CHAPITRE XXI
Louanges excessives de Grotius, encore qu il favorise les ariens, les sociniens , et une infinité d'autres erreurs.
J'ai réservé à Grotius un chapitre à part (0 pour ne le pas confondre avec les sociniens, dont il s'est pourtant laiss^Mmprimer d'une manière dont M. Simon n'a pu se taire. Car il remarque i?) qu'il a fait réloge de Crellius et des sociniens j et que le socinien Volzogue a emprunté beaucoup de choses de Grotius. Grotius j de son côté , est redevable d'une partie de ses notes à Socin et à Crellius. A vrai dire , l'affinité qui est entre eux est extrême , et afin de comprendre jusqu'où elle va , il ne faut qu'écouter Grotius lui-même, qui fait des vœux , dit M. Simon (3), pour la conservation de Crellius et des frères Polonais (on entend bien que c'est-à-dire les sociniens ) , afin quils puissent continuer à travailler avec succès sur l'Ecriture.
Mais comme on pouvoit croire que cette prévention de Grotius pour les sociniens n'iroit pas à ce qui regarde la divinité de Jésus-Christ, M. Simon demeure d'accord (4) qu'il favorise quelquefois (il falloit dire très-souvent) l'ancien arianisme , ayant trop élevé le Père au-dessus du Fils , comme s'il n'y avoit que le Père qui fût Dieu souverain , et que le Fils lui fût inférieur même à l'égard de la divinité. Il me semble que c'est assez évidemment être
(0 "Voy. Dissert, sur Grotius, ci-dessus^ tom. iv. — W Sim.p.SoZ. — k3) P. 804. — (4) P. 8o5.
arien que d'enseigner de telles choses. Mais Grotius passe encore plus avant, el ^ continue M. Simon, il a détourné et affaibli, par ses interprétations , le sens de quelques passages ( il devoit dire de presque tous, et des principaux et des plus clairs) qui établissent la divinité de Jésus-Christ. Il falloit encore ajouter, qu'il afl'oiblit la préexistence , puisqu'il de'tourne jusqu'au passage où Je'sus-Christ dit qu'il est aidant qu Abraham eût été fait , qui est celui que M. Simon , quand il veut parler en catholique, regarde comme le plus clair de tous.
Voilà ce que dit M. Simon touchant Grotius ; et ce qu'il y a de surprenant, c'est qu'incontinent après avoir rapporté toutes ces erreurs, il continue en cette sorte (0 : nonobstant ces défauts , comme si c'étoient des fautes de rien , on doit lui rendre cette justice, que pout ce qui est de T érudition et du bon sens , il surpasse tous les autres commentateurs qui Ont écrit avant lui sur le nouveau Testament. S'il ne louoit en lui que l'érudition , cette louange ne tireroit pas à conséquence , et feroit voir seulement que personne n'a plus cité de passages des auteurs sacrés et prof;ines que Grotius, puisqu'il en est chargé jusqu'à l'excès; mais donner la préférence du bon sens à un homme qui préfère en tant d'endroits et dans les plus essentiels les interprétations ariennes et sociniennes aux catholiques , c'est insinuer trop ouvertement que le bon sens se tiouve dans ses interprétations. M. Simon ajoute à tout cela (2) qu'encore que Grotius ne soit pas contraversiste , il éclaircit en plusieurs endroits la théolo-
WP. 8o5.— W/itt/.
gie des anciens par de petites dissertations qu'il fait entrer de temps en temps dans ses notes (0. Ces petites dissertations peuvent être , par exemple , si Ton veut , celles où il anéantit le pre'cepte contre Fusure et la doctrine de l'immortalité de lame. On pourroit encore remarquer celles où il a si bien éclairci la théologie des anciens , qu'on ne sait plus quel Verbe il a reconnu , si c'est celui de saint Jean et des chrétiens, ou celui des platoniciens et d'un Philon juif. Par ces curieuses dissertations de Grotius, on pourroit douter si le Verbe et le Saint- Ksprit sont deux personnes distinguées , et en particulier, si le Saint-Esprit est quelque chose de subsistant et de coéternel à Dieu. On y pourroit apprendre aussi que les endroits où Jésus-Christ est appelé Dieu, sont plutôt des manières de parler inventées pour relever Jésus-Christ , que des paroles qu'on doive prendre littéralement. Grotius n'oublie du moins aucun endroit des anciens par où l'on puisse embrouiller cette matière, sans qu'on y puisse trouver une claire résolution de cette question. C'est ce qu'on pourroit démontrer si c'en étoit ici le lieu. Ainsi , louer ces dissertations dans un auteur en^qui on fait indéfiniment prédominer le bon sens ^ et à qui on donne la gloire à avoir éclairci la théologie des anciens, c'est, non-seulement induire les simples en erreur , mais encore tendre des pièges aux demisavans.
(') Grot. in Luc. vi. 36. In Gen. ii. 7. Job. xxxiv. 14. In Ecoles. XII. 7. In Sap. u. a. In Luc. xx. 38. In Mare, zxtiii. In Joan. i.