‹ Œuvres saintesChapitre 61 sur 96 · I. — l'éducation du sacré-coeur · texte numérisé non relu

I. — l'éducation du sacré-coeur

... Je vous ai montré les organes de l'œuvre de réducation : en voulez-vous voir le fonctionnement intérieur et l'efficacité? Ainsi la mission apostolique du Sacré-Cœur vous sera-t-elle apparue tout entière.

D'abord il faut savoir que, là aussi, sur ce terrain de l'éducation des femmes, au commencement de ce siècle, il ne poussait guère que des plantes sauvages, pour fleuries qu'elles fussent. L'éducation de la nature, l'éducation à VÊmile, fut le thème commun de la prose et de la poésie du xviii'' siècle. Or, comme cette nature, de laquelle on rêvait de ramener le bienheureux règne en toute chose, était celle de l'homme tel que Ta fait ou défait le péché originel, naturellement aussi l'arbre se fît counaitre à ses fruits : nous eûmes successivement les mœurs de la Régence et celles du Directoire. C'est tout dire. Le retour à la nature avait pour corollaire le retour à l'antiquité ; l'éducation antique, à la grecque et à la romaine; les femmes de Plutarque, les Clélie, les Cornélie, les Lucrèce, des héroïnes, tel était l'idéal tout païen de ce temps. La fameuse M'"^ Roland en avait présenté le type prestigieux, M™^ de Staël en fut le plus grand bel esprit, M™^ de Genlis, le professeur en renom : cette pauvre M'"' de Genlis qui venait ici offrir libéralement ses conseils à la Mère Rarat, laquelle l'écoutait, souriait, puis s'en allait prier pour cette infortunée, et s'inspirer auprès d'un meilleur Conseiller, au pied de cet autel !

Que vint faire alors le Sacré-Cœur? A l'éducation de la philosophie, il vint substituer l'éducation de l'Évangile; à l'éducation de la nature, l'éducation de la grâce; au type antique de la femme païenne, le type de la femme chrétienne :

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œuvre toute surnaturelle, divine, de laquelle il est écrit dans vos Constitutions : « Ce que les religieuses considéreront dans leurs élèves, ce sont leurs âmes, et dans ces âmes Jésus-Christ, qui les a rachetées, baptisées, communiées. Elles les tourneront, ces âmes, vers le Cœur de Jésus, foyer de toutes les vertus. » Le Cœur de Jésus, voilà à quelles hauteurs surhumaines, mes chères Enfants, votre éducation d'ici porte le vol de vos âmes; le Cœur de Jésus, voilà l'astre radieux autour duquel elles graviteront sans relâche pour en recevoii' la lumière, la chaleur, la pureté, l'éclat.

Maintenant voulez-vous l'image totale et vraie d'un pensionnat du Sacré Cœur? Trois mots peuvent y suffire. Un pensionnat du Sacré Cœur, c'est à la fois une famille, une école, un sanctuaire : la Famille de Jésus, TÉcole de Jésus, le Sanctuaire de Jésus. Rappelez seulement vos souvenirs.

Une Famille. Lorsqu'un jour vos mères vous ont conduites ici, et confiées à d'autres mères qui pussent les remplacer, celles-ci, en vous recevant, se dirent que c'était Jésus qu'elles recevaient en vous, Jésus vivant en vous par sa grâce sanctifiante; et dès lors elles ont voulu que leur œuvre et ministère auprès de vous fussent l'œuvre même de Marie auprès de son Fils Jésus.

Marie présente et consacre Jésus enfant dans le Temple : ces Mères vous offriront à Dieu dans toutes leurs prières au J)ied de leurs autels. Marie avec Joseph sauve Jésus des fureurs d'Hérode : ces

Mères vous sauveront de THérode éternel « qui cherche toujours l'âme de l'enfant pour le faire périr ». Marie conduisait Jésus à l'âge de douze ans à l'école des Docteurs du Temple : ces Mères, vers l'âge béni de la première communion, vous conduiront aux prêtres qui prépareront vos âmes à cet auguste mystère. Marie siégeait près de Jésus aux noces de Cana : ces Mères vous apprendront à faire présider Jésus à ces grandes solennités de votre existence, et à lui donner ensuite la première place dans toute votre vie de famille. Que dirai-je encore? Marie était au pied de la croix de Jésus soD Fils. Si vous montez votre Calvaire, — et qui donc n'a gravi le sien? — ces vraies Mères, confidentes de vos intimes douleurs, ne serontelles pas là pour compatir à vos souffrances, et étancher le sang de vos secrètes blessures? Et là, vous aussi, n'entendrez-vous pas dans votre cœur la voix consolatrice qui disait du haut de la croix au Disciple fidèle : Ecce Mater tua ?

Ces douleurs-là, je le sais, ne sont pas celles du pensionnat. Mais je parle aussi pour cette autre grande famille du Sacré-Cœur, pour ces quarante milliers environ à'Enfants de Marie, qui, après leur éducation, soit dans l'internat, soit dans les écoles externes, y reviennent encore comme chez elles; qui y reviennent pour y apprendre à se consoler, à se diriger, à se sanctifier, soit dans les réunions fraternelles de chaque mois, soit dans ces retraites annuelles régulières, d'où, femmes du monde ou femmes du peuple, elles remportent

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