CHAPITRE XXII
Que la méthode de M. Simon ne laisse aucun moyen d'établir la sûreté' de la foi , et abandonne tout à l'indifférence.
Ce seroit un asile sûr pour les catholiques de bien établir quelque part l'infaillible autorité de l'Eglise; mais c'est de quoi on ne trouve rien dans notre auteur. Au contraire on y trouve trop clairement que dans les disputes de foi, ce n'e'toit pas à l'Eglise que les Pères renvoyoient : nous venons d'en rapporter le passage (0. Le même critique qui s'en étoit servi pour achever d'embarrasser les voies du salut , a détruit encore l'autorité de l'Eglise en faisant voir qu'elle a varié dans sa croyance (2). Un lesprit flottant ne trouve non plus aucune ressource dans les décisions des conciles , puisqu'on lui dit que saint Augustin ne s'est pas tenu obligé à celui de Nieée (3). Ainsi , en suivant ce guide , on périra infailliblement.
C'est un secours pour fixer l'interprétation des Ecritures que d'employer certains termes consacrés par l'autorité de l'Eglise , comme est celui de consubstantiel établi dans le concile de Nicée contre les chicanes des ariens. Mais M. Simon tâche encore de nous ôter ce refuge, en rangeant ces termes,
(i) Ci-dessus, chap. xviii. — (•*) Ci-dess. 1. 1. chap. i, etsuiv, ch. x, et sui%'. — ^) Ci-dessus, chap. xix.
ET DES SAINTS PERES, LIV. I r. Il5
ainsi ajoutés au texte de l'Ecriture, parmi ces conséquences humaines qu'il a rejetées. Voici ses paroles dans l'endroit que nous avons souvent cité, mais pour d'autres fins (0 : Les ariens opposèrent de leur coté aux catholiques qu'ils avaient introduit dans la religion des mots qui n étaient nullement dans les livres sacrés ; saint ^thanase prouva , au contrairCy que les ariens en avoient inventé un hienplus grand nombre ; en sorte que de part et d'autre on s'appuyoit non-seulement sur des passages formels de la Bible , mais aussi sur les conséquences qu'on en tiroit; c'est-à-dire, comme on vient de voir, nonseulement sur la. parole de Dieu, mais sur la dialectique et sur des raisonnemens. Ainsi chaque secte avoit ses termes consacrés pour fixer sa religion : les catholiques en avoient ; les hérétiques en avoient à la vérité un bien plus grand nombre ; mais enfin il n'y alloit que du plus au moins; et afin que les catholiques ne pussent tirer aucun avantage non plus que les hérétiques, de leurs termes consacrés, M. Simon les réfute les uns après les autres par cette règle générale : la règle cesse d'être règle j aussitôt qiion y ajoute quelque chose i?). A la vérité cette règle est employée en ce lieu contre Eunome, qui ajoutoit quelques mots à l'ancienne règle , à l'ancienne formule de foi qii Eunomius proposait comme la règle commune de tous les chrétiens (5). Mais que nous sert qu'il ait réfuté Eunome par un principe qui nous perce, aussi Ijien que lui, d'un coup mortel? S'il est permis de le poser en termes aussi généraux et aussi simples que ceux-ci de M. Simon : La règle
0) P. 91. — W P. io5. — (31 P. 104.
Il6 DÉFENSE DE LA TRADITIOJST
cesse d'être règle j aussitôt qùon y ajoute quelque chose j Nicëe qui y ajoute le consubstantiel a autant de tort qu Eunome qui y ajoute d'autres termes. Et l'on ne veut pas qu'on s'élève contre un critique orgueilleux , qui dans le sein de l'Eglise , sous le titre du sacerdoce, et à la face de tout l'univers, par des principes qu'il sème deçà et delà, mais dont la suite est trop manifeste, vient mettre l'indifférence, c'està-dire , l'impiété sur le trône ?
On dira que je mets moi-même les libertins dans le doute , en découvrant les moyens subtils par lesquels M. Simon les y induit, et qu'il faudroit résoudre les difficultés après les avoir relevées. Je l'avoue: mais on ne peut tout faire à la fois , et il a fallu commencer par découvrir ce poison subtil, qu'on avaleroit sans y penser dans les pernicieux ouvrages de M. Simon. Louons Dieu que ses artifices soient du moins connus. Par ce moyen les simples seront sur leurs gardes , et les docteurs attentifs à repousser le venin.