REMERCIEMENTS
Et voilà comment, Messieurs, une J3onne action peut devenir en même temps une très bonne et heureuse afTaire... pour TÉternité.
Mais ce n'était pas tout. Cette maison, une fois rachetée, demandait à être réparée, émondée, grand Dieu! On fît mieux encore. Protîtant de l'occasion, on fît le projet de la venger de ses outrages et de la consoler de son deuil, en la rendant, pour cette rentrée, plus belle, plus jeune, que dis-je? même plus grande, plus haute, et, sur une de ses faces, surélevée d'un étage de plus.
C'étaient encore deux cent mille francs. On ne les a pas cherchés, ils sont venus s'offrir : une charité privée et toute gracieuse en a fait son affaire. Ah! Monseigneur notre Évêque, vous la connaîtrez, en chaque nécessité, cette charité de votre bonne ville de Lille, dans ses spontanéités et libéralités. Elle a donc voulu, une fois de plus, faire grand et beau. Voyez cette chapelle. Lorsqu'elle eut l'honneur de vous accueillir pour la première fois, elle était honteuse d'elle-même, de ses souillures et de ses blessures. Regardez-la présentement, et dites-nous si vous n'y reconnaissez pas cette Épouse mystique de la Vision de saint Jean, <( ornée et parée pour recevoir son Époux? »
Je viens de dire ceux qui ont lutté, négocié, travaillé, donné. 11 y en a d'autres encore qu'il ne faut pas oublier. Il y a ceux qui ont prié. Il y a ceux qui, pères, mères, amis, enfants, chaque jour, en passant là, devant cette porte fermée, au pied de ces murs solitaires, mornes et silencieux, ont refoulé
le flot d'indignation qui bouillonnait dans leurs cœurs. Mais, par contre, ils s'en sont allés d'ici à l'église toute proche, porter leur protestation, non aux hommes, mais à Dieu; et ils ont jeté dans le Sacré Cœur de Jésus cette supplication éplorée du prophète : « Seigneur, votre héritage est passé dans des mains ennemies. Venez, ô Dieu, et rentrez dans votre saint Temple ; venez reprendre la maison où vous avez habité ». Or, ceux-là, les priants, furent aussi rédempteurs et sauveurs, à leur grande manière. Qu'ils en soient remerciés !
J'abrège, et tout de suite après l'action de grâces, j'en viens au Souvenir.
Un souvenir d'abord à ceux qui furent de cette maison les fondateurs et les pères. Vous m'en voudriez, chers anciens, de ne pas nommer ici et en ce jour, le R. P. Pillon, un roi; le R. P. Sengler, UD saint; le Père Braun, le P. Denoyelle, le P. Bastien, tous trois disparus ; le cher P. Boulangé, et aussi le Père Charles du Coëtlosquet, qui vient de reprendre, pour essayer d'y revivre, ou y mourir, la route de sa chère mission de Madagascar. Ne voulez-vous pas que, de cette chaire et du pied de cet autel^ je leur envoie l'hommage d'un souvenir et d'une fidélité qui, quoi qu'on fasse, forme et demeure entre eux et nous un lien qui va de la terre au ciel, où il se renouera un jour.
Un souvenir aussi à Notre-Dame de la Treille : nous lui laissons un beau gage. Les enfants du petit collège Saint-Stanislas s'y installent pour rem-
YŒUX ET ESPÉRANCES. 377
placer à ce foyer maternel ceux qui viennent d'en partir. Les plus jeunes de la famille seront laissés à la mère : c'est l'ordinaire. Quant à vous, leurs aînés, vous n'oublierez jamais ces deux années vécues à l'ombre de la future cathédrale de Lille. Votre occupation temporaire aura marqué l'aube d'un beau et prochain jour, qui se lève. Aussi oserai-je vous demander, Monseigneur, d'étendre sur tous, les petits et les grands, la protection de votre houlette. Ces agneaux grandiront, et c'est de leurs rangs que sortiront un jour les béliers qui marcheront à la tête de votre grand troupeau.
Et V Espérance? Celle que nous concevons de cette rentrée pour le collège? La voici. Il est écrit de Jésus rentré à Nazareth que « l'Enfant y crois- « sait en âge, en force, en grâce et vertu devant (( Dieu et devant les hommes ». Cher Monsieur le Supérieur, votre collège, déjà si florissant par vous, ne fera que grandir encore. Il va grandir en nombre : voici que déjà vos 650 élèves vous sont rendus, tous fidèles. Il va grandir aussi en succès : c'est votre triomphale coutume. Filins accrescens Joseph, vous écrierez- vous avec le Patriarche, filius accrescens l Comme tout s'apprête à refleurir et prospérer ici : la piété, le travail, le respect, la distinction, la joie; l'obéissance aussi : Et erat subditus illis. Et ce sera, cher bon Supérieur, votre meilleure, et digne, et assurée récompense.
Enfin, c'est par la Prière qu'il faut que je termine. En ce moment, il me semble entendre pas-