CHAPITRE IIL
Affectation de M. Simon à étaler les blasphèmes des sociniens, et premièrement ceux de Servet.
Mais parlons d'un peu plus près à M. Simon , et voyons si ce grand anti-socinien, qui renchérit sur 10 Joan. xvn. — (») Betract. î- 1. c. 2-4.
124 DÉFENSE DE LA TRADlTIOIf
le zèle de saint /\.ugustin et de saint Thomas, soutient partout son caractère. Je lui demande quel esprit l'a pu porter à nous donner une si ample explication de la méthode des nouveaux anti-trinitaires? Pourquoi ce détail si exact, si étudié de leurs dogmes, de leurs preuves, de leurs solutions, qui fait à proportion du reste du livre une des plus longues parties, et sans doute la plus recherchée de tout l'ouvrage? C'est une entreprise qui jusqu'ici n'avoit point d'exemple; et cette curieuse déduction de tant d'erreurs, sans dessein de les réfuter , n'en peut être qu'une dangereuse et secrète insinuation. Pourquoi, par exemple, se donner la peine d'exposer le détail des disputes de Servet contre la divinité de Jésus-Christ ? Quel bien peut-il arriver à ses lecteurs de la connoissance qu'il leur donne des argumens et des réponses de cet impie ? et pourquoi employer à ce détail plus de temps qu'il n'en a donné à saint Athanase et à saint Basile? Que servoit d'étaler tous les embarras que trouve cet hérétique dans le mot de personne usité dès l'origine du christianisme , et si nécessaire à démêler le dogme de la Trinité des chicanes de ses adversaires? Est-ce assez de répondre en général (0 quil a fallu donner de nouveaux sens à plusieurs mots pour expliquer avec plus de netteté les mj stères de la religion ? Si l'on n'en dit pas davantage , on autorise Servet à donner aussi à ce mot son nouveau sens , qui réduit tout le mystère <le la Trinité à diverses apparitions extérieures d'une seule et même personne. Pourquoi donner toutes ces idées? ignQi'e-t-on combien dangereux sont les pièges
qu'on tend aux petits" esprits dans ces embarras de mots d'où ils ne peuvent sortir? Mais pourquoi accoutumer les oreilles aux blasphèmes, et les façonner à entendre dire (0 que cest quelque démon qui a suggéré aux hommes ces personnes imaginaires , mathématiques et métaphysiques ? Je répète ces mots avec horreur; mais je suis contraint de reprendre l'audace effrénée d'un auteur qui y prend plaisir, et les rapporte sans nécessité. Quelle utilité de savoir comment on élude les passages où Jésus-Christ est appelé Dieu et Fils de Dieu ; et ceux où est marquée sa préexistence ? A-t-on peur que les blasphèmes qui flattent le sens humain ne viennent pas assez tôt à la connoissance du peuple ? Servet étoit ignoré de toute la terre ; on n'en entendoit parler qu'avec horreur; ses livres réduits à quinze ou seize exemplaires cachés dans quelque coin de bibliothèque ne paroissoient plus; M. Simon les remet au jour. Il rend inutile le seul bien que Calvin eût fait , qui étoit la suppression des ouvrages de cet hérésiarque; et les déchargeant des absurdités les plus grossières et des blasphèmes les plus odieux contre la nature divine, il nous les donne dans un extrait, où il n'y a que la quintessence de leur poison.