CHAPITRE VIL
Que notre critique affecte de donner à la doctrine de Pelage un air d'antiquité : qu il fait dire à saint Augustin que Dieu est cause du péché: qu'il lid préfère Pelage, et que partout il excuse cet hérésiarque.
Aussi nous avons vu qu'après Hilaire , Pelage est celui des commentateurs que M. Simon estime le plus. Il est vrai qu'il semble excepter ses erreurs. Mais on verra dans la suite qu'il les réduit à si peu de chose, qu'à peine un juge équitable le compterat-il parmi les hérésiarques. Certainement saint Augustin , selon notre auteur , n'a pas moins de tort que lui , et n'est pas un novateur moins dangereux ; puisqu'il favorise (j'ai honte de le répéter) les impiétés de Luther : de sorte qu'il se trouvera , par la critique de M. Simon , que les deux commentateurs les plus dignes de ses louanges parmi les Latins , sont
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Ililaire, très-favorable aux sentimens de Pelage, et Pelage même.
C'est pourquoi il tâche partout de le rendre conforme aux anciens et surtout à saint Chrysostôme. JJon prendra garde , dit -il (0, qiie pour ne pas s'accorder avec la doctrine qui a été la plus commune après saint Augustin parmi les Latins j Pelage n'est pas pour cela hérétique : autrement il faudrait accuser d hérésie la plupart des anciens docteurs de ï Eglise. C'est dire assez clairement que la doctrine la plus commune de l'Eglise latine étoit contraire à l'antiquité. Il poursuit : Pelage s'' accorde , ditil (2) j avec les anciens commentateurs dans l'interprétation de ces paroles j Tradidit illos Déus in DEsiDERiA coRDis EORUM , eiicore quil soit éloigné de saint Augustin. C'est saint Augustin qui a tort , c'est lui qui innove , c'est Pelage qui s'attachoit à la tradition. Mais en quoi ? l'auteur le va dire : cette expression Tradidit, Dieu a livré, ne marque pas, dit Pelage, que Dieu ait livré lui-même les pécheurs aux désirs de leurs cœurs , comme s'il étoit cause de leurs désordres. C'est donc à dire que saint Augustin faisoit Dieu cause des désordres. M. Simon l'inculque partout j^ comme la suite le fera paroître , et Pe'lage savoit mieux que lui condamner cette impiété.
Nous verrons ailleurs qu'il soutient cet hérésiarque , dans la manière dont il élude le plus beau passage de saint Paul pour le péché originel (3). Mais on ne peut pas tout dire à la fois , ni ramener en un seul endroit toutes les erreurs de M. Simon. Nous (•) P. 238. — V») /». a4o. — ^3) P. 241.
avons ici à considérer l'air d'antiquité qu'il donne partout à Pelage. Poursuivons donc. Pelage, dit-il, suit d'ordinaire les interprétations des Pères grecs , principalement celles de saint CJirjsostôme. Je le nie, et en attendant l'examen plus particulier de cette matière , on voit l'afTectfttion de justifier Pelage , en le faisant d'ordinaire conforme aux saints docteurs. La même idée se trouve partout (0. On ne peut nier que l'explication , qui est ici condamnée par saint Augustin j ne soit de Pelage dans son Commentaire sur l'épître aux Romains ,- mais elle est en même temps de tous les anciens commentateurs. Voilà un acharnement qui n'a point d'exemple , à adjuger à un hérésiarque la possession de l'antiquité. Ailleurs : Toute l'antiquité , dit-il, sembloit parler en leur faveur, ( de Pelage et de ses disciples dont il s'agit en cet endroit). Ce n'est pas tout , on trouve, continue-t-il (2) , dans les deux livres de saint Augustin sur la grâce de Jésus-Christ et sur le péché originel , plusieurs extraits des ouvrages de Pelage , dont le langage paroîtpeu éloigné de celui des Pères grecs : et il ajoute , qu'encore que ces expressions pussent avoir un bon sens, elles ont été condamnées par saint Augustin. Il insinue, qu'il n'y avoit qu'à s'entendre et que la dispute étoit presque toute dans les mots. C'est pourquoi il ajoute encore : Si saint Augustin s' étoit contenté de prouver par t Ecriture , qu outre ces grâces extérieures y il faut nécessairement en admettre <I intérieures , il auroit ruiné l'hérésie des pélagiens sans s'éloigner de la plupart de leurs expressions , qu'il eût été peut-être meilleur de CO P. aSa. — W P. aga.
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consen^ej' j parce quelles sont conformes h toute îa théologie. Voilà une belle ide'e pour de'truire une hérésie. Il n'y a qu'à parler comme elle et conserver la plupart de ses expressions. C'est le conseil que M. Simon auroit donné à saint Augustin, sll avoit vécu de son temps. Hvenoit pourtant de nous dire, qu'on a dû rejeter ces expressions des pélagiens , quoiquils eussent pu s'en scnnr. Nous démêlerons ailleurs ce nouveau mystère que M. Simon a trouvé pour et cqntre l'hérésie pélagienne. On en voit assez pour entendre qu'il donne , autant qu'il peut , à cette hérésie un air d'antiquité et de bonne foi , et à saint Augustin , qui défendoit la cause de l'Eglise , un air d'innovation, de contention sur les mots, et de chicane.
Il tâche, par tous mdyens, de donner de l'autorité au Commentaire de Pelage sur les épîtres de saint Paul ; et pour inviter à le lire : Je crois, ditil (0, que Pelage V assoit composé avant que détre déclaré novateur. Vous diriez que ces nouveautés n'y sont pas. On sait cependant que tout en est plein , et M. Simon trouve ce moyen de les insinuer plus doucement. C'est donc un aveuglement manifeste à ce critique d'avoir tant loué Hilaire, même en le présupposant si favorable à Pelage ; c'en est encore un plus grand de témoigner tant d'estime pour Pelage même ; mais le comble de l'erreur est de les louer l'un et l'autre comme défenseurs de la tradition , au préjudice de saint Augustin.
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