‹ Œuvres; revues sur les manuscrits originaux et les éditions les plus correctesChapitre 95 sur 321 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Que cet Hilaire préféré par M. Simon aux plus grands hommes de l'Eglise , outre ses erreurs manifestes , est d'ailleurs unfoible auteur dans ses autres notes sur saint Paul.

CoKCLcoNs de tout ce discours, qu Hilaire n'étoit pas un assez grand auteur pour mériter tant de louanges de M. Simon , qui ne met rien , comme on a vu, au-dessus de lui, et qui même l'élève au-dessus de ce qu'il y a eu dans l'Eglise de plus excellent pour interpréter l'Kcriture.

A bien juger de cet auteur, il faudroit dii^ que son style est foible comme son raisonnement , et qu'il est presque partout au-dessous de son sujet. Pour peu que la matière qu'il trouve soit difficile

26o DÉTENSE DE LA TRADITION

et l'oblige à sortir du chemin battu , il s'embrouille d'une manière à n'être point entendu , témoin ce qu'on vient de voir sur les deux enfers, qui tient une grande place, et toute pleine de te'nèbres et d'égaremens dans son Commentaire. C'est dans ses notes sur ce verset : En qui tous les hommes ont péché (0 : IN Quo OMNES PEccAVERUNT, un raffinement particulier de dire , que cet in quo signifie Eve : que c'est en elle que saint Paul enseigne que nous sommes tous pécheurs ; et que s'il a dit in quo , quoiqu'il parlât d'une femme , cum de muliere loquatur , c'est à cause que la femme est homme, en prenant ce mot pour le genre , et qu'en ce sens Eve étoit Adam : et ipsa enim yldam est, parce qu'Adam signifie homme; de sorte que c'est merveille qu'au lieu d'un nouvel Adam , saint Paul ne nous a pas donné en Jésus- Christ une nouvelle Eve. Je ne sais pourquoi M. Simon n'a pas relevé une remarque si particulière à ce commentateur, dont il prise tant les rares talens. Il devoit encore observer sur ce passage de saint Paul : Peccatum occasione accepta per mandatum FEFELLiT ME : le péché a pris occasion du commandemejitpour me tromper et pour me donner la mort (2) ^ que le péché dans cet auteur , c'est le diable : peccatum hoc loco diabolum intellige ; ce qu'il inculque* bien fortement en un autre endroit (3). C'est aussi l'explication de Pelage , qui ne vouloit point entendre que la concupiscence, qu'il croyoit bonne , fût appelée péché par le saint apôtre. Je pourrois relever beaucoup d'autres notes aussi malheureuses de ce commentateur, et en conclure qu'il n'enten-

(•) Rom. V. 13. — W Rom. vu. 11. — C^) Ibid. v. 18.

doit guère son original ; mais c'en est assez pour faire voir que cet auteur , si estimé de M. Simon , encore que par sa doctrine mêlée , et dans des siècles moins éclairés, il ait long-temps imposé au monde sous le grand nom de saint Ambroise , n'a point eu au fond de, meilleur titre pour gagner l'estime de notre critique, et mériter la préférence qu'il lui adjuge audessus presque de tous les auteurs ecclésiastiques, du moins de tous les latins , que d'avoir été dans une grande partie de son Commentaire^ comme je le nomme sans crainte , un précurseur de Pelage.

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