‹ Œuvres; revues sur les manuscrits originaux et les éditions les plus correctesChapitre 227 sur 321 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Saint Augustin a eu intention de démontrer, etade'montré en effet que la grâce quon demandait par ces prières emportait certainement l'action.

Car il faut ici observer que saint Augustin se sert de cet argument pour combattre Vital, qui disoit que Dieu agit tellement en nous , que nous consentons si nous 'voulons ; et si nous ne avouions pas , nous faisons que l'opération de Dieu ne peut rien sur nous , et ne nous profite point (0 j ce qui est vrai en un sens; mais il y falloit ajouter ce que ce prêtre de Carthage croyoit contraire au libre arbitre, que Dieu sait empêcher, quand il lui plaît, qu'on ne lui résiste : autrement toutes les prières par lesquelles l'Eglise lui demande ce bon effet , seroient vaines ; or elles ne le sont pas. L'Eglise qui demande à Dieu qu'il change la volonté des hommes, ne demande rien contre sa foi, ni contre le libre

(») Epist, ad Vital, ccxvii. al. cvii.

ET DES SAIKTS rÈR£S, LIV. X. bjJ

arbitre ; mais elle avoue seulement qu'il est sous la main de Dieu, pour être tourné où il lui plaît.

Et il faut ici remarquer, avec le même saint Augustin, que si dans les prières qu'on vient de réciter, l'Eglise demande l'ellet de la conversion, et non pas seulement le pouvoir de se convertir, elle ne fait en cela qu'imiter l'exemple de saint Paul , qui a fait cette prière pour ceux de Corinthe (0 : JVous prions Dieu pour que vous ne fassiez aucun malj mais que 'VOUS fassiez ce qui est bien ; sur quoi saint Augustin fait cette remarque (2) : Une dit pas , nous prions Dieu que vous puissiez ne faire aucun mal , mais que vous rien fassiez point; ni nous prions Dieu que vous puissiez faire le hien^ mais que vous le fassiez ; ce qui montre que l'intention de cette prière étant d'obtenir l'effet , on reconnoît que Dieu le donne , et qu'il sait , non-seulement empêcher qu'on fasse le mal , mais encore faire qu'on fasse le bien.

On voit par-là que ces giands savans, qui reprennent saint Augustin d'avoir établi la toutepuissance, comme il l'appelle, et pour me servir du mot consacré dans l'Ecole , l'efficace ou l'effet certain de la grâce, et qui croient que reconnoître une telle grâce, c'est nier ou affoiblir le libre arbitre , enflés 'de leur vain savoir et de leur sèche critique, ne songent point à la prière. Ils méprisent les argumens qu'on tire de là , qu'ils appellent des pensées pieuses et une espèce de sermon : ils ne répondent après cela qu'en souriant avec dédain , et dans leur cœur se moquent de ceux qui ne leur

C') //. Ck)r. XIII. 7. — (») De gralid Chrisli , c. xxv.

55g défense de la traditiow

allèguent pour preuve que leur bréviaire ou leur missel.

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