‹ Œuvres; revues sur les manuscrits originaux et les éditions les plus correctesChapitre 229 sur 321 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Prières de la liturgie attribuée à saint Chrysostôme : ce qu'il rapporte lui-même de la liturgie de son temps , et les réflexions qu il fait dessus.

Dans la liturgie attribuée à saint Chrysostôme , mais plus ancienne que lui dans son fond, du moins en beaucoup d'endroits, comme il paroît par luimême, on fait les mêmes prières, et par la bouche du diacre les mêmes exhortations que nous avons vues; ce qui se pratique aussi unanimement dans les autres liturgies. On demande donc en celle-ci, que Dieu nous donne une vie pure de péché , que nous passions le reste de notre vie dans la pénitence (0; et sur les cate'chumènes en particulier : Fidèles, dit le diacre (2) , prions pour eux , que Dieu leur révèle son évangile j qu'il les amené à ('i P. 62, etc. 76, 8Gcf 87, — (^) 1». 71.

ET DES SAIXTS PERES, IIV. \, 55<^

V Eglise. Ce n'est pas pour dire qp'ils n'y viendront pas par leur libre arbitre ; mais on prie Dieu de s'en rendre maître, de les conserver, de les défendre, de les garder par sa grâce. Encore en un autre endroit (0 : Prions que Dieu les affermisse et les confirme dans le bien. Quel bien ne demaude-t-on pas pour eux ? Eclairez-les par la foi, fortifiez-les par l'espérance, perfectionnez-les par la charité. C'est toujours l'eflet qu'on demande, quoiqu'on sache que cet effet de'pend du libre arbitre; parce qu'on sait que Dieu le fle'chit. On dit , dans le même esprit pour les fidèles (a) : Purifiez nos lèvres qui vous louent ; retenez nos mains ; faites quelles s'abstiennent des mauvaises œuvres, et quelles fassent les bonnes; on ne veut pas que Dieu prenne nos maips par force ; mais qu'il règne sur le libre arbitre , au pouvoir de qui il les a mises. Nous en trouverons davantage sur le sujet des cate'chumènes dans saint Chrysostôme, et on sera bien aise d'entendre ce qu'il nous rapporte des prières de l'Eglise dans la seconde homélie sur la seconde épître aux Corinthiens , avec les re'flexions qu'il fait dessus.

On y trouvera d'abord les mêmes demandes que nous avons déjà vues dans la messe attribuée à ce Père , mais on les y ti-ouvera bien plus étendues et plus inculquées dans cette longue prière que saint Chrysostôme récite. Les Grecs comme les Latiiis dans la suite des temps, et quand le zèle s'est rallenti , ont accourci leur office ; mais ils n'ont pas pour cela changé leur doctrine, ni le fond de leuw prières.

('} Lit. Prœf. p. 95. — W P. gy.

Le diacre disoit^onc ainsi : Prions pour les catéchumènes. C'étoit là cette exhortation dont saint Augustin nous a parlé, qui pre'ce'doit la prière; c'est ce célèbre oremus : prions , qui se répète encore si souvent parmi nous. Que cette exhortation se fasse ou parles prêtres, ou parles diacres, il n'importe, et l'intention de la prière qui demande à Dieu , non pas un simple pouvoir, mais avec le pouvoir, l'effet et l'actuelle conversion , y est toujours également marquée. Car voici une des demandes (0 : Prions que Dieu semé sa crainte dans leurs cœurs ( dans le cœur des catéchumènes ) ; et voici la réflexion de saint Chrysostôme : Ce ne seroit pas assez que Dieu semât seulement j si cette semence ctoit de celles qu'on jette sur le chemin ou sur des rochers, oh elle ne prît pas : ce n'est pas aussi cela que nous de-^ mandons pour les catéchumènes , mais qu'il se fasse en eux des sillons par lesquels cette semence céleste entre bien a^ant; en sorte que renouvelés dans le fond de l'ame , non-seulement ils la reçoivent , mais encore qu'ils la retiennent avec soin; voilà, dit-il, ce que Jious demandons. Or, cela n'est autre chose que demander le consentement intime et profond, qu'on demande comme l'effet de la grâce, selon la remarque de saint Chrysostôme : ce qui aussi, poursuit-il, se confirme par la demande suivante: prions Dieu qu'il affermisse la foi dans leurs cœurs ; c'està-dire, dit saint Chrysostôme, qu'elle n'y demeure pas seulement , mais qu'elle y jette de profondes racines, ce qu'on ne fait qu'en y consentant et en la recevant de tout son cœur. C'est donc, encore ua

•(0 Hom. II. in U. ad Cor. p. 5i 7.

coup ,

ET DES SAINTS P È il E S , LIV. X. 56l

coup, cela qu'on demande; et c'est pourquoi il continue : que Dieu leur révèle l'Evangile ; sur quoi saint Chrysostôme fait cette observation : c'est qu on t'oit dans cette prière comme deux voiles sur l'Evangile , pour l'empêcher de se découvrir à nous : l'un, si nous fermons les yeux ; l'autre , si on ne nous le montre pas. Car, poursuit-il , quand nous serions disposés à le recevoir, il nous sera inutile , si Dieu, ne nous le découvre ; et quand Dieu nous le découvriroit , il ne nous apporleroit aucun fridt , si nous le rejetions ; nous demandons donc l'un et l'autre, c'est-à-dire, qu'il nous montre l'Evangile et qu'il nous empêche de le rejeter; ou comme l'explique ce Père , et que Dieuj ouvre les cœurs et qu'il découvre l'Evangile ; qui est demander, non-seulement ce qui vient du côté de Dieu , mais encore ce qui vient du nôtre, c'est-à-dire, notre libre consentement. Il est pourtant vrai , dit ce Père, qu'on n'ouvre pas les yeux , si on ne veut auparavant les ouvrir ; mais il vient de trouver dans la prière, qu'il faut demander à Dieu qu'on le veuille , et qu'on le veuille si bien , que l'Evangde ne soit pas seulement propose, mais encore reçu.

