à saint Ambroise avant toutes les disputes, font sentir l'esprit de l'Eglise. -Saint Augustin n'a donc rien dit de particulier, quand il a si bien démontré cette vérité , et la puissance de la grâce contre les pélagiens , qui ne pouvoient la goûter, et qui vouloient faire l'homme entièrement maître de lui-même; en quoi ils sont encore aujourd'hui flattés par M. Simon (2) , qui croit trouver cette expression et ce sentiment dans plusieurs endroits de l'Ecriture.

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