CHAPITRE XIV
Mépris de M. Simon pour saint Gre'goire de Nysse , et pour les écrits où il établit la foi de la Trinité.
Voila pour ce qui regarde saint Basile. Saint Grégoire de Nysse , son frère et son défenseur contre Eunome , ne vaut pas mieux ; puisqu'encore quîl soit plus exact et attaché a son sujet dans les douze livres fjuil a- écrits contre Eunome ^ pour la défense de saint Basile „ il y conserve néanmoins l'esprit de rhéteur i"^). Le voilà donc déjà rhéteur et vain discoureur comme les autres : tâchant de persuader ses lecteurs autant par la beauté de son art que par la force de ses raisons. Cet autant enveloppe un peu la
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malignité de l'auteur ; mais au fond c'est trop clairement s'opposer à la vérité, que de choisir constamment et en tant de lieux des paroles pour l'obscurcir. »
Poursuivons. Etant orateur de profession ^ il fait entrer dans tous ses discours les règles de son art (0. On a vu ce que c'est qu'un orateur, dans le style de notre critique; et delà vient, qu'ayant rangé saint Grégoire de Nysse dans cet ordre , il en tire cette conséquence : C'est pourquoi ^ dit-il (2) , H faut lire beaucoup pour y trouver ( dans cet ouvrage contre Eunome) un petit nombre de passages du nouveau Testament expliqués. Il se trompe , il y en a un très -grand nombre , ou étalés au long , ou pressés ensemble , comme nous avons dit de saint Basile. Mais l'auteur affecte de parler ainsi , parce qu'il ne nous veut point tirer de l'idée du petit nombre et de la foiblesse des preuves de l'Eglise.
Me'pris de l'auteur pour les discours et les preuves de saint Gre'goire de Nazianze sur la Trinité'.
Mais saint Grégoire de Nazianze est celui dont on représente les preuves et la méthode comme la plus foible. C'est dans ses Oraisons contre Eunome , qui, comme nous avons vu , ont acquis à ce grand docteur le titre de théologien , à cause qu'il y soutient avec tant de solidité la véritable théologie ; c'est , dis-je , dans ces oraisons qu'on le met
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ET DES SAINTS ri:RES, LIV. II. 9iÇ)
au nombre de ceiuc qui se contentent des apparences et de l'ombre de la raison ( ' ).
11 est vrai qu'on tempère , en quelque façon , cette téméraire critique par un quelquefois et un souvent W. Mais ces foibles corrections ne servent qu'à faire voir que le hardi censeur des Pères n'ose dire à pleine bouche ce qu'il en pense. Car si les preuves de saint Grégoire de Nazianze lui avoient paru concluantes en gros, du moins, en disant que souvent elles sont apparentes plutôt que solides , et que toutes ne sont pas fortes, il auroit dû expliquer quelles le sont ordinairement, ce qu'il ne fait ea aucun endroit. Au contraire, ce grand personnage est partout, dans notre auteur, un homme qui tremble , qui évite la difficulté : Gré^ goire évite , dit - il P) , de rapporter en détail les endroits de l'Ecriture oii il est fait mention du Saint-Esprit : il se couvre en ajoutant , quil laisse cela h d'autres qui les avaient examinés. Pour exposer la chose comme elle est , et à l'avantage de ce grand théologien , il falloit dire qu'à la vérité il se remet du principal de la preuve aux écrivains précédens , et à saint Basile , qui avait écrit devant lui sur cette matière (4) ; mais que dans la suite il ne laisse pas de rapporter toutes leurâ preuves et tous leurs passages d'une manière abrégée , et d'autant plus convaincante. Mais il faut dire encore un coup à notre critique, qu'il ne sent pas ce qu'il lit. Il croit n'entendre que peu de passages de r Ecriture dans les discours théologiques de saint Grégoire de Nazianze , parce que ce su-
(•) P. 124. — W Ibid. — C3) 124. — C4) Orat. 37.
blime théologien , qu'il a traité ignoramment de vain rhéteur, fait un précis de cent passages qu'il ne marque pas , parce que la lettre en étoit conn«e, et qu'il falloit seulement en prendre l'esprit. C'est ce que peuvent reconnoître ceux qui liront avec réflexion ses cinq Discours contre Eunome, et surtout la fin du cinquième , où il établit , en deux pages , la divinité du Saint-Esprit , d'une manière à ne laisser aucune réplique. Cela n'est pas éuiter la preuve ni tout le détail j comme dit le hardi censeur de saint Grégoire de Nazianze , puisque ce Père n'oublie rien , et n'en fait pas moins valoir le texte sacré , pour n'en avoir pas cité expressément tous les endroits. Un bon critique devoit sentir cette vérité, et un catholique sincère ne la devoit pas taire. Mais il ne faut pas chercher dans notre auteur ces délicatesses de goût et de sentiment, non plus que celles de religion et de bonne foi. Au contraire , comme s'il ne s' étoit pas encore assez expliqué, en insinuant que Grégoire évite la difficulté , il ajoute (0 , pour ne laisser aucun doute de sa foiblesse : qu'avant que de produire les passages qu'on lui demandoit (pour prouver qu'il falloit adorer le Saint-Esprit ) il se précautionne judicieusement dans la crainte qu'on ne les trouve pas concluans ; d'où il infère qu'il étoit dijfficile qùil convainquît ses adversaires par la seule Ecritare. Ainsi , ce ne sont point les hérétiques , mais les catholiques qui hésitent , quand il s'agit de la preuve par l'Ecriture : leur fuite est aussi honteuse que manifeste , et la victoire de l'Eglise , sur C')-?. 134. «.
les ennemis de la Trinité, consiste plutôt dans l'éloquence de ses rhéteurs , que dans le témoignage des livres sacrés.