CHAPITRE IV
Trois mauvais prétextes du critique pour pallier cet excès.
Il en use de même à l'égard des autres semblables novateurs ; et prévoyant le reproche que lui en (0 P. 82a.
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feroient ses lecteurs , il rapporte dans sa préface trois raisons pour s'en excuser. La première est que cela est de son sujet. Pourquoi de votre sujet? Aviezvous entrepris de composer un catalogue des hérésies ? Est-ce à cause que ces impies ont proféré leurs blasphèmes en expliquant l'Ecriture , que vous vous croyez obligé de les mettre au jour? Il n'y aura donc qu'à traiter sous ce prétexte toutes les raisons des athées et des libertins contre la prescience de Dieu^ contre son immensité et sa providence, contre sa justice qui punit le crime d'un feu éternel, et contre ses autres attributs, sans y faire aucune réponse ; car c'est en expliquant l'Ecriture sainte que les sociniens les ont attaqués. La seconde raison de notre auteur est que les Pères se sont servis utilement de quelques bonnes pensées qu'on trouve dans les ouvrages des hérétiques. Qu'il nous montre donc quel profit on peut tirer de la longue déduction des argumens de Servet , et qu'il y choisisse un seul endroit d'où nous puissions recueillir quelque utilité.
Mais enfin, dit notre critique, et c'est sa troi-^ sième raison , les écrits des novateurs sentent contre eux-mêmes. Je l'avoue ; et c'est aussi pai' où je conclus que si l'on n'en tire point cet avantage , à quoi M. Simon ne songe pas dans ce qu'il dit de Servet et des autres semblables auteurs, on les étale plutôt qu'on ne les comljat : on leur attire de favorables spectateurs plutôt que des adversaires , on les fait passer pour des gens dont les sentimens méritent d'être connus. Le monde n'est déjà que tiop porté à vouloir croire que ceux qu'on a con-
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damnes ont eu leurs raisons , et il n'y a rien de si aisé que de faire dire à un libertin ignorant : Servct qu'on fait passer pour un si mauvais auteur et les autres qu'on a décrie's n avoient pas tant de tort qu'on le publioit.
C'est ce qu'on gagne à rapporter les écrits des hérétiques , sans en même temps en inspirer de rhorreur par une solide réfutation. Mais quand notre critique en est venu là , il s'en tire en parlant ainsi (0 : Ce serait ici le lieu de conibatlre les fausses idées de ce patriarche des nouveaux and-trinitaires y si Calvin rien avoit déjà montré la fausseté dans un ouvrage séparé. Il a bien senti que le public lui demandoit la réfutation des principes de Servet, qu'il avoit si bien déduits; mais d renvoie son lecteur à Calvin , afin peut - être qu'en évitant le poison de l'un on avale celui de l'autre, et qu'on apprenne à blasphémer d'une autre manière. En eflet il n'ignore pas, et il le remarque lui-même (2) , qu'en défendant la doctrine catholique sur la Trinité, Calvin en avoit détruit une partie, jusqu'à oser renverser le fondement du concile de Nicée, outre les autres erreurs qui sortent naturellement d'une source si empoisonnée.
Voilà toute la ressource qu'on laisse à ceux que l'exposition qu'on leur donne des sentimens de Servet touchera peut-être de quelque pitié envers lui : on les renvoie à Calvin qui l'a fait brûler. Qu'ils se contentent s'ils veulent de cette réponse.
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CHAPITPvE V.
Le soin de M. Simon à faire connoître et a recommander Bernardin Ochin, Fauste Socin et Crellius.
Bernaudin Ocliin vient après. M. Simon ne nous en apprend que la grande réputation , les mœurs louables et la bonne conduite (0, sans nous parler des désordres qui éclatèrent depuis son apostasie. Il ne faut pas oublier qu'il écrivoit , dit M. Simon , contre la foi de la Trinité , sous prétexte de la défendre. Il devoit encore ajouter que cette dissimulation a passé dans toute la secte , et que les plus pernicieux ennemis de la Trinité sont ceux qui l'attaquent sous cette couleur.
Mais les deux favoris de M. Simon sont Fauste Socin et Crellius , dont il vante si bien partout les explications littérales et le bon sens , qu'il donne envie de les lire , et j'ajouterai de les suivre.
