RÉDEMPTION ET RENTRÉE DU COLLÈGE
A la Messe du Saint-Esprit, 25 septembre 1913, jour de la reprise de Possession du collège racheté et de la rentrée des classes, sous la présidence de M^" Charost, évéque du Vicariat général de Lille, M'^" Baunard fit entendre les paroles suivantes :
Monseigneur,
Mes Chers Frères,
Mes Très Chers Enfants,
Comme je l'avais promis, « dussé-je, vous disaisje, user mes jambes jusqu'aux genoux », je suis donc venu, malgré mon grand âge, m'associer ce matin à votre action de grâces. J'ai voulu bénir avec vous cette main de Père, le Père tout-puissant, qui nous fait nous retrouver miraculeusement, pour la rentrée des classes, à ce foyer de famille sur lequel nous avions pleuré. Qu'il en soit remercié!
C'est bien en effet la fête de Faction de grâces que nous venons célébrer, avec celle du souvenir aussi, et de la bonne espérance. Telles sont les trois paroles que je m'efforcerai de vous dire, — oh! bien brièvement, de ma pauvre voix qui tombe...
Pourra-t-elle se faire entendre? — Da moins y reconnaîtrez-vous l'accent d'un vieux cœur de père et de grand-père, heureux, très heureux et étonné de se retrouver ici, pour la dernière fois, entouré de plusieurs générations de ses fils. Heureux d'abord et fier de les placer et de se placer lui-même le premier, avec eux, sous la Bénédiction de notre Évêque bien-aimé, que Dieu garde!
Vous rappelez-vous, mes Enfants, ce qui est raconté dans l'Évangile, de la rentrée de Jésus, de Marie et de Joseph, dans leur maison de Nazareth, après deux années environ d'exil de la Sainte Famille? C'est sous la religion de ce souvenir, et la consécration de ce mystère du Retour de l'Egypte, que volontiers je placerais l'événement et la fête qui nous réunissent en ce jour.
Oui, c'est bien la rentrée de Jésus et de Marie dans la maison de Saint-Joseph : de Jésus, ici premier supérieur et maître ; Jésus dans sa présence, l'autel, le tabernacle; Jésus dans sa parole, l'école, la chaire, la classe; et j'ai hâte d'ajouter : Jésus avec Marie inséparablement. Quand II revint de l'exil, il est raconté, comme les peintres le représentent, que les palmiers inclinaient et déployaient leurs rameaux sur sa tête. Jonchez pour lui de palmes le chemin du retour, mes Enfants, chantez-lui vos triomphants Uosanna î Tressez-lui des couronnes ! C'est votre Roi et sa sainte Mère qui vous reviennent. Ne leur ouvrirez-vous pas vos coeurs et vos bras?
LA REiNTREE. LE RETOUR DE L'EGYPTE. 373
Je viens de dire : Gloire à Dieu! Maintenant, me tournant vers vous, pères et mères de famille, anciens élèves du collège, fidèles et généreux catholiques de Lille, je m'empresse de dire : Grâces à vous! Car c'est bien par vous qu'il nous fût rendu, ce collège. C'est vous qui nous le ramenez ici, ce Jésus-Christ. Et son triomphe à lai est votre victoire à vous!
Grâces soient d'abord rendues à vous, cher Monsieur le Supérieur, mon cher fils d'autrefois, mon ami de toujours, qui fûtes de cette action en revendication et la tête et Tàme. Vous n'avez pas cessé de vouloir et d'agir, non plus que d'espérer. Que le Fils de Marie et de Joseph vous le rende !
Grâces à ceux, ou mieux à celui qui, à Paris, fit son affaire propre de négocier ce retour. Car ils ne sont pas tous disparus, hélas! ceux qui, comme s'exprime l'Évangile, « en veulent à l'âme de l'enfant pour le faire périr ». Mais nous avions là quelqu'un de notre peuple, champion de notre cause, comme de toutes les causes de l'Église de France. Et lui, l'homme de la grande foi, à force de raison, de conviction, de prudence et de patience, sut leur arracher leurs armes d'iniquité. Cette parole de justice et de sagesse tranquille fut comprise, cette fois. Et si notre collège, depuis deux années sous le séquestre, fut enfin mis en vente et put être racheté, c'est beaucoup et surtout à lui que nous le devons (1).
Dans tout ce dévouement, n'y a-t-il pas, au fond
(Ij M. le député Groussau.
de ce grand cœur fidèle, rinspiration d un cher souvenir paternel, souvenir de tendresse et de larmes, de fierté et de deuil, inoubliable ment attaché à ce collège? Ne le demandons pas, mais demandons au Dieu des consolations de payer à ce père, à cet ami — j'allais oser dire à ce frère — la dette de notre éternelle reconnaissance.
Grâces soient rendues aussi, et combien abondantes! à ceux qui ont apporté la contribution de leurs sacrifices à la libération de cette maison, maison paternelle, j'ose dire. Acquéreurs, souscripteurs, sociétaires et bienfaiteurs ont jeté dans la balance de notre destinée un tel poids de charité que ce fut à décourager l'envie. Elle battit en retraite.
Voici donc présentement la place rachetée et les vainqueurs entrés : Saluons-les I Leurs noms me sont connus : ce sont nos fils d'autrefois. Et comprenez-vous ma joie, à la fin de mes jours, de retrouver les fils si parfaitement dignes de leurs aïeux du grand siècle catholique de Lille?
A ce titre, je demande qu'à mes remerciements il me soit permis de joindre mes félicitations. Aussi bien, c'est un grand honneur qui de cette charité rejaillit sur leur nom, et une bénédiction abondante sur leur tête. C'est aussi une riche fortune assurée à eux et à leurs descendants que celle qui aujourd'hui leur donne pour locataires et obligés Sa Majesté le Roi du Ciel, avec sa divine Mère, ramenant à leur foyer les six à sept cents enfants des meilleures familles de Lille.