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LES SOUVENIRS : CE QUI NE PASSE PAS

Mesmin. C'est sous ces auspices que M. Farchiprêtre s'était promis, me disait-il, de me conduire vers vous, et de me présenter à vous. Et vous, [Mesdames, en nous voyant ensemble, si heureux de nous retrouver ici l'un près de lautre, à côté de cet autel où j'eus l'honneur de l'assister à sa première messe, vous auriez compris peut-être ce qu'il y a d'imbrisable, comme d'inaltérable, dans une semblable amitié, faite de paternité et de confraternité, de tendresse et de religion, et que présentement la vieillesse pour moi commence à faire entrer dans les choses éternelles.

Ce qui ne passera pas enfin, et ce m'est un besoin de le dire, mes chères Filles, c'est la reconnaissance personnelle que je vous dois, car, je ne puis oublier qu'autant qu'il est en vous, vous m'avez rendu la vie. Je fus malade moi aussi. Un jour, jour de vos Prix, je fus frappé, ici même où j'étais pour votre service, d'un coup glacial qui me terrassa, profondément atteint aux sources mêmes de la vie. On le croyait mortel. Les eaux des Pyrénées n'y purent rien. Je fus envoyé dans le Midi pour un séjour d'hiver, duquel, je le sais, on n'espérait guère mon retour. Il me fallut donc laisser Orléans et ce catéchisme, que je remis en bonnes mains. Mais je n'y fus pas oublié. Et ce dont je veux le remercier aujourd'hui, c'est d'une guérison dont vous fites alors l'entreprise par une coalition de prières, publiques ou privées, à la paroisse, dans vos pensions, dans vos familles,

comme m'en témoignent des lettres que je relis encore. Je m'entretiens par elles dans la conviction que si la santé me fut rendue miséricordieusement, c'est beaucoup à vos prières que je la dois. Aussi lorsque de là je fus à Rome pour la Semaine sainte de 1862, je ne manquai pas d'y porter le catéchisme de Sainte-Croix aux pieds de Pie IX, que je priai de vous bénir. — a Que faites-vous à Orléans? m'avait demandé Sa Sainteté. — Le Catéchisme, Très Saint Père ! » Et ses deux mains se levèrent sur ma tête... et aussi les vôtres. Elles y reposent encore.

Ce qui passe, et ce qui ne passe pas. — Un jour, un poète et un artiste devisaient ensemble sur ce thème parallèle. « Mettez-moi cela en vers, dit Rossini à son ami, moi je le mettrai en musique. » Et le poète, — je ne sais si c'était Lamartine, — écrivit sur-le-champ :

Hélas! tout passe Et tout s'efface, Jusqu'à la trace De la beauté .

Mais ce qui reste, Simple et modeste Divin, céleste, C'est la bonté.

La bonté, Mesdames, la bonté communicative : être bonne, très bonne, comme le bon Dieu ; être bonne, comme la Sainte Vierge Marie : tel est le bouquet de fête que je laisse à chacune de vous.

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