Les autres demandes sont , que Dieu donne aux catéchumènes un esprit possédé de lui et tout divin ; de chastes pensées , une sainte vie : qu'il leur soit donné de penser coTitinuellement à lui , de s'en occuper, et de méditer sa loi nuit et jour {^) ; toutes choses qui ne se font que par l'exercice du libre arbitre, exercice par conséquent qu'on demande à

("} Ut. Prœf. p.SiS.

BoSSCET. V. 36

Dieu , quand on lui demande ces choses. Qu'y a-t-il qu'on fasse plus par son libre arbitre que de s'abstenir du péchë ? Mais c'est encore cela même qu'on demande à Dieu avec plus d'attention que tout le reste. Prions Dieu,, dit-on, avec encore plus d'attention j que Dieu les délivre de tout mal, de tout péché j de toute la malice de Vennemi. Qui est celui qui, en faisant cette prière, veut seulement demander le pouvoir de ne pécher pas qu'il a déjà , s'il est justifié; et qui ne sent, au contraire, que ce que demandent les plus justes et ce qu'il faut demander, est qu'en effet on ne pèche point, et que Dieu , qui tient en sa main notre libre arbitre , le conduise de telle sorte, qu'il ne s'égare jamais de la droite voie, et que la tentation ne prévale pas?

C'est aussi ce que Jésus-Christ nous a lui-même appris à demander, comme nous verrons bientôt; mais ce n'est pas ce que nous avons à considérer : nous en sommes à remarquer un fait constant dans les prières de l'Eglise , que ce qu'elle demande pour ses enfans est l'effet et le bon usage actuel de leur libre arbitre ; c'est-à-dire , ce qu'il y a de plus libre en nous, ou plutôt précisément ce qui nous fait libres.

Pendant qu'on faisoit ces prières, les catéchumènes étoient prosternés : tous les fidèles répondoient Amen (0. C'étoit donc la foi commune de tous les fidèles qu'on y venoit d'énoncer : or on y venoit d'énoncer le tout-puissant effet de la grâce. C'étoit donc la foi de l'Eglise autant en Orient qu'en

{') Lit. Prœf. p. 531.

Occident; et saint Prosper a raison de dire avec saint Augustin, que la loi de prier établissoit ce qu'il falloit croire.

M. Simon reprend ce saint homme de ce qu'il établit la grâce efficace par cette manière secrète, dont on entend au dedans le Père céleste, et dont on y apprend sa vérité. Mais saint Chrysostôme l'explique de même, en montrant que ceux-là apprennent et sont véritablement enseignés de Dieu ( ' ), h qui il a mis dans le cœur, selon l'expression du prophète, une oreille qui écoute; puisqu alors ce n est point des hommes, ni du maître qui est sur la terre qu'on apprend, mais on est enseigné de Dieu, el l'instruction vient d'en-haut ; ce qu'il prouve par ce qu'on ajoute dans la prière : et que Dieu répande au dedans la parole de vérité : au dedans , dit-il, parce qu'on n'a point véritablement appris jusqu'à ce qu'on ait appris de cette sorte ; qui est aussi précisément ce qu'enseigne saint Augustin , et ce qu'il prouve par les mêmes passages, tant des prophètes que de l'Evangile , le confirmant par ce bel endroit de saint Paul (2) : Je n'ai pas besoin de vous instruire sur la charité fraternelle , puisque vous avez déjà appris de Dieu à vous aimer les uns les autres, car vous le faites ; ce qui montre, dit saint Augustin, que le propre effet de cette grâce spéciale, par laquelle Dieu nous enseigne, est qu'on en vienne à l'effet; et c'est aussi ce que la prière apprenoit à saint Chrysostôme.

Et tant s'en faut que ce saint docteur soupçonnât que cette prière , et la vertu de la grâce qu'on

(0 Lit. Prcef. p. Sa^. — (') /• Thess. iv. g.

5()4 DÉFENSE DE LA TE.A.DITIOrf

y demandoit, afFoiblissent le libre arbitre, qu'il s'en sert au contraire pour l'établir; puisqu'il trouve tout ensemble dans la prière , et l'instruction de ce qu'on doit faire lil^-ement pour plaire à Dieu, et le secours qu'on doit demander pour l'exécuter. On verra dans tout le discours de saint Chrysostôme , qu'il fait toujours marcher ensemble ces deux choses ; et saint Augustin n'a pas un autre esprit, lorsqu'il enseigne que le commandement et la prière sont unis ensemble ; puisque nous ne devons demander à Dieu que ce qu'il commande , comme il ne commande rien que ce dont il nous ordonne de lui demander l'actuel accomplissement; en sorte, ditil , que le précepte n'est qu'une invitation à prier, comme la prière est le moyen sûr d'obtenir l'accomplissement du précepte.

Page 1