CHAPITRE VI
Cinquième proposition qui regarde le don de prier: remarque sur cette proposition et sur la précédente.
La. cinquième proposition : La prière qui nous obtient la grâce de la conversion , est elle-même donne'e par cette grâce qui persuade et fléchit le cœur. Car nous avons vu qu'on n'en demande point d'autre, quand on demande le don de prier; puisqu'avec la même foi qui nous fait dire : Faites qu'on croie, faites qu'on espère, faites qu'on aime; nous disons encore : Faites qu'on prie, faites qu'on demande ; ce qui a fait dire à saint Augustin , comme on a vu , que Dieu donne, non-seulement le désir et l'affection, mais encore l'effet de prier, imper-
TITO ORATIOiNISEFFECTU ET AFFECTU (0; d'autaut pluS
que la prière étant un effet de la foi, conformément à cette parole , Comment invoqueront- ils s'ils ne croient (2) ? celui qui forme dans les cœurs le premier commencement de la foi , est le même qui forme aussi le premier commencement de la prière; en sorte que cette cinquième proposition qui a sa preuve particulière dans les prières de l'Eglise, comme on vient de voir, n'est d'ailleurs qu'une conséquence manifeste de la précédente.
Il ne faut donc pas s'imaginer que nous puissions, par aucun endroit, commencer notre salut, ou nous en attribuer à nous-mêmes la moindre partie (5). Les
(<) Ep. ad Sixt. cxciv. al. cv. — W Rom. x. 14. — C^) Epist. Hil. ad Aug.
semi-pëlagiens se persuadoient que ce n'étoit rien donner à un malade que de lui donner la volonté de gue'rir, et celle d'appeler du moins ou de de'sirer le me'decin. Ils ne songeoient pas que la maladie dont nous mourons est du genre de celles que Ton ne sent pas , et même de celles où l'on se plaît. Si le propre de notre mal est de se faire aimer, le commencement de la guërison est de concevoir une sainte horreur, un saint dégoût de nous-mêmes. Mais quand cela est, la guérison est à demi-faite. Par qui faite? sinon par celui à qui nous disons avec Jérémie : Guërissez-moi , et je serai guéri (0 : quand vous aurez commencé à m'appliquer vos remèdes, alors je commencerai à me porter bien. Pour appeler ce médecin, pour désirer ces remèdes, il faut y croire, et croire du moins qu'on a besoin. Mais on a vu que la foi, jusqu'à son premier commencement, est un effet de la grâce que l'Eglise nous fait demander, et qui nous fait actuellement commencer le bien.
Par les deux dernières propositions , la première grâce qui nous fait actuellement commencer à mettre la main à l'œuvre de notre salut, est une grâce efi&cace et absolument gratuite , puisque rien ne peut précéder la gi^ce qu'on présuppose la première. Pour maintenant venir à la fin et au don de persévérance, je pose celle qui suit.
(0 Jer. XYii. 14.