CHAPITRE VI
Çue M. Simon continue à faire un crime à saint Augustin de l'efficace de la grâce : trois mauvais ejfets de la doctrine de ce critique.
Cette erreur de M. Simon règne dans tout son ouvrage. Cette grâce , qui tourne les cœurs comme il lui plaît, qu'on appelle par cette raison la grâce efficace j parce quelle agit efficacement en nouSj, et quelle nous fait effiectivenient croire en Jésus-Christ, est partout l'objet de son aversion (0; partout il trouve mauvais que saint Augustin ait enseigné (2) que ceux a qui Dieu accorde cette grâce ne la rejettent jamais , parce quelle ne leur est donnée que pour ôter entier'ement la dureté de leurs cœurs. Il loue saint Chrysostôme (3) de n'avoir point eu recours à cette grâce , qu'il appelle par dérision la grâce efficace de saint Augustin (4), comme si ce Père en étoit l'auteur; au lieu que certainement on la trouve dans tous les saints, et même dans saint Chrysostôme, et qu'elle est aussi ancienne que les prières de l'Eglise , où elle se fait remarquer à toutes les pages. C'est pour exclure cette grâce , qu'il aime à dire et à faire dire aux anciens auteurs, sans correctif (5) j que l'homme est le maître de sa perte et de son salut : que son salut et sa perte dépendent abso~ lument de lui : qu'il est entièrement maître de ses actions ; ce qui au sens naturel emporte l'exclusion
(0 Pag. 394, 295, et suiv. — (») S. Aiig. deprœd. SS. c. viii. — (3) P. i54. — C4) P. 29G.— (5) Pag. 121, 290.
de
ET DES SAIÎfTS PÈRES, LIV. X. 545
de ces voies secrètes de changer les cœurs, qu'on trouve dans tous les Pères, et non-seulement dans toutes les prières de l'Eglise, mais encore dans toutes les pages des livres divins.
Aussi est-ce un fait si constant, que personne ne le nie. On dispute bien dans l'Ecole de la manière dont Dieu touche l'homme de telle sorte qu'il lui persuade ce qu'il veut, et des moyens de concilier hi grâce avec le libre arbitre ; et c'est sur quoi saint Augustin même n'a peut-être voulu rien déterminer, du moins fixement, content au reste de tous les moyens par lesquels on établiroit le suprême empire de Dieu sur tous les cœurs. Pour le fond , qui consiste a. dire que Dieu meut efficacement les volonte's comme il lui plaît, tous les docteurs sont d'accord qu'on ne peut nier cette vérité, sans nier la toute-puissance de Dieu , et lui ôter le gouvernement absolu des choses humaines ; mais encore que cette doctrine de l'efficace de la grâce , prise dans son fond, soit reçue sans contestation dans toute l'Ecole, M. Simon ne craint pas de là confondre avec la doctrine des hérétiques, ce qui fait trois mauvais effets : le premier, de mettre saint Augustin, qui constamment, selon lui, reconnoît cette efficace de la grâce , au nombre des hérétiques : le second , de mettre par ce moyen la cause des hérétiques à couvert, en leur donnant un défenseur que personne ne condamne : et le troisième, de condamner un dogme , sans lequel il n'est pas possible de prier, comme nous verrons bientôt que toutes les prières de l'Eglise nous le font sentir.
BOSSUEX. V. 35