CHAPITRE PREMIER
Faux raisonnement de l'auteur sur la prédestination de Je'suS'Christ : son affectation a faire trouver de l'appui à la doctrine socinienne dans saint Augustin, dans saint Thomas, dans les interprètes latins, et même dans la Vulgate.
Nous avons encore à découvrir un autre mystère du livre de M. Simon ; c'est répanchement , et , si ce mot m'est permis, la secrète exaltation de son cœur, lorsqu'il parle des sociniens. 11 avoit trop d'intérêt à cacher cette pernicieuse disposition pour n'y avoir pas employé tout son art. Cet art consiste non-seulement à leur donner toutes les louanges qu'il peut sans se déclarer trop ouvertement ; mais encore, et c'est ce qu'il a de plus dangereux, à proposer leur doctrine sous les plus belles couleurs, et avec le tour le plus spécieux qu'il lui est possible. Pendant que l'explication de leurs dogmes qui flattent les sens, est longue et accompagnée de tout ce qui est capable de les insinuer, on y trouve assez souvent des réfutations, mais foibles pour la plupart ; et quelquefois un zèle si outré qu'il en devient suspect , comme est celui
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des amis cachés, qui affectent, même à contre-temps, de s'opposer l'un à l'autre , pour couvrir leur intelligence.
Qui n'adniireroit le zèle de notre auteur contre les erreurs de Socin ? Ce critique pour établir la divinité de Jésus-Christ va plus loin que saint Augustin et que saint Thomas , qu'il reprend comme favorables à cet hérésiarque. Samt TJiomas , dit- il (0 , ( dans son commentaire sur l'épître aux Romains ) s' étend d'abord assez au long sur ces mots. Qui pr;e-
DESTINATUS EST FiLIUS DeI IN VIRTUTE. Il purOÎl tOllt
1 empli de T explication de saint Augustin et de la plupart des autres commentateurs qui l'ont suivi sur ce passage , et il enchérit jnéme pardessus eux. Voilà la première faute qu'il remarque dans saint Thomas , d'être rempli partout de saint Augustin , dans les endroits mêmes où il est suivi de la plupart des interprètes ; et notre critique conclut ainsi : que pour être trop subtil , saint Thomas ( et par conséquent saint Augustin , d'oii saint Thomas a tiré son explication ) semble appuyer les sentimens de Socin. C'est ainsi que M. Simon montre son zèle contre les sociniens, et il n'épargne ni saint Augustin ni saint Thomas.
On lui pourroit dire en ce lieu avec le sage : JYe foyez pas plus sage qu'il ne faut (2) : ne présumez pas de votre sagesse jusqu'à l'élever au- dessus de deux aussi grands théologiens, que tous les autres, ou , pour parler comme vous , la plupart des autres ont suivi; mais notre auteur a encore ici un autre dessein; et pour de'couvrirle fond de ses malheureu-
(0 P. 473 et l\']l{. — W Ecchs. VII. 17.
ses finesses , il faut remarquer que Crellius , le plus habile des sociniens , se sert en effet de ce passage de saint Paul contre la divinité de Je'sus-Christ, par cette raison, que s'il est destiné ou prédestiné par sa résurrection à être Fils de Dieu , il ne l'est] donc pas par nature : il ne l'est pas éternellement , mais il est fait tel dans le temps. Tel est le raisonnement de Crellius que M. Simon rapporte au long (0. Jl n'y a rien de plus pitoyable.
Titelman , dont notre critique nous rapporte l'explication (2) , sur cette parole de saint Paul : Jésus- Christ a été prédestiné à être Fils de Dieu (^) , n'y avoit laissé aucune dijQiculté , lorsqu'il avoit expliqué dans sa paraphrase , que Jésus-Christ étoit celui dont il assoit été prédestiné j quen demeurant ce qu'il étoit ( dans le temps et selon la chair) il serait tout ensemble le-. Fils de Dieu de m,éme puissance que son Père. Qu'y a-t-il de plus littéral et de plus net que cette interprétation de Titelman? Cependant M. Simon la rejette comme étant l'explication d'un théologien de profession , qui substitue les préjugés de la théologie en la place des paroles de saint Paul ; et sans alléguer aucune raison de son mépris, il se contente de dire : Que tout le monde ne demeurera pas d'accord que ce soit là le féritable sens d^s paroles de V apôtre. Assurément les sociniens, qui nient la divinité du Fils de Dieu, ne conviendront pas d'une paraphrase où elle est si clairement expliquée. Mais enfin M. Simon, malgré qu'il en ait , ne pourra s'empêcher d'en convenir. Car il faut bien qu'il avoue , puisqu'il fait profession
(»: P. 848. — (') P. 56V (3) Rom. I. 4.
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d'être catholique , qu'il y a une incarnation , qui est une œuvre de Dieu ; mais il est bien certain que Dieu n'a rien fait que ce qu'il avoit pre'vu et pre'destiné auparavant ; s'il a donc fait l'homme- Dieu, cet homme- Dieu est prévu et pre'destiné. Qui le peut nier ? Saint Augustin a donc enseigné une vérité constante, quand il a dit (0 : Jésus a été prédestiné ^ afin que devant être selon la chair le fils de David , il fût aussi en 'vertu le Fils de DieUj qui est précisément la même chose que Titelman avoit exposée dans sa paraphrase.
Laissant donc à part CrcUius et les réponses bonnes ou mauvaises qu'a faites M. Simon à son misérable argument , et laissant encore à part toutes les disputes qu'on peut faire sur le mot grec opm^-ùq , soit qu'il veuille dire déclaré , comme il semble que quelques Grecs l'aient entendu , soit qu'il veuille dire destiné ou prédestiné , comme traduit la Vulgate selon le sens de saint Chrysostôme , et après elle saint Augustin et tous les Latins, on ne peut dire , comme fait M. Simon , que ce terme prœdes- Zma/;M5 appuie Socin , sans avoir le dessein malicieux de lui faire trouver de l'appui dans saint Augustin , dans saint Thomas , dans tous les auteurs et commentateurs latins, et même dans la Vulgate , dont les anciens Pères se sont servis comme nous.
(») De Prcedest. Sess. i. chap. xv-