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LES SOUVENIRS : CE QUI NE PASSE PAS

souvenez-vous? Enfin le grand jour, la descente de Dieu parmi ses anges de la terre, et l'embrassement de Jésus-Christ et d'une âme d'enfant...

Tenez, chères Enfants d'alors, à chacun de mes voyages ici, je n'entre jamais dans le chœur de notre Cathédrale sans que j'y revoie les voiles blancs qui le remplissaient ce jour-là. Mes chères Filles, cela ne passe pas; parce que cela n'est pas seulement vivant, mais c'est excellemment la vie. Il y a la vie surnaturelle, mystique, vous l'avez reçue au baptême ; il y a la vie eucharistique, elle a commencé ce jour-là pour ne plus périr : cihus qui non périt. Par delà il n'y a plus que la vie béatifique dans le ciel.

Qu'est-ce qui ne passe pas encore? Les œuvres du catéchisme. Car le catéchisme ne fut pas seulement une école de vérité, une école de sainteté, mais de plus une école pratique de charité. 0 zélées Patronnesses des jeunes filles pauvres de la paroisse, élite de ce catéchisme, qui vous réunissiez là autour de moi, en Conseil, je me féliciterai toujours d'avoir pu voir de près non seulement le bien que vous fîtes, mais comment vous le saviez faire : l'amour de Dieu et l'amour du prochain, cette double et pure flamme brûlant au foyer d'un cœur de vierge! Et tant de générosité! Et tant de respect aussi et de délicatesse! Et ces manières de donner, meilleures encore que ce qu'on donne! Si notre Orléans sait tout cela, si notre Orléans est passé maître dans l'intelligence du

pauvre, n'est-ce pas à cette école, et à d'autres écoles semblables, qu'il le doit?

Cette école avait aussi sa petite classe. Un jour, il arriva que vos plus jeunes sœurs, celles de sept à dix ans, qui me furent aussi confiées, sachant vos œuvres charitables, se piquèrent d'émulation. Elles vinrent me dire : « Si nous allions ofl'rir, servir un dîner aux vieux et aux vieilles des Petites Sœurs des Pauvres! » Elles firent une collecte, une quête. L'argent du dîner fut bien vite trouvé : on ne refuse rien à cet âge. Et le jour du mardi gras, on vit, dans le pauvre Asile de la rue de la Poterne, une trentaine de fdlettes, avec leurs mères, ceindre le tablier, comme Notre-Seigneur avait fait devant ses apôtres avant le souper de la Cène; et voltiger, comme un essaim bourdonnant, autour des tables de ces amis de Dieu, qui n'avaient jamais connu ni une plus belle journée, ni un meilleur repas. Ce jour-là, le diner annuel des Petites Sœurs des Pauvres était fondé à Orléans, comme je l'ai fondé plus tard à Lille, en souvenir et à l'instar de votre charité, iMesdames.

Mais c'est assez, et tout serait dit si je pouvais, en finissant, exprimer ici à M. le Curé ce que je lui dis hier à son lit de malade : le sentiment paternel qui, depuis plus de quarante-cinq ans, m'a attaché à mon très cher et très grand élève de Lettres, dans ma première année d'enseignement au petit séminaire naissant de la Chapelle Saint-

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