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L'ORGANISATION

Técole sans Dieu; lorsqu'il n'a plus que la famille pour lui parler de Dieu, et que la famille ne sait pas ou ne veut pas le faire, vous, Messieurs, vous, Mesdames, allez à cette famille et, s'il en est besoin, donnez -lui premièrement le pain de la charité pour avoir le droit d'offrir et de donner à son enfant le pain de la vérité. Faites cela individuellement, ou faites-le collectivement en vous associant pour multiplier les ressources; mais faites-le toujours sous la direction de l'Église, sous la conduite du curé, qui vous désignera vos catéchumènes. Attirez ces enfants, in fiiniculis Adam, in vincidis charitatis; prenez -les seul à seul, ou prenez-les par petits groupes, peu nombreux toutefois, de peur d'exciter — qui sait? — les ombrages jaloux de l'Université, qui vous demanderait votre brevet, votre mandat, ou fermerait votre maison avec le même sans-gêne qu'elle ferme une classe.

Les encouragements que Rome prodigue à cet apostolat vous diront assez le prix qu'elle y attache. Elle a ouvert pour elle le trésor de ses Indulgences : « Sept ans et sept quarantaines, chaque fois, à tout fidèle qui, s'étant confessé et ayant communié, explique la doctrine chrétienne. — Indulgence plénière pour tous ceux qui auront cette louable habitude de faire le catéchisme, et qu'ils pourront gagner aux fêtes de Noël, Pâques et des apôtres Pierre et Paul. — Sept ans chaque fois, aux maîtres et maîtresses d'école qui, les dimanches et jours de fête, conduisent les écoliers

au catéchisme et le leur apprennent; — et cent jours, chaque jour qu'ils le font dans les classes aux jours ouvriers. — Cent jours aux pères et mères, chaque fois qu'ils instruisent ainsi leurs enfants ou leurs domestiques, etc., etc.^ » Cette abondance des trésors de l'Église répandus sur ces docteurs de bonne volonté, ne serable-t-elle pas déjà un acompte et un gage de la splendeur que le prophète promet à « ceux qui auront instruit un « grand nombre de leurs frères et qui, comme (( des étoiles, seront entourés d'éclat pendant l'é- « ternité? »

Et qu'on ne vienne pas à cela m'objecter que, avant d'enseigner, il faut d'abord savoir... C'est juste, mais vous apprendrez ; et le meilleur moyen comme la meilleure raison d'apprendre, n'est-ce pas précisément d'enseigner? Et puis, est-ce qu'on requière de vous la haute science? Est-ce qu'il s'agit d'autre chose que des éléments de la doctrine? Est-ce que, pour cela, il est besoin d'être docteur ou théologien? Il ne s'agit que d'être chrétien, et quel est le chrétien qui ne sach€ son catéchisme? D'ailleurs, n'avez -vous pas l'enseignement du prêtre pour diriger le vôtre ou le compléter? Et enfin, s'il arrivait que le besoin d'enseigner la religion aux autres vous portât vousmême à l'étudier de plus près, qui donc y perdrait? Osez donc, et montrez-vous! Combien de

t. V. la Bulle de saint Pie V : Ex debilo pastoralis o/fïcii, 6 oct. 1575. — Et la Bulle de Paul V : Ex credilo nohis, 6 oct. 1607. — Voy. le P. Maurel : Les Indulgences, p. 218, 219.

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personnes tiennent leur lampe, grande ou petite, enfermée ou cachée, comme celle que portaient au combat les soldats de Gédéon. N'est-ce pas l'heure de briser le vase et de faire la lumière? N'estce pas encore le moyen de mettre l'ennemi en fuite?

Je fais donc appel à tous les dévouements chrétiens pour cet enrôlement.

Je fais appel auxfemmes chrétiennes, aux jeunes fdles pieuses, aux veuves et aux vierges, aux mères de famille qui disposent de quelques loisirs, aux propriétaires, aux châtelaines, aux fermières, aux patronnes d'usine et de manufacture, et je leur demande de consacrer ce qu'elles ont de temps et de forces à la catéchisation des enfants de leur voisinage ou de leur dépendance : enfants de leui^ ouvriers, enfants de leurs métayers, ou enfants délaissés. Qu'elles remplacent parmi nous les diaconesses d'autrefois, elles en auront la couronne.

Quel prêtre n'a rencontré, dans le cours de son ministère, de ces personnes excellentes qui, n'ayant pas notoirement la vocation religieuse, ou n'ayant pas la liberté de la suivre, ont cependant l'attrait d'exercer en quelque manière une action apostolique ou charitable dans le monde? Donnons satisfaction à leurs désirs généreux, en les enrôlant ians le chœur des évangélistes des pauvres et des petits. Ce sera les servir elles-mêmes que de les pmployer à ce service.

