‹ Œuvres; revues sur les manuscrits originaux et les éditions les plus correctesChapitre 220 sur 321 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Que M. Simon fait un crime à saint Augustin de l'efficace de la grâce : ce que c'est , selon ce critique , que d'être maître du libre arbitre entiÈuemem, et que sonidée est pe'lagienne.

Il est vrai qu'à son ordinaire, toujours ambigu «t enveloppé , il dit que ces hérétiques abusoient de ces passages, et que par-là il paroît avoir dessein de condamner leur erreur; mais ce n'est, selon sa coutume, que pour les justifier aussitôt après par ces paroles : Toute l' antiquité ^ ajoute-t-il (3), qui s'étoit opposée fortement aux gnostiques et aux manichéens, qui ruinoient la liberté de Vliomine, sem-

i»"; S. Aug. de don. pers. c. xn. n. 5o.— (») P. ago. — {-') IliJ.

bloit parler en leur faveur. En quoi parler en leur faveur? En ce qu'ils soutenoient le libre arbitre contre ces hérétiques. Il n'auroit donc pas fallu dire que l'antiquité sembloit parler ^ mais qu'elle parloit effectivement en leur faveur j n'y ayant jamais eu aucun doute sur le libre arbitre dans l'antiquité, c'est-à-dire , non - seulement dans le temps qui a précédé celui des pélagiens, mais encore dans ce temps-là même. Ainsi , quand notre auteur insinue que l'antiquité favorisoit les pélagiens , ce n'étoit pas par rapport au libre arbitre dans le fond; mais dans l'abus qu'ils en faisoient , c'est-à-dire , dans la confiance téméraire qu'ils avoient dans leur liberté, en se croyant entièrement maîtres de leurs actions; et parce que saint Augustin combattoit cette orgueilleuse puissance , et faisoit voir que sans détruire le libre arbitre , Dieu savoit le faire fléchir où il vouloit , en quoi consistoit un des principaux secrets de la doctrine de la grâce, le même auteur insinue encore que ce Père changea alors l'état de la tradition, et opposa aux pélagiens ses sentimens outrés; ce qu'il exprime, en ajoutant qu'i/ poussa trop loin ses principes (0.

Mais afin qu'on ne doute pas en quoi il estime qu'il les poussa trop loin , il s'en explique en un autre endroit (2), lorsqu'il blâme saint Augustin d'avoir voulu obliger Pelage à reconnoître une grâce par laquelle Dieu ne naiis donne pas seulement le pouvoir d'agir et son secours , mais par laquelle il opère aussi le 'vouloir et t action même. Pour lui, il ne permet pas qu'on pousse la chose plus loin que

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de dire, que pour ce qui est du bien, nous ne voulons rien, et nous ne faisons rien sans le secours de Dieu. C'est tout ce qu'il peut souffrir à saint Augustin; etj dit-il (0, s'il pousse quelquefois sa pensée jusqu'à établir une grâce qui nous fasse agir efficacement , il étend trop loin ses principes.

Ce quelquefois est tout-à-fait de mauvaise foi, ou d'une extrême ignorance. Car de dire que saint Augustin n'ait établi que quelquefois une ^ràce qui nous fasse agir efficacement, on en sera de'menti à toutes les pages qu'on voudra ouvrir de ses divins e'crits. Ou il n'a jamais établi cette sorte de grâce, ou il l'a établie un million de fois et partout. Car partout cette efficace revient , et le quelquefois n'a point de lieu. C'est aussi d'où je conclus que cette partie de la doctrine de saint Augustin ne peut avoir été ignorée de personne; d'où il s'ensuit que les papes qui ont approuvé la doctrine de ce Père, non-seulement sur la grâce, mais encore sur le libre arbitre DE GttATi ET LiBEHO ARBiTRio C^), ne pcuvcnt l'avoir approuvée que dans la présupposition d'une grâce qui nous fasse agir efficacement; et que si c'est en cela que saint Augustin, comme l'enseigne M. Simon, étend trop loin ses principes, l'Eglise qui a réprimé ceux qui l'accusoient d'avoir excédé, est complice de ses excès.

(») P. 297. — (») Epist. Hormisd. ad Poss.

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