Il nous donne d'abord Fauste Socin comme un homme qui cherche les explications les plus simples et les plus naturelles (2) , ce qui est non-seulement pour M. Simon , mais en général pour tous les hommes de bon sens, la véritable méthode, pourvu qu'on entende bien la bonne et naturelle simplicité. Quoi qu'il en soit, Socin a déjà l'avantage de l'avoir recherchée. En général il lui donne toutes les louanges qu'on peut lui donner sans paroître ouvertement son disciple. Il loue son exactitude sur la manière de traduire, et son équité dans la jus-
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tice
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tlce qu'il fait ordinairement à la Vulgate. Qui ne seroit porté à présumer bien d'un homme si équitable? Si M. Simon est forcé en quel qu'endroit de l'attaquer (car aussi comment sans cela soutenir la profession de catholique), il le fait si mollement, qu'on voit bien qu'il ne craint rien tant que de le blesser, témoin l'endroit où , en parlant de Brenius , un des principaux anti-trinitaires, il en dit ces mots (0 : /Z détourne plusieurs endroits , oh il est parlé du Fils et du Saint-Esprit ^ et s'il ne s'accorde pas toujours avec Socin » dont les interprétations sont quelquefois forcées et trop subtiles ^ il n abandonne pas pour cela la doctrine des anti-trinitaires. Quel fruit ne peut- on pas retirer de cette curieuse remarque de M. Simon? On y apprend en premier lieu les endroits où l'on trouve l'art de détourner les passages de l'Ecriture, non sur un sujet commun et indifférent, mais sur le sujet du Fils et du Saint-Esprit : on y apprend en second lieu, que c'est quelquefois seulement que les interprétations de Socin sur une telle matière sont forcées et trop subtiles; c'est-à-dire, que partout ailleurs et pour l'ordinaire elles sont simples et naturelles; et ce qu'il y â de plus remarquable j on y apprend que si quelquefois on ne se débarrasse pas trop facilement des passages de l'Ecriture par les interprétations de Fauste Socin, il ne faut point pour cela se désespérer, puisqu'on y trouve un bon supplément dans celles de Brenius , qui sans le secours de Socin et sans ses explications, quelquefois trop fines et comme tirées par les cheveux, demeure toujours
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im parfait anti-trinitaire. Que ne doivent donc pas les sociniens aux précautions de M. Simon , qui enseigne de si bons moyens de suppléer au défaut de leur maître même, lorsque la force lui manque? Que si vous voulez savoir parfaitement la doctrine socinienne , vous recevrez de M. Simon toutes les instructions ne'cessaires. Le de'nouement le plus essentiel de toute la secte, est de bien entendre la force de ce nom Dieu , afin qu'on ne soit pas effrayé quand on le lui verra donner tant de fois à Jésus-Christ et dans des circonstances si particulières. C'est ce que vous apprendrez de Socin dans son. commentaire sur le premier chapitre de saint Jean (0. M. Simon va continuer ses graves leçons. Ceux, dit-il ('^), qui voudront connoîlre plus a fond ( car c'est une chose fort importante au puljlic) la niéthode et la doctrine de Socin , joindront aux commentaires dont nous venons de parler ^ deux autres ouwrages j dont le premier a pour titre : Lkc- TioAES Saçr^, ^t Vautre^ Pr^lectiokesTheologic.iej parce guHj explique un grand nombre de passages du nouveau Testament , et qu il j éclairait plusieurs difficultés. Vous pouvez croire comment il les éclaircit, et si c'est selon la saine doctrine. Quoi qu'il en soit, ce que veut ici enseigner M. Simon, c'est nonseulement que ces livres sont bons aux sociniens , mais encore qu'il faut inviter les catholiques à les lire ; parce que , dit-il C-^) , si ton met à part les endroits oii Socin tache d appuyer ses nouveautés ; c'est-à-dire, sans difficulté presque tous ses livres, ils peuvent leur être utiles. Mais à quoi utiles ? mon- (•) /». 84 1 . — ■') P. 845. — v3) P. 846.
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Irez-le nous une fois : racontez-nous quelques-uns de ces avantages qu'on peut tirer de cette lecture. 11 n'en dit pas un seul mot : son livre seroit trop gros ; il a du temps pour nous re'citer toutes les impiétés et les adresses des sociniens ; il n'en a point pour montrer aux catholiques les avantages qui leur en reviennent; c'est-à-dire, qu'il a pour but de satisfaire les uns, et non pas d'instruire les autres. C'est le contraire de ce qu'il falloit ; car s'il y avoit quelqu utilité à tirer des sociniens, c'est ce qu'il falloit extraire de leurs écrits , afin de sauver aux catholiques la peine et le péril de les lire ; mais c'est qu'il a bien senti que ces utilités prétendues sont trop minces pour mériter d'être étalées. Il est vrai , il y aura dans Fauste Socin quelques-unes de ces bonnes choses, de ces principes communs qu'on trouve dans les plus mauvais livres, qu'on trouveroit beaucoup mieux ailleurs , et qu'on trouve encore dans Socin tournés d'une manière qui porte à l'erreur ; ce n'est pas la peine daller chercher cette utilité telle quelle dans des livres si remplis de malignité, au hasard d'y boire à pleine bouche le venin du socinianisme, Dieu permettant qu'on s'aveugle , en punition de ce que sous la conduite d'un M. Simon , on ira chercher dans les sociniens plutôt que dans les orthodoxes les principes de la religion et les manières d'interpréter l'Ecriture sainte.
On voit donc qu'en suivant un si bon guide on ne manquera d'aucun secours pour apprendre cette curieuse et rare doctrine de Socin ; et afin qu'on en puisse être plus facilement informé, on avertit (0 que
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ceux oui n'ont pas le temps de parcourir ses ouvrages , qui sont imprimés en deux tomes in-folio à la tête de la Bibliothèque des frères Polonais , peuvent consulter leur catéchisme, dont il y a diverses éditions, et qui a pour titre : Catechesis Ecclesiarum PoLONicARUM , etc. Cc petit livre j continue-t-il, qui enferme en peu de mots les articles de leur doctrine avec les preuves , est un abrégé de ce quil y a de plus considérable dans les écrits de Socin.
Qui prit jamais plus de soin d'expliquer les moyens de bien entendre S. Augustin et S. Chrysostôme, que M. Simon en a pris pour faire entendre Socin et sa doctrine et ses preuves, et dans toute leur étendue, et en abre'gé pour la plus grande facilité du lecteur. Après cela, rien n'empêche qu'on ne devienne bon socinien en peu de temps; et ce critique veut encore que nous sachions qu'il prend tout ce soin pour les catholiques, qui^ dit-il (0, en peuvent tirer quelqu avantage , qu'il ne marque pas. Falloit-il donc tant de peine pour faire trouver ce peu d'avantage ( car il n'ose dire beaucoup ) dans la doctrine de Socin ? et ne falloit-il pas plutôt penser combien de gens y trouveroient leur perte assurée? Mais c'est de quoi ce critique se met peu en peine, et un dessein si utile n'est pas l'objet de ses études.
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