CHAPITRE VIIL
Autre cavillation de M. Simon dans la. déclaration qu'il a J'aite de ne vouloir pas condamner saint Augustin : que sa doctrine en ce point établit la tole'rance et l'indifférence des religions.
Il ne sert de rien à M. Simon de dire qu'il ne prétend point condamner saint Augustin , ni empêcher que ses sentimens n'aient un libre cours, mais seulement d'empêcher que sous prétexte de défendre ce docte Père , on ne condamne les Pères grecs et toute l'antiquité. J'avoue qu'il parle souvent en
ce sens; mais ceux qui se paieront de cette excuse, n'auront guère compris ses adresses. Il veut débiter ses sentimens hardis : mais il se prépare des subterfuges, quand il sera trop presse'. 11 a de secrètes complaisances pour une secte subtile, qui veut laisser la liberté' de tout dire et de tout penser. Je ne parle pas en vain, et la suite fera mieux paroître cette vérité; mais il voudroit bien nous envelopper ce dessein. Qu'y a-t-il de plus raisonnable que de tolérer saint Augustin? Mais accordez-lui cette tolérance, avec les principes qu'il pose et avec les propositions qu'il avance , il vous forcera de tolérer une doctrine opposée à toute l'Eglise ancienne, proscrite par conséquent selon les règles de Vincent de Lerins , c'està-dire, selon les règles qui sont les marques certaines de la catholicité. Il vous fera voir que la foi peut être changée : que les papes et tout l'Occident peuvent approuver ce qui étoit inoui auparavant : qu'on peut tolérer une doctrine qui renverse le libre arbitre , qui fait Dieu auteur de l'aveuglement et de l'endurcissement des hommes, qui introduit des questions qui mettent les bonnes âmes au déses^ pair {^) ; c'est-à-dire, celle delà prédestination, sans laquelle on ne sauroit expliquer à fond , ni les prières de l'Eglise , ni la grâce chrétienne. Passez cette tolérance, et accordez une fois qu'on a varié dans la foi , il n'y a plus de tradition ni d'autorité, et il en faudra venir à la tolérance. Voilà ce qui résulte clairement du livre de notre auteur.
Qu'il étale tant qu'il lui plaira sa vaine science, et qu'il fasse valoir sa critique, il ne s'excusera jamais,
3o DÉFENSE DE LA TRADITION
je ne dirai pas d'avoir ignoré avec tout son grec et son lie'breu , les éle'mens de la the'ologie ( car il ne peut pas avoir ignoré des vérités si connues qu'on apprend dans le catéchisme); mais je dirai d'avoir renversé le fondement de la foi , et , avec le caractère de prêtre , d'avoir fait le personnage d'un ennemi de l'Eglise.