‹ Œuvres; revues sur les manuscrits originaux et les éditions les plus correctesChapitre 235 sur 321 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Les deux dernières demandes expliquées -par saint Augustin et par les prières de l'Eglise , démontrent l'efficace de la grâce.

Mais de toutes les demandes de l'Oraison dominicale, celles qui marquent le plus l'effet certain de la grâce , sont les deux dernières : ne nous induisez point en tentation , mais délivrez-nous du mal. Car, comme dit excellemment saint Augustin : Celui çui est exaucé dans une telle prière, ne tombe point dans les tentations çui lui feraient perdre la persé^

vérance (0. 11 aura donc ce présent divin par lequel très-certainement il est sauvé ; et l'eiFet de cette prière est que Dieu nous mène actuellement au salut.

Maisj poursuit saint Augustin, c'est par sa propre volonté qu'on abandonne Dieu , et qu'on mérite d'être abandonné. Qui ne le sait pas ? réussi c'est pour cela qu'on demande qu'on ne soit point induit en tentation , afin que cela n arrive point; c'est-àdire, afin qu'il n'arrive point, ni que nous quittions Dieu , ni qu'il nous quitte ; et si ton est exaucé dans cette prière , et que ce mal n'arrive point , c'est que Dieu ne l'aura pas permis ^ étant impossible qu'il arrive rien que ce qu'il t'eut j, ou qu'il permet. Il peut donc et tourner au bien les volontés, et les T'elever du mal, et les diriger à ce qui lui est agréable j puisque ce n'est pas en vain qu'on lui dit : Seigneur , vous nous donnerez la vie en NOUS CONVERTISSANT ; ct cncorc : Ne laissez point VACILLER MES PIEDS ', ct cncorc : Ne me livrez point au pécheur par mon désir; et enfin : Ne nous laissez POINT TOMBER EN TENTATION. Car cclui qui ne tombe point dajis la tentation , sans doute ne tombe point dans la tentation de la mauvaise volonté. Quand donc on demande à Dieu qu'il ne nous induise point en tentation, c'est-à-dire, qu'il ne permette , qu'il ne souffre pas que nous y soyons induits, on reconnoît qu'il empêche notre mauvaise volonté ; par où il est manifeste que c'est par la grâce que nous sommes parfaitement délivrés du mal , c'est-à-dire, principalement du mal du péché, qui est le plus

(0 De don. pers. c. vi. n. 1 1, 1 2.

grand de tous, et à vrai dire , le seul ; ce qui ne seroit pas vrai , puisque nous n e'vitons ce mal qu'avec notre libre arbitre , s'il n étoit certain en même temps que Dieu empêche dans nos volonte's tout le mal qu'il veut , et y met tout le bien qu'il lui plaît. Quand j'allègue ici saint Augustin , ce n'est pas tant pour faire valoir une autorité aussi vénérable que la sienne, que pour faire sentir à M. Simon, et à tous ceux qui, comme lui, se boucbent les yeux pour ne point entrer dans sa doctrine, combien les preuves en sont invincibles. Au reste , il est évident que l'Eglise n'a pas entendu autrement que lui l'Oraison dominicale -, car dans cette belle prière qui précède la communion , lorsqu'elle parle en ces termes : Faites que nous soyons toujours attachés à vos commandemens , et ne permettez pas que nous soyons séparés de vous j, que veut-elle dire autre chose , si ce n'est plus expressément , et d'une manière plus étendue , ce que Jésus-Christ renferme dans ce peu de mots : Ne nous induisez pas en tentation? L'intention de Jésus-Christ n'est pas de nous faire demander que nous vivions sur la terre exempts de tentations , dans une vie où toutes les créatures nous sont une tentation et un piège. Ce qu'il veut que nous demandions, c'est qu'il ne nous arrive pas de tentation où notre vertu succombe; et cela, qu'est-ce autre chose, que de demander en d'autres termes , quil nous tienne toujours attachés à ses commandemens , et quil ne permette pas que nous soyons séparés de lui? fac btos tuis semper lbth^rebe

MAUDATIS, ET A TE NUMQrAM SEPAKARI PERMITTAS, Il

y a une force particulière dans ces mots : Ne per-

mettez pas. Si nous sommes assez malheureux pour nous se'parer de Dieu, il est sans doute que nous l'aurons voulu. L'Eglise demande donc que Dieu ne permette pas qu'un si grand mal nous arrive , et qu'il tienne notre volonté tellement unie à la sienne, qu'elle ne s'en sépare jamais.

Par ce moyen nous serons parfaitement délii^rés du mal; et il faut encore remarquer comment l'Eglise entend cette demande : Libéra nos à malo. Après l'avoir prononcée, elle ajoute incontinent : Délivrez-nous de tout mal passé j présent et à venir. Ce mal passé dont nous demandons d'être délivrés , ne peut être que le péché qui passe dans son action, et qui demeure dans sa coulpe. Nous demandons donc d'être délivrés des péchés déjà commis, et de ceux que nous commettons de jour en jour, et en même temps préservés de tous ceux que nous pourrions commettre, par la grâce qui nous prévient pour nous les faire éviter. Par ce moyen, nous obtiendrons la parfaite liberté des enfans de Dieu , qui consiste à n'être jamais assujettis au péché ; et c'est pourquoi la prière se termine en demandant que nous soyons établis dans une paix qui nous fasse vivre toujours affranchis du péché , et assurés contre tout ce qui nous pourroit troubler.

Cela même n'est autre chose que demander la persévérance par une grâce dont l'effet est double ; l'un de nous faire toujours bien agir, et l'autre de nous empêcher toujours de mal faire. L'Eglise explique le premier, en priant Dieu que nous soyons toujours attachés au bien : Tuis semper ijvh^rere MANDATis; et le second, en le priant qu'il ne per-

mette jamais que nous tombions dans le niai : Ex a

TE HUMQUAM SEPARARI PERHITTAS.

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