‹ Œuvres; revues sur les manuscrits originaux et les éditions les plus correctesChapitre 233 sur 321 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Erreur de s'imaginer que Dieu ôte le libre arbitre en le tournant oii il lui plaît : modèle des prières de l'Eglise dans celle d'Esther, de David , de Jérémie , et encore de Daniel.

Notre auteur croit bien raffiner lorsqu'il dit que ces expressions que Dieu donne et que Dieu fait,

(') De don. pers. c. vu. n. i5.

n'empêchent pas l'exercice du libre arbitre. Cest précisément ce qu'on prétend , et ce que saint Augustin a piétendu démontrer par ces prières. Ce qu'il prétend , encore un coup , c'est de démontrer que Dieu donne , et que Dieu opère cet exercice du libre arbitre en la manière qu'il sait, et quil n'a garde de détruire en l'homme ce qu'il y a fait, et cç qu'il lui donne. Car pour ici laisser à part, les prières de l'Eglise, et remonter à la source de l'Ecriture, lorsque dans l'extrême péril de la reine Estlier , qui s'exposoit à la mort , en se présentant au roi son mari hors de son rang sans être appelée, elle se mit en prière et y mit tous les Juifs , et que l'eJGfet de cette prière fut çue Dieu tourna en douceur l'esprit du roi: convertit Deus spiritum régis AD LE2V1TATEM (0 ; Cil sortc qu'Assuérus, qui avoil d'abord regardé la reine ayec des yeux terribles , comme un taureau furieux i?) , ainsi que saint Augustin a lu (?) après les Septante, donna le signe de grâce, en étendant son sceptre d'or vers cette princesse (4) , et lui promit de faire ce qu'elle voudroit : Dieu lui ôta-t-il son libre arbitre, ou l'Eglise prioit-elle Dieu de l'en priver ? N'est-ce pas par son libre arbitre que ce roi sauva les Juifs et punit Aman; et tout cela néanmoins fut l'effet de la prière et de la secrète et tres-efficace puissance , par laquelle , dit saint Augustin (^) , Dieu changea le cœur du roi , de la colère oîi il étoit à la douceur j et de la volonté de nuire à la volonté de faire grâce.

(') Esth. IV. i6.— W Ibid. XV. 1 1.— ■ 'J) LU. i. ad Boni f. cap. xx. — (4) Esth. ibid. V. 2. — (5) Uid.

ET DES SAINTS PÈRES, LIV. X. 56g

Et lorsque David ayant appris qu'x\.chitophel, dont les conseils étoient écoutés comme des oracles, étoit entré dans le j>arti réelle , il fit à Dieu cette prière: Rern^ersez , Seigneur, le conseil d Achitophel (0. Cette prière ne fut-elle pas accomplie par le libre arbitre des hommes ? Ce fut sans doute par son libre arbitre que David renvoya Chusaï à Absalom \?-) : ce fut par son libre arbitre que Chusaï proposa un mauvais conseil : ce fut par son libre arbitre qu' Absalom le préféra à celui d'Achitophel qui étoit meilleur (5) : ce fut néanmoins par tout cela que le conseil d'Achitophel fut renversé, et que la prière de David fut exaucée; et lorsque l'Ecriture dit que le conseil d'Achitophel , qui étoit utile , fut dissipé par la volonté de Dieu, Domini wuTU (4> ; que nous dit-elle autre chose , sinon qu'il tourne où il veut le libre arbitre ?

C'est sur les exemples de ces prières publiques et particulières que l'Eglise a formé les siennes; et si l'on nous dit que ce sont là des coups extraordinaires, et comme miraculeux de la main de Dieu, et qu'il ne faut pas croire pour cela qu'il se mêle de la même sorte dans les autres affaires des hommes, et en particulier dans celle du salut , c'est le comble de l'aveuglement; car au contraire, c'est du salut éternel des hommes que Dieu se mêle principalement. Ce n'étoit pas un secours extraordinaire et miraculeux que demandoit le prophète, en disant : Convertissez-moi \^) ; c'étoit néanmoins un secours très-efficace et tout-puissant , puisqu'il l'exprime en

(•} //. Reg. XV. 3i. — (») ma. 34. — (3)i&J. xvii. 7, etc. — (4) Ibid. 14. — ; ;5) Jerem. xxxi. 18, 19.

ces termes : Convertissez-moi , et je serai converti; parce que vous êtes le Seigneur mon Dieu (qui pouvez tout sur ma volonté); car après que vous m'avez montré vos voies (de cette manière secrète et particulière que vous savez) j'ai frappé mes genoux, en signe de douleur. On ne pouvoit pas exprimer plus clairement cette grâce toujours suivie de l'effet; quoique David l'exprime encore en moins de mots et avec autant d'énergie , lorsqu'il dit : Aidez-moi j et je serai sauvé (0, nous faisant sentir en deux si courtes paroles, cet infaillible secours avec lequel nul ne périt. Cent passages de cette sorte établissent , dans l'ancien Testament , cette grâce qui donne l'effet. Ils sont encore plus fréquens dans le nouveau; mais nous n'avons ici besoin que de l'Oraison dominicale.

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