.le fais appel aux jeunes gens, aux étudiants de

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nos Écoles et de nos Facultés catholiques, aux membres des Sociétés de Saint-Vincent de Paul, des Sociétés de patronage, de Persévérance et autres. On a multiplié en ce siècle les OEuvres corporelles de miséricorde. Mais les OEuvres spirituelles, et la première de toutes, l'instruction des ignorants, combien y pensent et l'exercent? Vous avez donné aux pauvres de votre bien, de votre bourse ; donnez^leur de votre intelligence, de votre cœur, de Votre foi. C'est la première aumône; et, si vous êtes de ceux qui cherchent à établit^ des liens de fraternité entre le pauvre et le riche, vous n'en pourrez trouver de plus étroits que ceux-là. Ce ne sera pas vainement que, dans l'intimité de ces leçons de catéchisme, vous vous serez rencontrés avec l'âme de cet enfant sur les sommets de la Foi, de l'Espérance et de la Charité. Vous ne vous désunirez plus ; et, selon le vœu de l'Apôtre, ce sera une communauté complète de sentiments, à la vie, à la mort, entre le catéchiste et le catéchisé : Commiinicet autem is qui catechizatur verbo ei gui se catechizat, in omnibus bonis.

Je fais également appel à toutes les associations ou confréries de dames qui fleurissent en France, Mères chrétiennes. Enfants de Marie, Dames patronesses des pauvres. Comités de salles d'asile, et autres. Toutes ces associations patronent des enfants : qu'elles fassent leur premier souci de l'instruction de ces pauvres. Sans doute leurs autres œuvres sont belles : qu'elles s'y appliquent, je le veux bien. Je veux bien que chaque semaine elles se

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réunissent pour confectionner des vêtements aux malheureux. Je veux bien que chaque mois elles s'assemblent pour les exercices d'une pieuse retraite. Je veux bien que chaque année elles exposent les riches ouvrages qu'elles destinent aux églises et aux missionnaires. Mais si elles se faisaient missionnaires elles-mêmes auprès des pauvres enfants infidèles de notre ancien monde ! Si, tout en donnant à Jésus-Christ des calices ou des ciboires d'or, elles lui préparaient, lui purifiaient, ce vase sacré qui est le cœur de ces petits enfants ! Ne serait-ce pas là, Mesdames, cette religion pure et immaculée que recommande l'apùtre saint Jacques : Religio munda et immaculata apiid Deiim et Patrem hœc est : visitare piipillos, etc.?

Resterait peut-être maintenant à indiquer le mode de recrutement, de fonctionnement et d'organisation de cette sorte d'armée territoriale au service de l'Église et de la vérité. Je me garderai bien de le faire aujourd'hui, persuade que c'est là le fruit de l'expérience, et que les règles à cet égard doivent se diversifier selon la variété des lieux et des circonstances.

J'aime mieux conclure ; et tout de suite je propose au Congrès eucharistique de Lille d'adopter les résolutions suivantes :

Considérant le manque d'instruction religieuse d'un grand nombre d'enfants pauvres, et l'insuffi-

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sance de l'instruction d'un plus grand nombre encore. — Et, vu que, le prêtre étant souvent empêché de la leur distribuer pleinement à lui seul, l'école même chrétienne n'y saurait suppléer suffisamment, soit parce qu'elle est trop nombreuse, soit parce qu'elle n'est pas fréquentée régulièrement.

Considérant d'ailleurs qu'une loi imminente est à l'œuvre impie est de bannir l'enseignement religieux de Técole communale, ou de ne l'y tolérer qu'à des conditions difQciles et illusoires, ce qui est à brève échéance la destruction de la religion en France.

Considérant, d'autre part, que l'institution des catéchistes laïques volontaires, conforme aux traditions de l'Église, et encouragée par ses bénédictions et ses indulgences, peut, en quelque mesure, parer à ce péril, par les grands fruits qu'en recueilliront soit celui qui donne l'instruction religieuse soit ceux qui la reçoivent.

Considérant enfin les dernières instructions du Souverain Pontife Léon XIII, revendiquant pour l'Église son droit imprescriptible de surveiller et de diriger l'enseignement des écoles primaires, et l'éducation des enfants, particuhèrement au point de vue moral et religieux ;

Considérant toutes ces choses, et par-dessus tout l'honneur de Dieu, le salut des âmes et la gloire de Jésus-Christ dans le Saint-Sacrement de l'autel;

Le Congrès eucharistique de Lille émet les vœux suivants :

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