‹ Œuvres saintesChapitre 55 sur 96 · L'INITIATEUR : M^^ DUPANLOUP · texte numérisé non relu

L'INITIATEUR : M^^ DUPANLOUP

hrées, suivant leur ordre de mérite. Ces analyses, il les revoyait d'un regard. Ce mérite, il les contrôlait; cet ordre, hélas! il le bouleversait. Et tout était à refaire : Nous avions été trop prodigues de récompenses!

Et par tout cela, que veux-je dire, mes chères Filles? Je veux dire qu'un grand évèque a teuu vos âmes d'enfants en un tel prix qu'il ne voyait rien au-dessus. Ces Messieurs pourraient vous en dire mille traits, car ce qu'il faisait pour moi, il le faisait pour eux dans l'occasion ; et s'ils étaient moins repris, c'est qu'ils en avaient moins besoin. Je veux dire qu'un homme qui portait dans sa grande âme la sollicitude non seulement de son église, mais de toutes les églises de France, trouvait encore du temps, des soins et des accents de son cœur pour vous, les futures brebis de son grand troupeau ! J'ai donc voulu qu'en conséquence notre premier souvenir fût pour lui. Et je demande surtout que dimanche, dans la communion qui clôturera ces fêtes, son nom soit à la tête de toutes vos prières et de vos actions de grâces.

Jl est mort à la tâche; mais s'il est un jour et un lieu où il doive revivre, c'est aujourd'hui et c'est ici : revivre dans son œuvre, revivre dans les cœ^urs, comme, par la grâce de Dieu, il revit parmi nous sur son siège et dans sa chaire. Car les grands évêques ne veulent pas se laisser oublier à Orléans; ils ne font que changer de nom ; et la meilleure consolation de les avoir perdus, c'est de les retrouver encore.

Et il y a donc de cela cinquante ans : comme cela passe! C'est ce qui me frappe. Et, ce que je voudrais vous dire en deux paroles d'entretien, c'est précisément cela : Ce qui passe et ce qui ne passe pas. Parole de souvenir, parole d'espérance : les voulez-vous entendre ?

Ce qui passe d'abord, c'est le temps. Vous souvenez-vous, mes chères Filles, de ce récit, de cette mise en scène que, chaque année, pour vos étrennes, je vous faisais ici de la marche du temps, l'impitoyable vieillard qui a des ailes, et qui, passant parmi vous, emportait avec lui tout ce qui avait fait événement pour vous dans l'année : vos joies, vos deuils, vos couronnes, vos fêtes, que je vous énumérais. Et puis : « Al'abime! à l'abîme! » s'écriait l'infatigable marcheur, et l'abime où il les jetait, c'était le gouflre d'un passé où rien ne se retrouve plus.

Ah! ce temps, ce temps, qu'il v^a vite! Il est banal de le dire; mais vous ne remarquez pas qu'il court de plus en plus vite. Vous du moins, nos ainées, ne le sentez- vous point? C'était hier, n'estce pas, que vous montiez ici, conduites par vos mères ou vos bonnes maîtresses? C'était hier que vous siégiez à ces places, regardez-vous bien : c'est vous! C'était hier que vous y preniez vos notes, pour nous apporter ensuite ces centaines d'analyses enrubannées de toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. Hier, ces prières enflammées que

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VOUS y inscriviez. Hier, ces résolutions que vous y preniez, et que vous avez toutes tenues, n'est-ce pas? Hier, ces grands cachets et ces palmes que vous vous disputiez. Hier, ces fêtes, ces cantiques, ces proclamations, ces distributions, ces couronnes. Hier, ces messes, ces communions au pied de cet autel...

A cet autel, un jour, en juin 1852, un jeune prêtre montait tremblant, pour la première fois. Et ce jeune prêtre de moins de 24^ ans, puis-je Toublier? C'était moi. Celui qui m'assistait à cet autel tout ému, c'était le prêtre de ma première communion, ce vieillard tout blanc, que peutêtre vous avez connu, mon vieux curé de Bellegarde, M. Méthivier : c'était lui! Celui qui me servait la messe ici, à genoux, comme un ange de Dieu, c'était un saint celui-là, c'était M. l'abbé Hetsch, mon vieil ami, c'était lui. Et celui et celle qui priaient là, abîmés de reconnaissance, ces villageois simples et bons, c'étaient mon père et ma mère... Et ceux qu'après eux je communiai à cette place, mes chères Enfants, c'était vous...

Puis, qu'est-ce qui passe encore? Avec le temps, la vie ; avec la vie, les hommes. Ah! ce n'est pas le jour aux oraisons funèbres; mais, parmi ces hommes de Dieu qui ont eu l'honneur de vous servir, que j'en ai connus d'excellents, et qui ne sont plus! xM. le curé de Sainte-Croix, dont je fus huit ans le vicaire, M. Huet, d'une bonhomie pleine de finesse, et non sans une pointe de malice parfois. A chaque fête du catéchisme qu'il tenait à

présider, à peine touchait-il le seuil, apparaissant là -haut, en large étole d'or, que, vous levant comnîe un seul homme, vous lui chantiez votre Vivat d'une voix à percer les cieux, et avec un accent à lui mouiller les yeux :

Conservez-nous longtemps, Seigneur, Notre guide fidèle !

Hélas! le vénérable guide a précédé sa troupe, et le pasteur son troupeau. Le jeune troupeau d'alors, agneaux et brebis, en très grand nombre, est allé le rejoindre ensuite : c'est tout un autre catéchisme de persévérance qui s'est reformé dans le ciel où la persévérance s'appelle l'éternité I

Tenez, je me souviens qu'au mercredi des Gendres, lorsque, selon la tradition, nous ouvrions le catéchisme de première communion par l'imposition des cendres, une impression singulière me pénétrait, pendant que, sur chacune de ces têtes d'eni'ants, je promenais la sentence funèbre : Tu es cendre et tu retourneras en cendre I « Quoi! me disais-jc, est-ce possible que ces têtes rieuses et fraîches deviennent un jour des têtes de mort? Est-ce possible? » Et cependant que de vides!

Je parcourais hier une liste des premiers noms de la Persévérance. Dès la troisième ligne je fus arrêté par le nom d'une de ces rapatriées, un nom inscrit au livre de l'éternité. C'était M''*^ Louise Ghoquet (M""" Pilate), la secrétaire, de si bonne et douce mémoire! Je me souviens aussi que l'intendante de la toute première année nous fut en-

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